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Jacques Tillier engage un bras de fer avec Alfred Chane Pane pour l’impression du Jir

Alors que le Journal de l'île de La Réunion (Jir) joue sa survie le 3 juillet devant le tribunal de commerce, le titre a connu un coup d'arrêt ce matin avec sa non impression attribuée par le PDG du journal Jacques Tillier à une volonté de censure d'Alfred Chane Pane. Le patron d'ICP Roto rétorque qu'il a proposé au Jir les mêmes conditions acceptées par son rival Le Quotidien. Et qu'elles ne sauraient être minorées, sous peine de distorsion de la concurrence.

Ecrit par Thierry Lauret – le lundi 17 juin 2024 à 15H34
Alfred Chane Pane, patron d'ICP Roto.

« Le Jir une nouvelle fois censuré », titre ce lundi son site Clicanoo, ouvrant sur un édito de Jacques Tillier dénonçant une « censure politique typiquement stalinienne qui ne dit pas son nom, qui ne vise rien d’autre que la mise à mort du Journal de l’île ». Le PDG du journal avance deux explications à la non parution en version papier du Jir ce lundi matin : d’abord le fait selon lui que « la ligne éditoriale du Journal de l’île n’est nullement favorable aux thèses régionales notamment autonomistes du PLR », puis la demande à ses yeux infondée d’Alfred Chane Pane, le patron d’ICP Roto, d’exiger du Jir une garantie de 150.000 euros avant d’accepter de l’imprimer.

Son actuel imprimeur, la Safi, étant sur le point d’être liquidé devant le tribunal de commerce de Saint-Denis ce 19 juin, le Jir s’est vu dans l’obligation de se tourner vers ICP Roto, désormais seul acteur de la place, pour imprimer le titre dès ce lundi matin. Mais faute d’un accord sur les conditions financières, le Jir n’est pas sorti des rotatives. Un véritable coup d’arrêt pour le titre qui envoie un signal alarmant avant son audience au tribunal de commerce du 3 juillet, dans le cadre de son placement en redressement judiciaire.

« Dans chaque histoire, il y a souvent plusieurs versions. Dans le cas de Jacques Tillier, c’est souvent sa version qui prime et il essaie d’en faire la vérité », répond Alfred Chane Pane. « D’abord il fait beaucoup d’amalgames : je ne vois pas ce qu’Huguette Bello vient faire dans cette histoire, il politise le sujet. Je suis partisan de la liberté de la presse, mais la liberté de la presse n’a rien à voir avec la liberté de contracter. Et concernant le Jir, je suis hors cadre contractuel : je n’ai aucun engagement, aucune obligation ».

« Le Jir est venu négocier un délai, réduire le déposit »

L’imprimeur explique qu’ayant été averti par Carole Chane Ki Chune de la fermeture de la Safi, le Jir aurait sollicité ICP Roto pour faire la bascule sur sa rotative, laquelle imprime depuis plusieurs semaines déjà son concurrent Le Quotidien. Une proposition de contrat aurait été envoyée au Jir le 25 avril, intégrant l’obligation de verser un déposit de 150.000 comme préalable à l’impression.

« Elle est restée lettre morte au Jir, elle est devenue contractuelle au Quotidien. Le Quotidien a pris sa responsabilité en main, et nous on a fait notre boulot », poursuit Alfred Chane Pane. « Le Jir est venu négocier un délai, réduire le déposit. Comme le Quotidien a accepté mes conditions, je suis interdit de proposer autre chose au Jir, en vertu du fait que je suis en position dominante sur le marché. Sinon, je fais la distorsion de la concurrence ».

De notoriété publique, l’inimitié entre patron d’ICP Roto et celui du Jir ne plaide pas en faveur d’un arrangement à l’amiable entre les deux parties. « Ce n’est franchement pas une question d’argent », maintient pour sa part Jacques Tillier, joint par Zinfos974. « Nous achetons notre papier et nous payons d’avance 15 jours : Chane Pane a toutes les garanties imaginables. Il nous dit que Jean-Jacques Dijoux [le patron du Quotidien, Ndlr] fait comme ça, c’est son problème. Moi, je préfère acheter moi-même mon papier plutôt que quelqu’un d’autre le fasse à notre place, j’ai toujours fonctionné comme ça. »

« Des alibis pour nous empêcher de paraître »

Le PDG du Journal de l’île fait valoir que ses collaborateurs discutent avec ICP Roto depuis trois semaines et que 17 de ses propres bobines de papier sont déjà stockées chez l’imprimeur. «Vous nos voyez franchir de force les portes d’ICP Roto pour y stocker 27 tonnes de papier sans avoir au moins l’accord du directeur technique ? Ce sont autant d’alibis pour nous empêcher de paraître », clame Jacques Tillier, qui indique avoir engagé plusieurs procédures et plaintes à Paris (mais aussi un référé au tribunal administratif de Saint-Denis) pour obtenir l’impression de son journal.

« Il me semblait légitime d’obtenir des garanties par rapport au fait que le Jir ne va pas bien, que le passif est monté récemment à 8 millions d’euros. C’est une vraie passoire », ajoute pour sa part Alfred Chane Pane, répétant qu’il imprimera le Jir s’il satisfait aux mêmes conditions que celles acceptées par Le Quotidien.

Le patron d’ICP Roto profite-t-il de la situation pour s’assurer de la liquidation du Jir, dans l’objectif de se faciliter la reprise du titre ? « Il a plusieurs sujets : le sujet de la parole de M. Tillier, qui a fait beaucoup de mal aux Réunionnais, dont moi-même. Je me suis déjà exprimé sur ce sujet et c’est un sujet personnel. Mais le Jir n’appartient pas à M. Tillier, j’ai ce journal dans la main depuis que je suis gamin. Pour moi, le Jir doit continuer. Si demain vous me demandez de donner un coup de main pour sauver le Jir, je serai là. Mais je n’ai pas les moyens de porter le Jir à bout de bras et je ne suis pas patron de presse. Je suis imprimeur, et je veux que le Jir perdure au-delà du départ de M. Tillier. »

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