Revenir à la rubrique : Faits divers

Il agresse une gramoune au fer à repasser : on a frôlé les Assises

Correctionnelle Sud jeudi 08/01/2015
Ecrit par zinfos974 – le jeudi 8 janvier 2015 à 17H23
Judicaël Haorau, 26 ans, grand, solide, est particulièrement vindicatif et lâche quand il a bu et s’est shooté au zamal. Ce qui lui arrive plus souvent qu’à son tour.

Le 7 décembre 2014, cet homme au casier judiciaire plus chargé qu’une outre, se rend en pique-nique avec femme et enfants à Grands-Bois. Il consomme du zamal et, surtout, 15 bières. Cocktail détonant, il se dispute avec sa famille et les reconduit tous à la case puis s’en va baguenauder sur le front de mer de Saint-Pierre « alors même que vous avez déjà été condamné plusieurs fois pour conduite en état d’ébriété », remarquera le procureur Saunier.

S’ennuyant sans doute, il choisit d’aller rue des Bons-Enfants. Pourquoi ? On n’en saura jamais rien sinon quelques brefs « je ne sais pas… j’étais sous l’emprise de l’alcool » qui n’expliquent rien.

Il avise alors, au 2è étage d’un immeuble, l’appartement d’une vieille dame, veuve, Aïcha Moullan, 73ans, qui vit seule. Il grimpe l’escalier et entre dans l’appartement dont la porte n’est pas fermée à clef. Et là, son comportement devient totalement erratique… en apparence car tout semble parfaitement calculé.

Pour opérer en toute discrétion, il commence par dévisser l’ampoule du plafonnier du séjour. Puis investit une penderie dans laquelle il déchire les manches de trois robes. Pourquoi faire ? Là encore, silence radio. Après quoi, ayant disposé les manches de robes sur le lit, il saisit le cordon d’un ordinateur et le met en place à côté des manches.

Là, on plonge dans l’horreur, "dans l’inadmissible, dans l’abominable", souligne son propre avocat, Me Raffi, qui va donner sa pleine mesure.

Judicaël prend un fer à repasser et va à la chambre à coucher où la vieille dame s’est endormie. Il lui assène des coups si forts à la tête que l’engin se casse en deux ! C’est miracle que sa victime soit encore vivante.
"Elle a eu de la chance, souligne le président Maurel… et vous aussi. A très peu de choses près, cette vieille dame était morte et vous aux Assises !"

Madame Moullan trouve assez de forces pour hurler ; le courageux agresseur prend peur et s’enfuit. Dans l’escalier, il se rend compte qu’il a oublié sa sacoche chez sa victime. Une pièce à conviction impossible à récupérer et qui va lui coûter cher. Pour tenter de s’en sortir sans casse, il va aussi sec au commissariat déclarer le vol de sa sacoche à Grands-Bois, par des voyous qui l’auraient agressé.

Les policiers, au bout de quelques auditions, finissent par lui faire avouer la vérité.

Malgré toute leur patience, ni le président ni le procureur ne pourront lui faire dire pourquoi il a choisi précisément cette victime-là et pas une autre. Car madame Moullan n’est pas réputée pour être riche.
Me Raffi, commis d’office, a déployé tout son art et s’est emporté, en plein prétoire, contre ce client peu habituel, qui ne dit rien, n’explique rien.

"Pourquoi ce comportement inadmissible ? Nous aimerions tous le savoir, à commencer par votre famille, votre concubine, vos enfants, vos amis, qui sont tous là pour comprendre !"

"J’étais énervé, enragé. J’étais sous l’emprise de l’alcool", ne cessera de répéter l’accusé.
A quoi pouvait-il s’attendre, au demeurant, avec cette kyrielle de condamnations pour vols aggravés (notamment à Toulouse), destructions et dégradations diverses, escroqueries, usage de zamal, recels, conduites répétées en état d’imprégnation alcoolique, etc. ?

Pour la partie civile et l’accusation, c’était réglé comme du papier à musique. Me Omarjee a nié que l’alcool fût une explication suffisante devant autant de froide lâcheté.

Le procureur Saunier a insisté sur le caractère incompréhensible des faits qui dénotent pourtant un calcul (ampoule dévissée…) et souligné la dangerosité évidente de Judicaël, individu calculateur et au sang-froid parfait. Avant de réclamer la peine maximale, 5 ans.

Me Raffi n’a pas contesté "des faits mâtinés d’horreur" en se demandant si l’homme était vraiment conscient de ses agissements.

Le jugement était prévisible : 5 ans dont un avec sursis, mais révocation des sursis antérieurs et obligation d’indemniser la victime à hauteur de 6000 euros, de suivre des soins et de trouver du travail… à sa sortie.

Jules Bénard

 

Etiquettes :

Dans la même rubrique

0💬
Tri :