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Il entend une voix et agresse une adolescente à coup de lame de rasoir

Ecrit par Régis Labrousse – le samedi 28 décembre 2024 à 13H18

Une affaire quelque peu effrayante était jugée ce jeudi devant le tribunal judiciaire de Saint-Denis. Sans aucune raison, un homme de 39 ans, en proie à de lourds problèmes psychiatriques, a agressé une jeune fille de 16 ans avec une lame de rasoir.

Les faits se sont produits le 28 septembre dernier à Saint-Paul. Alors qu'elle attend une amie près de la médiathèque, une jeune fille s'est fait agresser par un individu sans aucune raison. Un homme s'approche d'elle et lui assène un coup à l'épaule. Totalement apeurée et sous le choc, elle se rend compte qu'elle saigne abondamment. C'est une passante qui la prend en charge pour l'emmener à la pharmacie. Il s'agit en fait d'une blessure par une lame de rasoir qui lui vaut une plaie de 12 cm et 15 points de sutures. Elle aura une ITT de 3 jours.

Les gendarmes interviennent rapidement et l'interpellent non loin de la scène. Il s'avère qu'il a aussi appelé les force de l'ordre pour dire qu'il avait tué une personne. Complètement incohérent, il est pris en charge par l'EPSMR avant d'être placé en garde à vue. Il explique entendre des voix qui lui disent de se faire du mal. En pleine crise au moment des faits, il indique que ce sont ces voix qui lui ont dit de s'en prendre à cette jeune fille. Il est déféré pour être jugé dans le cadre d'une comparution immédiate au cours de laquelle la présidente ordonne une expertise psychiatrique. Il est placé en détention provisoire.

Il conclut à des troubles psychiatriques sévères


Ce jeudi 26 décembre, trois mois après les faits, il peut être jugé puisque l'expert a enfin procédé à l'expertise et rendu ses conclusions. Il décrit une personne peu contributive et indique qu'il s'est basé sur des documents que le prévenu lui a remis pour effectuer ses conclusions. Au final, il conclut à des troubles psychiatriques sévères entrainant une impulsivité non contrôlée et note une altération du discernement au moment des faits.

À la barre ce jeudi, si le prévenu reconnait les faits, il indique ne pas se souvenir d'avoir agressé la victime. "Quand les voix viennent, je ne sais pas ce que je fais", indique-t-il, et de poursuivre : "J'ai des problèmes dans ma tête, je mange des lames de rasoir, des couteaux. Ça fait un mois et demi que j'ai une lame de couteau dans le ventre et qu'il n'est pas sorti". Ses dires sont confirmés par sa défense.

Là où le bât blesse, c'est au niveau de son casier judiciaire. Originaire des Comores, il est arrivé à Mayotte à l'âge de 5 ans. Une fois adulte, il a écopé de lourdes peines de prison pour des faits de viols sur mineurs et de violences. Son casier judiciaire fait état de huit mentions. Il est arrivé à La Réunion dans le cadre d'un transfert de la prison de Mayotte pour être soigné en raison de ses problèmes psychiatriques. Il a été libéré ici et s'est retrouvé dehors sans attache, ni papiers. C'est d'ailleurs sur ce point que la partie civile, qui décrit "une victime traumatisée qui a eu la peur de sa vie lors d'une agression gratuite", demande au tribunal de "prendre des décisions qui s'imposent". Et de conclure : "Il aurait pu la tuer si le coup avait touché la gorge".

"Il faut regarder sa dangerosité, car il s'enfonce dans la délinquance"

"Je rejoins la partie civile, il faut regarder sa dangerosité car il s'enfonce dans la délinquance", rebondit la procureure avant de poursuivre : "Il a été transféré depuis Mayotte pour des raisons de santé, mais n'a aucune raison de se trouver sur le sol français. Il est Comorien et ne s'insère absolument pas et ne se contrôle pas". La magistrate requiert une peine de 2 ans de prison avec maintien en détention et une interdiction définitive du territoire. Elle indique avoir tenu compte de son altération du discernement dans ses réquisitions.

De son côté, la défense se dit "déçue par l'expertise psychiatrique", regrettant que l'expert "se soit contenté des documents fournis par le prévenu". Et d'ajouter : "Il conclut à une altération du discernement, mais tout le monde aurait pu le faire". Selon la robe noire, "l'expertise ne porte pas sur les faits de septembre, mais sur des faits anciens. Cette expertise n'a pas de sens. Je pense qu'il y a vraiment une abolition. Il faut de vraies réponses pour résoudre ses vrais problèmes. Il faut qu'il soit soigné ici et pas aux Comores".

Problématique de prise en charge des prévenus en proie à des troubles psychiatriques

Après délibération, le tribunal reconnait l'altération du discernement du prévenu et, compte tenu de l'état de récidive et des 6 ans de peine encourue, prononce une peine de 3 ans avec maintien en détention et, comme l'a demandé le parquet, une interdiction de territoire.

Cette affaire met en exergue la problématique de la prise en charge des prévenus en proie à des troubles psychiatriques par la justice. Qu'il s'agisse de la réponse pénale par les tribunaux ou de la détention en centre pénitencier, l'institution judiciaire n'a souvent, et par faute d'alternative, que l'emprisonnement à sa disposition. Ce dossier met aussi en lumière les difficultés pour les magistrats d'obtenir des expertises psychiatriques dans des délais raisonnables, pénalisant autant les victimes que les prévenus. Cela a pour effet de renvoyer les audiences dans l'attente des conclusions des experts.

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