Home-jacking à Saint-André : « Il m’a tailladé le bras et il m’a frappé à la tête »

Dans la nuit de lundi à mardi, un cambrioleur s’est introduit chez un couple à Saint-André. Surpris par la femme, il lui a tailladé le bras avec une arme blanche. Traumatisés, ils ont tenu à témoigner de l’agression.
« Au voleur ! Au voleur ! », hurle sans discontinuer une voix de femme. C’est par ce cri qui déchire le silence de leur maison que Pierre (*) est tiré de son sommeil dans la nuit du lundi 9 au mardi 10 février. Il est environ 4 heures, l’homme de 35 ans descend quatre à quatre l’escalier qui mène au rez-de-chaussée. Là, il tombe nez à nez sur sa compagne qui s’est endormie la veille au soir dans le salon, où la chaleur est moins écrasante.
Valérie (*) est debout dans la pénombre tandis qu’une silhouette se faufile par la baie vitrée restée entrouverte. Sous le choc, l’un et l’autre ne réalisent pas sur l’instant qu’ils viennent d’être la cible d’un violent home-jacking. « Avec l’adrénaline, je me suis rendu compte de rien sur le moment », témoigne Valérie, âgée d’une cinquantaine d’années.
« Sa chemise de nuit était trempée de sang et elle était blanche comme un linge »
Sitôt la lumière allumée, Pierre la fait s’asseoir sur une chaise. « Sa chemise de nuit était trempée de sang et elle était blanche comme un linge », indique-t-il avec la gorge nouée. Une fois ses esprits retrouvés, Valérie prend la mesure de la gravité de la situation et du risque qu’elle a pris à son corps défendant.

« Je dormais sur une banquette quand j’ai entendu du bruit. Le parquet craquait comme si quelqu’un marchait à pas de loup. J’ai d’abord pensé qu’il s’agissait de mon compagnon. Je me suis levée et j’ai vu une ombre dans un coin de la pièce », raconte-t-elle. La tête encore embrumée, Valérie se dirige comme un automate vers la silhouette qui se fige sur place. « C’est vraiment toi ? », dit-elle en pensant s’adresser à Pierre.
« Il aurait pu aussi me trancher la gorge ou me lacérer le visage »
N’obtenant pas de réponse, elle s’approche un peu plus de la personne. « À cet instant-là, la moitié de mon cerveau me disait que c’était lui et l’autre moitié en doutait », poursuit-elle. Puis, tout à coup, elle réalise vraiment qu’un intrus lui fait face. « J’ai cru qu’il tenait mon ordinateur alors je l’ai agrippé par le bras en lui disant : t’es qui ? » L’inconnu, « pas très grand mais trapu », ne répond pas mais il réplique en l’agressant. « Je ne m’en suis pas rendue compte mais il m’a tailladé le bras droit et il m’a frappé à la tête. »
Porteur d’une arme blanche, un couteau effilé ou un cutter peut-être, le cambrioleur a fendu l’air en la visant violemment avec sa lame. « J’ai eu de la chance car il m’a touché le bras. J’ai été coupée sur huit centimètres mais il aurait pu aussi me trancher la gorge ou me lacérer le visage », lâche Valérie en sanglotant. La grosse bosse au sommet de son crâne ? Probablement un violent coup de poing, a suggéré le médecin. Car si le voleur s’est évanoui dans la ruelle au profit de la nuit, Valérie a fini la sienne aux urgences.

« J’étais traumatisée et en plus je me suis retrouvée à patienter pendant près de deux heures dans un box de l’hôpital », témoigne Valérie. Elle a eu droit à un scanner pour sa blessure à la tête. Pour l’estafilade sur son bras, il n’y a pas eu de points de suture. Pas même la pose de strips. « On m’a simplement désinfecté la plaie », s’étonne-t-elle encore. Elle n’est d’ailleurs pas la seule. « Ma pharmacienne était scandalisée », ajoute Valérie.
« J’ai l’impression que j’ai un traumatisme latent qui va se réveiller au fur et à mesure »
Le couple a évidemment déposé plainte au commissariat de Saint-André. Une enquête a été ouverte et la police technique et scientifique est passée chez eux à la recherche d’indices. Pour leur part, Pierre et Valérie ont acheté une panoplie de détecteurs de mouvement et autres caméras afin de sécuriser leur maison de location qu’ils avouent avoir songé à quitter. Ils ont aussi été reçus en mairie où on les a rassurés quant à la réparation de l’éclairage public défectueux depuis belle lurette autour de chez eux.
Le couple reste néanmoins profondément marqué par la terrible épreuve qu’il vient de traverser. « Au bout de quelques jours, je me rends compte qu’il y a des strates de traumatisme qui ressortent avec des images qui sont plus précises. J’ai l’impression que j’ai un traumatisme latent qui va se réveiller au fur et à mesure. Et puis je me dis que cet homme connaît la configuration de ma maison et qu’il va peut-être revenir pour se venger et me montrer qui il est dans la mesure où je l’ai empêché de commettre son larcin », angoisse Valérie en se posant mille questions. Car il est éminemment naturel de réagir de la sorte quand on subit une agression aussi violente au sein de son foyer.
« Je fais des nuits presque blanches »
Même s’il n’était pas en première ligne au moment du cambriolage, Pierre n’en est pas moins perturbé. « Malheureusement, nous sommes aujourd’hui dans un état de psychose… Le moindre bruit va me réveiller. Je fais des nuits presque blanches. Je suis à l’affût et je sors du lit pour vérifier les portes. On est chez nous et on est dans un cocon mais il a été violé en fait. » Et puis il ne le dit pas mais il culpabilise sans doute de n’avoir pas eu le temps de s’interposer pour protéger la femme qu’il aime.


