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Guet-apens de Petite-Île : Les victimes de la "victime" témoignent

Mercredi dernier, quatre hommes et une femme étaient jugés pour avoir séquestré et tabassé un homme qui avait volé l'un d'eux ; ils ont été condamnés à de lourdes peines. Bien qu'évoqué durant le procès, la victime du guet-apens s'avère être un arnaqueur notoire dont les victimes se comptent par dizaines et qui tentent d'obtenir justice à leur tour. Plusieurs d'entre eux ont contacté Zinfos 974 pour témoigner.
Ecrit par Gaëtan Dumuids – le samedi 6 juillet 2024 à 14H06
Une partie des clients lésés par l'artisan se sont regroupés sur les réseaux sociaux afin de rassembler les preuves contre lui.

Après le procès hors norme qui s'est déroulé mercredi 3 juin au tribunal de Saint-Pierre, où quatre hommes et une femme ont été condamnés pour avoir séquestré et tabassé un homme, les langues se sont rapidement déliées autour de cette affaire. Suite à la parution de l'article, les messages et appels ont été nombreux pour dénoncer les arnaques de celui qui a été reconnu comme victime par le tribunal.

Depuis un an, au moins une vingtaine de personnes ont été victimes de l'escroquerie de Benjamin B., dont le modus operandi est bien rodé. Bien évidemment, il n'arnaque pas tout le monde et ceux qui ont la chance de ne pas avoir été dupés vont donner son contact à leurs amis qui ont des problèmes de climatisation ou besoin de travaux. Pour d'autres, c'est en passant des annonces de recherche d'artisans sur des groupes Facebook qu'ils sont contactés très rapidement par celui qui va les arnaquer.

Très sympathique de prime abord et inspirant confiance, Benjamin demande un acompte avant d'engager les travaux qui doivent débuter le lendemain. Si les chèques sont encaissés très rapidement, les travaux, eux, ne débutent jamais. Les clients le relancent, mais il sort à chaque fois des excuses. Il se fait d'abord passer pour malade, allant même jusqu'à évoquer des hospitalisations ou un cancer. Une autre fois, il est même allé faire croire que son véhicule avait pris feu. Enfin, lorsque la pression devient trop forte, il se met à faire du chantage au suicide ou à menacer physiquement les clients lésés, prétendant faire partie des forces spéciales, ou envoyer des "amis" chez eux.

"Tout est bien rodé dans son discours"

Les sommes escroquées ne sont pas mirobolantes. Ce sont très souvent des acomptes de 500 euros qui sont demandés, mais certains se sont fait voler 800, 1300 et même 3000 euros pour l'un d'eux. Tous ont évidemment porté plainte, mais tous se désespèrent de ne rien voir se produire d'un point de vue judiciaire. Ils sont parvenus à se rapprocher les uns des autres et sont déjà une vingtaine à tenter de porter une action collective. Le nombre de victimes pourrait bien être supérieur. Un magasin de vente de motos dans l'ouest est également sur la liste.

Pour Vincent* et Lola*, c'est un problème de climatisation et le conseil de connaissances qui les ont mis sur la route de Benjamin. "Tout est bien rodé dans son discours qu'il maîtrise parfaitement. Il fait de fausses factures. Sur le coup, on n'a pas pensé à vérifier, mais le nom de l'entreprise n'est pas celle enregistrée au registre du commerce. Il s'est ensuite montré très menaçant", explique Vincent.

Pour Yvette*, Benjamin s'est avéré très chaleureux lors de l'installation de son portail et tout se passait bien. L'octogénaire a eu une dégradation de son portail par son voisinage et rappelle l'artisan avec qui le courant est bien passé. Après avoir démonté les bras du portail, il est reparti avec, pour ne plus revenir. Sa voisine qui avait fait appel à lui s'est fait embarquer son ballon d'eau chaude. Malgré tout, elle est choquée par ce qui lui est arrivé et lui exprime "toute sa sympathie".

De son côté, Eric* est tombé sur Benjamin après avoir posté une annonce sur Facebook pour des travaux sur un climatiseur. Lui aussi donne un acompte de 500 euros et reçoit une facture qui semble bien faite. Ne voyant pas l'artisan venir chez lui, il l'appelle pour exiger un remboursement. C'est là qu'il a été menacé par l'artisan de lui envoyer du monde à son domicile. Ce policier à la retraite raconte également avoir eu du mal à déposer plainte. "J'ai dû faire usage de ma fonction pour qu'ils acceptent de prendre ma plainte", assure-t-il.

"Il a poussé tout le monde à bout"

De son côté, François* avait lui laissé un acompte de 851 euros à l'artisan. Lui aussi décrit un homme qui semble affable et chaleureux au premier abord. "Il met en place une forte empathie à sa destination. Malheureusement, on a été menés en bateau et manipulés. On fait partie de la volaille qui s'est fait pigeonner", explique-t-il, ajoutant que "le fait d'avoir été manipulé est violent au sens psychologique. On voit à présent tout le monde d'un œil plus suspicieux."

Si tous regrettent que la situation se soit terminée par cette action violente, certains comprennent que les auteurs aient pu perdre le contrôle."Il a poussé tout le monde à bout. Moi-même, j'aurais fait usage de violence si je l'avais croisé. Pourtant, en tant qu'ancien policier, je sais qu'il ne faut pas le faire, mais ça aurait été plus fort que moi", indique Eric. "Si on m'avait donné son adresse, je serais allé chez lui. Je n'aurais peut-être pas été violent, mais je l'aurais confronté", assure de son côté François.

"On a essayé de collecter toutes les plaintes. On avait tout, c'était une affaire facile pour la justice. Après 30 ans à avoir servi la police, je suis déçu par tout ça. C'est dommage, on avait fait le nécessaire pour que ça (le guet-apens) n'arrive pas. Maintenant, il va essayer de tirer profit de tout ça en demandant des dédommagements exorbitants", regrette Eric.

Il est cependant à noter que l'individu est difficilement saisissable pour la justice. Il change constamment de logement, où il disparaît sans payer et emporte parfois les objets de ses colocataires.

*Prénoms d'emprunt

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