Revenir à la rubrique : Social

Grève à La Poste de La Réunion : des retenues sur salaire jugées illégales, l’entreprise condamnée à deux reprises

Ecrit par J.D. – le samedi 4 avril 2026 à 06H03
Photo d'illustration : Alexandre Robert

Le Conseil de prud’hommes de Saint-Denis a condamné La Poste dans deux dossiers liés à des retenues sur salaire jugées illégales. En cause : des prélèvements opérés au-delà des jours réellement concernés par des mouvements de grève. Des décisions exécutoires, qui interrogent sur une possible pression exercée sur des agents syndicalistes.

Revers judiciaire pour La Poste à La Réunion. Par deux jugements rendus le 27 mars 2026, le Conseil de prud’hommes de Saint-Denis a sanctionné l’entreprise pour des pratiques de retenues sur salaire jugées contraires au droit. Les affaires concernent deux agents syndicalistes de Sud PTT ayant exercé leur droit de grève un samedi, dans le cadre d'un préavis de grève déposé par le syndicat.

Lire aussi : Prud’hommes : même sans salaire, il faut désormais payer 50 euros pour saisir la justice

Un effet « dissuasif et discriminatoire » sur les salariés

Au cœur du litige : une méthode de calcul contestée. En plus de la journée de grève du samedi, La Poste avait également procédé à une retenue sur le dimanche suivant. Une extension jugée illégale par les juges, qui estiment que ces retenues supplémentaires relèvent d’une « sanction pécuniaire illicite ». Le Conseil de prud’hommes considère également que « le décompte des jours de grève (…) était illicite » et souligne que cette pratique a eu un effet « dissuasif et discriminatoire » sur les salariés.

Le raisonnement des magistrats dépasse le seul cadre individuel. Ils estiment que ces retenues ont porté atteinte non seulement à l’équilibre financier des agents concernés, mais aussi à leur capacité à exercer librement leur droit de grève. En creux, c’est l’idée même d’une pression indirecte qui est retenue. Le jugement évoque une atteinte à l’intérêt collectif des salariés, point particulièrement sensible dans un contexte de mobilisation syndicale.

Pour la Poste, une pratique justifiée par des contraintes d'organisation

Dès lors, la question se pose : faut-il y voir une forme de répression syndicale ? Sans aller jusqu’à qualifier explicitement les faits en ces termes, la décision judiciaire met en évidence un mécanisme qui, de fait, pénalise davantage des agents engagés dans l’action syndicale. Le fait que les deux dossiers concernent des syndicalistes n’est pas neutre et alimente cette lecture, d’autant que l’effet dissuasif est clairement relevé par le Conseil.

La Poste, de son côté, a tenté de justifier sa pratique en invoquant les contraintes d’organisation du travail et la nécessité d’assurer la continuité du service. L’entreprise estimait être dans son bon droit en appliquant ce mode de calcul des retenues. Un argument écarté par les juges, qui rappellent que ces considérations ne peuvent justifier des prélèvements sur des jours non concernés par la grève.

À noter toutefois que dans les jugements, il est mentionné que La Poste a pris acte de la jurisprudence récente en la matière et avait engagé, de son côté, une démarche de régularisation des salaires concernés. Un élément relevé par la juridiction, qui montre une évolution de la position de l’entreprise. Reste que cette régularisation n’est intervenue qu’après coup, et que les salariés ont dû saisir le Conseil de prud’hommes pour faire reconnaître le caractère illégal des retenues.

Sur le plan financier, les condamnations sont détaillées. Dans le premier dossier, La Poste est condamnée à verser 486,31 euros de rappel de salaire, 48,63 euros de congés payés afférents, 1 500 euros au titre du préjudice moral et 500 euros au titre des frais de procédure. Dans le second, les montants s’élèvent à 301 euros de rappel de salaire, 30,10 euros de congés payés, 1 200 euros de dommages et intérêts et 500 euros au titre de l’article 700 du Code de procédure civile.

Décision exécutoire, même en cas de recours

Le syndicat SUD Poste Réunion obtient également 1 000 euros de dommages et intérêts pour atteinte à l’intérêt collectif de la profession. La Poste est en outre tenue de remettre des bulletins de salaire rectifiés pour plusieurs mois, sous astreinte.

Fait notable : ces décisions sont exécutoires, ce qui signifie que l’entreprise doit s’y conformer immédiatement, même en cas de recours. Une portée immédiate qui renforce le signal envoyé par la juridiction prud’homale.

Ces deux condamnations interviennent dans un contexte où des pratiques similaires ont déjà été sanctionnées, y compris au sein de La Poste. Le syndicat SUD Poste Réunion rappelle d’ailleurs avoir déjà obtenu des décisions allant dans le même sens par le passé, sur des retenues opérées au-delà des seuls jours de grève. Autrement dit, la problématique n’est pas nouvelle et semble s’inscrire dans une gestion récurrente des mouvements sociaux.

Porter atteinte durablement à l’exercice du droit de grève ?

Ce point pèse dans la lecture des jugements. Car au-delà des situations individuelles, c’est bien une méthode qui est questionnée. En rappelant le caractère « illicite » du décompte des jours de grève et l’effet « dissuasif » de ces retenues, le Conseil de prud’hommes indique que ces pratiques ne relèvent pas d’une simple erreur d’appréciation, mais d’un mécanisme susceptible de porter atteinte durablement à l’exercice du droit de grève.

Etiquettes : La Poste

Dans la même rubrique

0💬
Tri :