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Internet : un câble sous-marin pour relier La Réunion et Durban, en attendant Singapour

Ecrit par Thierry Lauret – le samedi 7 mars 2026 à 06H26
Un navire câblier de la société publique Alcatel Submarine Networks.

Pour parer à la fin de vie du câble Safe et pour garantir la souveraineté de La Réunion sur ses données numériques, la Région va lancer la pose d’un nouveau câble sous-marin vers l’Afrique du Sud, via l’entreprise publique Alcatel Submarine Networks. Une seconde phase devrait être initiée dans le courant de l’année pour relier notre île au hub de Singapour.

Il fêtera ses 25 ans l’an prochain, un âge vénérable dans le domaine du numérique. Qui signifie même, dans le cas de ce câble sous-marin long de 13 000 km, qu’il passera alors au stade technique de l’obsolescence. Opérationnel depuis 2002, le câble SAFE relie tant bien que mal Cochin (Inde), Penang (Malaisie) et Mtunzini (Afrique du Sud) en passant par La Réunion.

Dépassé sur les plans du débit et du volume offerts pour le transport des données numériques, SAFE, qui réunit divers gros opérateurs internationaux comme AT&T, China Telecom, Maroc Telecom, Orange, Tata Communications ou Verizon, devrait subir dans les années qui viennent des incidents techniques de plus en plus nombreux, et devenir de moins en moins rentable à entretenir.

Si deux autres câbles de télécommunication plus récents restent pleinement disponibles pour se connecter aux plus puissants datacenters de la zone, ils ne permettent pas de garantir l’accès aux données en cas d’incident. Le câble LION (Maurice Telecom, Orange), qui relie Maurice à Madagascar en passant par La Réunion (longueur : 1 060 km) depuis 2009, n’est pas dimensionné pour transporter l’ensemble des données consommées par La Réunion.

« En cas d’incident on serait dans le noir »

« Le seul qui le peut, c’est METISS. Et La Réunion ne peut pas être dépendante d‘un seul câble, en cas d’incident on serait dans le noir », soulève Denis Fabregue, le directeur général de Réunion THD, la régie créée par la Région pour fibrer les communes les plus difficilement accessibles. Celles que les opérateurs privés considéraient comme pas assez rentables pour justifier d’importants investissements.

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Sa mission de fibrage étant désormais remplie à 100%, Réunion THD a été désignée par la Région pour porter le projet de pose d’un nouveau câble subaquatique. « Ce n’était pas un projet de mandature, mais il y là une urgence », commente Normane Omarjee, vice-président de la Région en charge de la continuité territoriale aérienne, maritime et numérique.

Numérique, contrat de filière
Signature du contrat de filière numérique de la Région le 18 février 2026.

Faute d’initiative privée engagée pour remplacer Safe, la collectivité a pris les devants et sollicité des fonds européens pour financer une partie du projet. Un premier dossier, peut-être trop ambitieux, a d’abord été recalé. Avant que la Région n’obtienne une réponse positive lors d’un appel à projet européen, avec 20 millions d’euros à la clé. Le 27 février, la commission permanente a voté une aide de 30 millions d’euros supplémentaires issus de l’enveloppe FEDER.

Un constructeur français pour se prémunir du piratage des données

« C’est un marqueur de l’engagement des élus pour la sécurisation numérique », insiste Denis Fabregue, qui explique que le futur câble subaquatique répondra aux besoins de La Réunion « pour les 25 prochaines années ». Pour se faire, la régie régionale Réunion THD a été désignée représentante d’un consortium dénommé ReuNION (pour Reunion New Indian Ocean Network) où l’opérateur public est associé aux privés Telco OI, Réunicable et Orange. Des opérateurs à forte coloration régionale puisque Telco OI est une filiale du groupe malgache Axian dirigé par Hassanein Hiridjee, tandis que Réunicable fait partie du groupe Océinde de Nassir Goulamaly.

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La Région escompte encore une aide de 6 à 7 millions d‘euros de l’État, les discussions engagées depuis plusieurs mois laissant filtrer un « bon espoir » d’aboutir. D’une longueur de 3 000 km, le câble sous-marin ReuNION sera posé par un navire câblier de la société publique Alcatel Submarine Networks, l’un des leaders mondiaux du câble sous-marin racheté à Nokia par l’État français en 2024.

Capture d'écran Submarine Cable Map.

Les menaces répétées contre le transport maritime dans les détroits de Bab el Mandeb et d‘Ormuz, ou la tension grandissante entre la France et la Russie, symbolisée par la multiplication des cyberattaques, viennent rappeler la nécessité de garantir la souveraineté numérique française dans le sud-ouest de l’océan Indien. « En choisissant un constructeur européen, qui n’est pas Chinois ou Américain, on s’évite des inquiétudes sur du matériel d‘écoute installé sur le câble », confirme le directeur général de Réunion THD.

Singapour, le plus gros nœud internet d'Asie

Régulièrement, des pannes de câbles sous-marins sont suspectées d’être des actes prémédités, sans qu’on puisse souvent en apporter la preuve.  « Un câble sous-marin, c’est une cible, aujourd’hui. Mais honnêtement quand il est à 4 000 mètres de profondeur, comme ce sera le cas pour le nôtre, il est un peu tranquille. Mais dès qu’il se rapproche des côtes, il devient plus vulnérable », poursuit Denis Fabregue.

Avant de poser le câble au fond de l’océan Indien jusqu’à la ville portuaire sud-africaine de Durban, il faudra procéder à une étude cartographique, puis effectuer un scanner des fonds marins. Le câble ReuNION, qui sera doté de seize paires de fibres (contre quatre paires pour le câble METISS), devrait être opérationnel dans trois ans. La Martinique et la Guadeloupe, elles, pourraient être reliées à la Floride (États-Unis) fin 2027 par le câble Celia (longueur : 3 700 km), opéré par Orange.

Durban, Afrique du Sud. (Photo Pixabay)

D’ici là, la régie Réunion THD, qui doit prochainement prendre la nouvelle dénomination de La Réunion Connectée, aura initié des discussions pour lancer un autre câble sous-marin, reliant notre île au plus grand nœud internet d’Asie, Singapour. Cette fois, la stratégie adoptée consiste à faire supporter le coût des investissements aux acteurs privés, attirés par la perspective de cette nouvelle autoroute de l’information entre l’Asie et l’Afrique de l’Est.

Les yeux tournés vers les GAFAM

« Dans le monde des câbles sous-marins, le plus difficile c’est de boucler le tour de table financier. Il y a toujours des projets qui sont annoncés comme imminents et trois ans après, ils n’ont toujours pas démarré. Il y a une prime à celui qui démarre, c’est ce qui rend la décision de lancer la phase 1 déterminante. On n’est plus dans l’annonce, dans l’injonction, dans la promesse : on est dans le démarrage effectif opérationnel, notre câble a une existence réelle aux yeux des acteurs de la scène internationale. Ils vont tous regarder la pertinence de leurs investissements au regard de notre projet. On a l’intime conviction que ce qu’on construit devrait être la première patte d’un projet plus global », prophétise Denis Fabregue.

Au sein de Réunion THD comme à la Région, on imagine mal les multinationales qui exploitent le SAFE rester les bras croisés sans réagir, désormais que le projet de connexion avec les datacenters d’Afrique du Sud est sur les rails. Réunion THD avoue caresser le rêve de convaincre les GAFAM, ce fameux acronyme désignant les géants de la tech Google (Alphabet), Apple, Facebook (Meta), Amazon et Microsoft, de payer la facture pour la phase 2 du câble ReuNION. Laquelle sera forcément plus salée au regard des 5 800 kilomètres qui séparent La Réunion de Singapour.

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