"Je me suis vu mourir" : le parolier de Johnny Hallyday, Pagny et Obispo victime d’un violent home jacking à La Réunion

Parolier de nombreuses stars de la chanson française et installé à La Réunion, l’artiste Lionel Florence a été victime d’un violent home jacking le 9 mars dernier à son domicile saint-paulois. Les suspects, qui l’avaient ligoté et bâillonné, ont été arrêtés hier à Trois-Bassins.
Installé à La Réunion depuis plusieurs années, il est l’auteur d’innombrables succès de la chanson française comme Lucie de Pascal Obispo, Savoir aimer de Florent Pagny ou Vivre pour le meilleur de Johnny Hallyday. Mais Lionel Florence a vu son havre de paix saint-paulois se transformer en enfer le 9 mars dernier, lorsqu’il a été victime d’un vol particulièrement traumatisant à son domicile.
Ligoté avec du scotch, la vue obstruée
Ce matin-là, vers 8h30, l’artiste de 67 ans est tranquillement installé devant son ordinateur en train de regarder les infos lorsque deux hommes vêtus de noir, gantés et cagoulés font irruption dans sa résidence, alors que le portail était fermé. Projeté au sol, le parolier est ligoté les mains dans le dos et bâillonné avec un rouleau de scotch, la vue obstruée avec des lunettes également couvertes de scotch.
Sans prononcer un mot, les deux agresseurs se saisissent de sa sacoche dont ils sortent le portefeuille et quelques centaines d’euros en liquide, ainsi que les clés de sa voiture. Puis ils quittent les lieux, abandonnant le chansonnier à son sort. « Je me suis vu mourir, je commençais à suffoquer », expliquera l’auteur, qui souffre d’une affection pulmonaire sévère.
Préparation "millimétrée"
Parvenant à se libérer au bout d’une dizaine de minutes, Lionel Florence va immédiatement alerter la gendarmerie, qui dépêche sur place des unités d’investigations. Tandis qu’ils procèdent aux constatations au domicile de la victime, des militaires retrouvent la BMW volée à 200 mètres de là. A l’intérieur, une bouteille d’eau de Javel qui a servi à nettoyer l’habitacle.
Des éléments qui témoignent d’une préparation « millimétrée », même si l'ancien membre du jury de La Nouvelle Star émet très vite des doutes à propos d’un trentenaire qu’il a hébergé à son domicile pendant quelque temps, avant de se rendre compte qu’il l’avait volé. Des soupçons que l’enquête de la brigade des recherches de la gendarmerie de Saint-Paul va bientôt confirmer.
Car les cambrioleurs d’apparence si professionnelle n’ont pas brillé par leur discrétion par la suite. D’abord, ce sont les images de vidéosurveillance d’une station-service où la carte bancaire de la victime a été utilisée qui montrent deux hommes qui semblent changer de vêtements à l’intérieur d’une Twingo blanche. Puis celles des caméras de distributeurs automatiques de billets de la région, où un homme, visage dissimulé par une capuche, effectue plusieurs retraits pour un montant total de 12.000 euros.
Un ex-gendarme et un ancien braqueur
Les investigations vont ainsi permettre d’identifier les deux suspects, qui vivent en colocation à Trois-Bassins. Tous deux sont appréhendés jeudi 19 mars au matin et reconnaissent rapidement les faits. Déférés vendredi 20 mars au tribunal judiciaire de Saint-Denis, ils ont été jugés selon la procédure de comparution immédiate.
« J’étais en urgence, avec des dettes à payer pour le loyer et du stup. On avait pris de la cocaïne, on s’est montés le bourrichon et on a allié nos compétences. Moi d’ancien délinquant, lui d’ancien gendarme, mais on voulait lui faire le moins mal possible », explique Mathieu Aglave, 42 ans, une vingtaine de condamnations au casier pour braquages et cambriolages entre Grenoble et Avignon.
Son comparse, inconnu de la justice, est l’homme que Lionel Florence avait hébergé à son domicile. Ex-gendarme adjoint volontaire devenu masseur, il avait bénéficié de la générosité de l’artiste à une époque où il était sans domicile. « Il a été sympa », reconnaît l’homme du bout des lèvres. « Quelle ingratitude. Vous vous en prenez à celui qui vous a tendu la main », tance le président Bernard Molié.
"Plus en sécurité sur cette île qu'il adorait"
D’autant que, s’ils invoquent « le désespoir » pour justifier leur agression, les deux hommes en ont profité pour mener la belle vie pendant les quelques jours de leur cavale. Chambre d’hôtel au Wood, restaurant, achats de vêtements, de parfum, et, pour Dalleau, près de 5 000 euros dilapidés au casino.
« C’était de l’argent mal acquis, il n’avait pas de valeur », lâche le prévenu, dans une attitude qualifiée de « désinvolte » par la partie civile. « On ne sent aucun regret, aucun remords pour la victime qui a vécu une scène traumatisante », déplore Me Marie Briot. Et l’avocate d’évoquer le retentissement psychologique sur son client « qui ne se sent plus en sécurité sur cette île qu’il adorait. »
« J’ai perdu le sommeil et l’appétit depuis ces dix derniers jours, je vais devoir partir, au moins pour l’instant », explique Lionel Florence au tribunal, en remerciant les gendarmes qui ont résolu l’affaire. Pour lui, « c’est bien Dalleau le cerveau de l’histoire, je pense qu’il a influencé son complice. »
"Lâcheté sans nom"
Pour des faits « d’une lâcheté sans nom », « minutieusement préparés », et face « à la totale indifférence » des prévenus, la procureure Cécile Guyonvarch va requérir des peines exemplaires de cinq et six ans de prison ferme.
Des actes commis « sur fond de misère sociale » pour Me Florence Chane Hime, qui défend l’ancien braqueur. « Il ne voulait pas faire de mal à la victime qu’il connaissait à peine », assure-t-elle. Pour le masseur au casier vierge, Me Catherine Moissonnier s’interroge sur « ses véritables motivations. » « Une expertise psychiatrique aurait été nécessaire tant son comportement est désarçonnant », plaide l’avocate en demandant une peine mixte.
Mais condamnant « des faits purement crapuleux, sans respect de l’intégrité d’une personne », le tribunal va suivre les réquisitions à la lettre : cinq ans ferme pour Dalleau, six pour Aglave, avec mandat de dépôt. Une longue mise à l’écart pour les prévenus qui donnera peut-être à l’auteur de L’envie d’aimer, titre de la comédie musicale Les Dix Commandements qui lui a valu une victoire de la Musique, l’envie d’aimer encore La Réunion…
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