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Grève à la Créole : "Les batailles d’ego masculins font rage depuis toujours"

Depuis le licenciement de leur directeur le 30 août dernier, des employés de la Régie des eaux La Créole sont en grève. Un conflit social qui s’étend puisque la mairie de Saint-Paul a décidé de porter plainte en raison des coupures d’eau liées à cette grève. Un employé a fait parvenir un courrier à Zinfos974 pour donner une version interne de la gestion de l’entreprise. Un témoignage accablant pour la direction et les représentants syndicaux.
Ecrit par zinfos974 – le lundi 20 septembre 2021 à 10H58

Le courrier :

Que l’on ne s’y trompe pas ! Ce qu’il se passe à la Créole n’est ni un combat politique ni un combat syndical, mais bien un combat de coqs ! Il y en a un qui vient d’être plumé, le deuxième continue d’affûter ses ergots.

La Créole n’a de féminin que son nom tant les batailles d’ego masculins font rage depuis toujours entre divers personnages salariés de la Régie. Les quelques rares dames ayant fait preuve de courage et de pugnacité dans cet environnement flirtant avec la misogynie ont été évincées ou réduites au silence et pas de la plus belle des manières. On en reparlera.

Depuis sa création en 2007, les querelles intestines n’ont eu de cesse d’avoir cours. Il faut dire aussi que Sieur le coq, délégué syndical historique de La Créole et issu de Véolia, que l’on entend chanter, mais pas de joie, dans toute la plaine de Savannah depuis la mise à pied du directeur, a un caractère bien trempé.

On peut supposer que celui-ci a toujours eu en travers de la gorge le fait d’avoir été préposé au nettoyage manuel des boues d’épuration qui lui avait été imposé par Véolia en 2005, ou encore sa convocation chez les gendarmes suite au dépôt de plainte pour diffusion de bulletins de salaire en 2012.

L’homme n’aime pas l’humiliation. Alors quand son N+1 de l’époque lui fait comprendre sans dentelle ses insuffisances professionnelles, il fait de sa destruction un leitmotiv. Car oui, le bougre rumine et alimente son esprit de vengeance jusqu’à écraser les personnes qui se mettent sur son passage tel un bulldozer. Il en a écrasé plus d’une.

L’homme a besoin de se sentir important et fait de son combat syndical sa raison de vivre. L’intention serait louable si elle n’était pas polluée par une colère permanente et un besoin vital d’en découdre.

Agissant sous couvert de son statut de salarié protégé, le personnage ne s’encombre pas d’un langage soutenu, il préfère de loin les insultes et les grossièretés. Il est aussi adepte des menaces.

Ainsi, année après année, il s’est débarrassé de tous ceux qui de près ou de loin pouvaient représenter une menace à son hégémonie : directeur technique, chefs de service, directrice financière, responsable RH… Là où l’on doit lui concéder une qualité, c’est qu’il se débrouille toujours pour faire porter le chapeau à quelqu’un d’autre. Comme dit le dicton, quand on n’est pas fort il faut être malin !

Finalement, situation cocasse s’il en est, le seul qui a réussi à trouver grâce à ses yeux est le directeur. Pourtant ce n’était pas gagné !

Ce dernier, fonctionnaire détaché de l’Agriculture et Forêt (ex-DAF), alors chargés des grands travaux à La Créole, accède à la fonction de directeur délégué en 2008 avec le changement de mandature, largement coopté par son ami le directeur technique, un self-made-man, ancien de Véolia et d’Hydrotech, à qui il manquait la culture administrative pour briguer le poste.

À peine nommé, le tout nouveau directeur délégué doit faire face à la hargne déjà légendaire du fameux Délégué syndical dont Véolia se félicitait de s’être débarrassé lors du transfert d’une partie de son personnel vers La Créole.

Les rapports ne sont pas tendres, mais le directeur tient bon, soutenu par son ami et véritable homme de main, directeur technique, et son donneur d’ordre, la commune de Saint-Paul. Il faut avouer que la tâche n’est pas simple surtout sans aucune expérience de dirigeant : monter un programme d’investissements ambitieux, recouvrer des factures publiques, satisfaire les élus, la population et surtout, oui surtout, les salariés…car le délégué veille ! Oh, il y a bien un autre syndicat, mais celui-ci représenté par des cadres, fait pâle figure devant le Roi de la basse-cour en devenir.

Mais au fil du temps, on sent bien que le rapport de force patrons/salariés tourne en faveur des salariés. D’ailleurs, la responsable RH embauchée en 2010, forte de son expérience, fait remarquer à son supérieur le poids inhabituellement important des instances représentatives dans la vie de l’entreprise. Usé par les stratégies et menaces du délégué syndical, en 2014, à l’arrivée d’une nouvelle équipe municipale, le directeur délégué commence à vaciller. Son poste est menacé, le nouveau président, un certain Clain, ayant des velléités de devenir PDG. Il n’en faut pas moins au directeur délégué, encouragé par son bras droit proche du nouveau magistrat, pour faire un appel du pied au délégué syndical.

C’est alors qu’un jour d’octobre 2014, la totalité des employés de la Créole est convoquée en salle du Conseil Municipal de Saint-Paul par le Premier magistrat pour un savon d’anthologie ! La plupart sont estomaqués, mais certains semblent afficher un air de satisfaction. 3 ou 4 salariés non nommés en prennent particulièrement pour leurs grades. Le syndicat minoritaire reste muet. La Responsable administrative et financière tente de parler, mais le directeur lui fait signe de se taire.

On découvrira plus tard que le Roi délégué syndical était à la manœuvre, ayant chauffé à blanc le nouvel élu et lui ayant remis un courrier de doléances et de « propositions en vue de réduire le coût de fonctionnement de La Créole ». Plutôt intéressant venant de la même personne qui dénonce aujourd’hui l’audit du TCO au sujet du fonctionnement de la Régie.

Dans ce fameux courrier, la première proposition consiste en l’arrêt des contrats de la poignée de fonctionnaires détachés, car ceux-ci coûteraient trop cher à la Régie. Il faut quand même préciser que les salariés de la Régie sont tous sous contrat de droit privé hormis le Directeur. Or, la filière eaux et assainissement de La Réunion a toujours combattu pour obtenir une sur rémunération se basant tantôt sur la grille d’île de France tantôt sur le statut des fonctionnaires locaux. N’ayant jamais eu gain de cause, il était intolérable au délégué syndical d’avoir des fonctionnaires légalement surrémunérés dans l’Entreprise (dont le fameux n+1 de l’époque).

Ce courrier évoque également les problèmes de facturation et de recouvrement depuis 2007, qui finalement semble structurel à La Créole.

Et goyavier sur le gâteau, l’organisation syndicale demande « l’arrêt immédiat des politisations des demandes d’abonnement ». Incroyable, mais vrai ! Coup d’épée dans l’eau pour cette dernière demande, il ne faut pas rêver quand même…

Ainsi, le délégué syndical arrive en sauveur de la situation économique de la Régie avec ses propositions d’amélioration sans toutefois remettre en cause la compétence du directeur délégué, l’appel du pied a bien marché.

Le même jour, le directeur enfonce le clou et convoque un à un ses chefs de service pour un recadrage. Il les soupçonne d’avoir manœuvré avec le nouveau président contre lui… Une véritable télé novela !

Allez tout le monde, taisez-vous maintenant, le délégué syndical est aux commandes. En 2015, le CE demande même un audit des comptes à un expert-comptable. Considérait-il que l’entreprise fût mal gérée ?

S’en suivent des années de tension sociale, des joutes écrites entre la direction et le délégué syndical, des débrayages sauvages, des préavis de grèves, des accalmies et beaucoup de négociations qui ont fini de pousser à la retraite le directeur technique. Le directeur lui-même écrit qu’il vit un calvaire à cause du délégué syndical.

Mais une donzelle, fonctionnaire détachée, joue les trouble-fête…Ses missions de direction administrative et financière la conduisent à prendre une part importante dans les décisions stratégiques de l’Entreprise y compris celles relevant de la gestion sociale. Cette portée pleinement justifiée par ses fonctions ne plaît pas du tout au Roi délégué syndical qui la voit comme un frein à ses promesses et à ses projets syndicaux au sein de l’Entreprise.

Un peu moins docile et certainement moins facile à amadouer que le directeur, la dame devient la cible à abattre. Alors, lorsqu’elle dénonce début 2018 les dérives au niveau des embauches et le rapport tendancieux entre le directeur et le délégué syndical qu’elle constate depuis plusieurs mois, il devient urgent de la faire taire définitivement.

C’est chose faite en 2018, où un véritable pugilat se met en place contre la cadre qui, au bout du rouleau après des années de pression, est arrêtée pendant plusieurs mois. Le temps pour le directeur aidé de son nouveau bras droit, le Roi délégué syndical, de mener à bien leur procédure de licenciement pour faute. Il lui est reproché d’avoir semé le trouble dans l’entreprise en affirmant que La Créole allait droit dans le mur du fait de ses nombreuses embauches et qu’elle était gérée par le délégué syndical. On dirait bien qu’elle avait eu le nez creux.

Il semble ainsi, que monsieur le directeur, le Coq plumé lundi 30 août, ait oublié que lui-même, sur demande du délégué syndical, a licencié de manière brutale son ancienne collaboratrice, qu’il portait aux nues encore quelques mois auparavant. En arrêt maladie et exemptée d’effectuer son préavis de licenciement, elle n’a jamais pu dire au revoir à ses collègues ni organiser la continuité de service.

Bien sûr, la fonctionnaire porte l’affaire aux Prud’hommes. Le Conseil ne retient pas la faute, mais confirme le licenciement pour incompatibilité de culture professionnelle. La Créole est condamnée à lui verser des indemnités. Il admet aussi que le directeur a capitulé et qu’il a choisi de se séparer de sa collaboratrice face à la pression du délégué syndical. Et hop, une de moins !

Le champ était donc libre, rien ne pouvait plus arrêter le bateau fou pas même l’arrivée sur la scène en 2019 d’une autre entité syndicale ultra minoritaire. Les robinets étaient grand ouverts : voitures de fonctions et de services à gogo, embauches régulières, promotions…Le Roi se la jouait grand seigneur sur le dos des abonnés.

Certains salariés, lassés de ce duo malsain, tentent tant bien que mal de s’extraire de ce panier de crabes, au risque de mettre en péril l’évolution de leur carrière. Ils constatent amèrement que rien ne se fait sans l’avis du CSE, enfin plutôt sans le consentement du délégué syndical. Les avancements et promotions sont à la « tête du client » ! Quand il ne vous apprécie pas, c’est « Niet ! »  et L’ex-directeur opine sans broncher... Ils se servent de leur statut pour faire la pluie et le beau temps et pour contrôler la carrière des salariés qui ne sont pas dans leurs petits souliers.

Présent dans toutes les instances de la régie, il a la main sur tout !!!

Ses colistiers « petits coqs » et lui sont capables de tout, même fabriquer des preuves pour confondre leurs détracteurs. Ils font signer de gré et de force des pétitions et de fausses attestations, ils menacent les salariés avec les primes et les avancements.

Le délégué syndical et l’ancien Directeur sont assurément liés par un pacte, mais lequel ? Eux seuls le savent : l’un veut faire monter ses colistiers et l’autre gagner la paix sociale et se faire bien voir partout ! Leurs mauvaises actions sont toujours déguisées derrière de nouvelles organisations : nominations de chefs de service et d’adjoints aux directeurs parfois sans compétence dans le domaine concerné, démantèlement de services, sabotage des missions des salariés qui sont forces de propositions et qui souhaitent tout simplement bien faire leur travail.

Ainsi, ce sont bien des salariés de La Créole, signataires en collectif d’une lettre alertant sur la souffrance au travail fin 2020, qui sont à l’origine de l’intervention de l’inspection du travail cette année. Les membres du CSE et le délégué syndical, et encore moins l’ex-directeur, n’ont que faire de cette souffrance qui pour eux n’est que l’œuvre de salariés en mal de pouvoir.

Bien au contraire, lors d’un Conseil d’Administration, le Roi délégué syndical annonce son intention de porter plainte contre les salariés qui ont osé dénoncer la dégradation des conditions de travail. Une véritable chasse aux sorcières commence alors et est à l’origine du mouvement social du 26 juillet dernier.

Depuis le 31 août, début de la deuxième grève, le délégué syndical, adepte de l’adage « diviser pour mieux régner », lors de ses nombreuses allocutions, s’en prend souvent aux non-grévistes, les culpabilisant, les dénigrant, les traitant d’hôtesses de l’air quand eux sont des pilotes. Quelle prétention et quel manque de respect pour les navigants ! À force de monter les salariés les uns contre les autres le délégué syndical risque bien d’être l’auteur d’une rupture sociale au sein de la régie.

Mais au fait, quel est l’objet de la grève ? Ah oui, l’ex-directeur a été remercié sans ménagement ! Et selon le ressenti du délégué syndical de manière « inhumaine » : alors quoi? On grève sur des ressentis maintenant ?

Peut-être à cause des résultats de l’audit ? L’audit révèle des failles et préconise certaines choses tout comme le délégué syndical l’avait lui-même fait en 2014. Mais en aucun cas, il ne remet en cause les acquis sociaux des salariés.

Mais alors quelles sont les réelles motivations du sieur délégué syndical ? Pourquoi le départ du directeur l’affecte autant ? Au point de mettre plus de la moitié des salariés en grève ?

Parlons des revendications. La liste des revendications change tous les jours. À tel point, que même les grévistes ne savent plus ce qu’ils font dehors !

Les revendications avaient déjà été entendues en novembre 2019, lors du protocole de sortie de la grève. Et à vrai dire jamais rien n’avait été remis en cause ni par le TCO ni par la présidence de La Créole. C’est à croire que les grévistes n’ont pas lu les résultats de l’audit. Car si c’était le cas, ils ne seraient pas sortis faire grève !

Alors qui trompe qui ? Qui ne respecte pas les salariés ?

Très bon narrateur, très bon manipulateur, le Roi de la basse-cour sait parfaitement quoi dire pour attirer du monde autour de lui. Il faut parler d’argent ! Faire croire aux salariés qu’ils vont tout perdre, que le TCO va dissoudre la régie alors qu’il a lui-même signé les accords les protégeant en 2019. Il est bien commode de se servir de la peur des salariés pour dissimuler ses véritables intentions.

Dernièrement, il proclamait que l’ex-directeur les remerciait pour leur soutien. Ils seraient donc toujours en contact. Ce même directeur vindicatif, sournois, qu’il a fallu pour certains supplier pour pérenniser leur contrat. Ce même directeur qui disait bonjour au gré du vent, celui-là même qui a dépossédé des salariés de leur mission jusqu’à les pousser en long arrêt maladie… Ce directeur qui ignorait ses employés dans les couloirs.

Ce directeur distributeur de blâmes, d’avertissements, de mises à pied, de décisions arbitraires. Les grévistes sont les victimes de cette sinistre supercherie. Ils perdent quelques jours de salaires, de congés, finalement sans raison à part satisfaire l’ego de leur gourou. Car ce qu’ils réclament, ils l’ont déjà. Et tous les salariés se retrouvent aujourd’hui à devoir choisir un camp.

La vraie raison de cette grève est la sérieuse remise en cause des pleins-pouvoirs du délégué syndical à la suite du départ du directeur qui lui mangeait dans la main. Finis les petits arrangements, finis les chasses aux sorcières, finis les embauches des amis et de la famille, finis le défilé du CSE dans les couloirs de la Créole.

Terminer le règne du délégué syndical et son pouvoir de vie et de mort sur l’avenir des salariés et du fonctionnement de la régie.

La Créole mérite de poursuivre sa route. Chaque salarié est compétent et professionnel, mais est actuellement sous le joug d’un seul homme. Un homme qui se dit fervent défenseur des droits des salariés, mais qui n’hésite pas à évincer violemment les salariés qui contrarient ses plans et à entretenir avec le directeur une relation plus qu’ambiguë… de quoi faire se retourner dans leur tombe les plus grands syndicalistes locaux rouge flamboyant !

 

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