Importation de vaches laitières : "La leçon n’est donc pas claire"

La presse de mi-septembre 2021 diffusait la nouvelle du souhait des responsables de la Sicalait de réitérer une importation d’animaux pour faire face aux besoins de renouvellement des élevages laitiers existants et de création d’élevages nouveaux. Apparemment, il ne s’agit pas d’une farce. La leçon n’est donc pas claire. Sans rappeler les évènements douloureux qui ont secoué la filière, il semble toutefois évident que tant la plupart de éleveurs que l’opinion publique souhaitent retrouver de la sérénité dans cette production locale. Alors, s’il vous plaît, Madame la Présidente, Monsieur le Directeur, même si votre requête peut reposer sur des arguments sérieux et argumentés, évitez ce genre de déclaration propre à relancer une polémique acerbe et le discrédit, non seulement sur votre filière, mais aussi sur les autres filières animales, en particulier la production de viande bovine. Le consommateur souhaite une autre image et d’autres informations sur la production laitière locale.
En faisant appel au bon sens de chacun, il n’est pas difficile d’appréhender que l’importation d’animaux vivants n’est pas nécessaire, mais mieux qu’elle ne doit pas exister. Les risques encourus sont bien trop importants tant du point de vue sanitaire, vérifié à plusieurs reprises, que du point de vue de l’image pour le consommateur. Tout un chacun peut comprendre que si l’on achète, on doit trouver un vendeur, sachant que, en l’occurrence, les deux termes sont éleveurs. Comment donc l’un peut avoir du disponible (sans parler de la qualité) à vendre et que l’autre se trouve en déficit chronique ? En toute logique, si l’un peut avoir un excédent, pourquoi l’autre n’y arrive pas ? La Sicalait a défini la priorité de fourniture de femelles laitières issues du programme d’assainissement aux élevages en création. Très bien ! Ceci n’empêche pas les éleveurs existants de faire leur auto-renouvellement et de vendre leur excédent s’ils respectent le protocole d’assainissement.
Aujourd’hui, il est possible d’acquérir de la semence sexée en Insémination Artificielle. Ceci permet de se retrouver rapidement en excédent de veaux femelles par rapport aux besoins de renouvellement. Si malgré cela, le déficit se maintient, qu’est-ce qui empêche de mettre en place un dispositif local de production d’embryons en vue de transferts (en semences sexées toujours) et, en attendant, d’importer des embryons congelés ? Le coût d’importation d’animaux vivants avec celui des risques collatéraux devraient couvrir une bonne partie de ce dispositif. Le risque sanitaire est quasi-nul et l’acquisition d’une expertise pour le faire serait tout à l’honneur de la filière. De plus, dans ce cas, rien n’interdit, pour ce faire, d’utiliser des femelles à valeur laitière moindre (vaches en fin de production ou allaitantes).
Par ailleurs, à l’instar de ce qui se pratique dans d’autres productions et de plus en plus en production laitière, pourquoi ne pas faire appel aux croisements raisonnés à l’aide de 2 ou 3 races dont l’une résolument rustique (Jersiaise ou Bretonne Pie Noir) pour bénéficier de l’effet hétérosis (vigueur hybride) sur les caractères peu héritables tels que la production laitière, la fécondité, la longévité et surtout la rusticité. Il n’est pas sûr que la quantité produite soit diminuée, mais on peut espérer une meilleure fécondité et une meilleure résilience vis-à-vis des agressions climatiques et sanitaires et des variations de régimes alimentaires. De plus, le(s) croisement(s) peu(ven)t être orientés de manière à obtenir une meilleure richesse en matière utile : Taux butyreux et taux protéique.
Ces mesures, si elles demandent un peu de temps à être mises en place, peuvent être profitables pour redonner confiance aux éleveurs, développer l’expertise des éleveurs et de l’encadrement, renouer des liens du point de vue sociologique et surtout restaurer le respect et l’attachement du consommateur.


