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Gilbert Gérard, une vie sous le sceau de l'audace, la vérité et le courage

Gilbert Gérard, à l'état civil Gérard Gilbert Marie Joseph Antoine. Ce n'est pas un luxe de le rappeler tant il appartient à une très longue lignée familiale qui s'est engagée pour servir l’île. Gilbert est décédé à Saint-Denis, sa ville natale, le 24 septembre dernier. Il aurait eu 87 ans à la fin de l'année. Après une scolarité classique au lycée Leconte-de-Lisle, Gilbert Gérard entame à Bordeaux des études de médecine et se spécialise en biologie et en immunologie. 
Ecrit par Pierrot Dupuy – le jeudi 26 septembre 2024 à 23H18

De retour à La Réunion, après avoir exercé comme assistant à la Faculté de médecine de Rennes, Gilbert Gérard va professionnellement oeuvrer pour le développement de la recherche médicale à La Réunion. Sa contribution à ce secteur est majeure. On lui doit la création des premiers centres de transfusion sanguine, de laboratoires de recherche et le lancement de programmes importants, dont le plus emblématique va déboucher sur la reconnaissance scientifique du groupe sanguin "Réunion".

Gilbert Gérard  est le premier biologiste a avoir pratiqué à La Réunion le dépistage du Sida, maladie contre laquelle il va impulser, sur toute l'île d'importants programmes de prévention. Mais ses activités professionnelles exigeantes ne vont pas pour autant l'empêcher de s'engager sur de nombreux autres fronts, sociaux, culturels et politiques.

C'est ainsi que Gilbert Gérard lance "Echange Sans Frontières" à la fin de la décennie 1970 pour lutter contre le monopole d'Air-France et participer à diverses autres associations de consommateurs pour s'attaquer à des pratiques commerciales héritières de la colonie, dont le secteur économique n'avait pas l'exclusivité.

A la présidence de l'Association pour la Sauvegarde du Patrimoine Réunionnais (ASPR), dont l'intitulé est déjà tout un programme, c'est avec la même énergie que Gilbert Gérard va s’employer à mettre à jour les pratiques prédatrices en cours dans certains établissements culturels en vue dans le département.

Sur le plan politique, résolument opposé à l'Autonomie et au PCR, mais condamnant avec autant de détermination tout ce qui prolongeait, des décennies après l'avènement de la départementalisation, les mœurs coloniales, Gilbert Gérard a cherché, avec notamment Albert Ramassamy, Paul Hoarau, Marcel Boissier et quelques autres, une voie réunionnaise afin d'être pleinement Français, à travers diverses tentatives. Sans véritables succès.

Soutien de Valéry Giscard d'Estaing aux élections présidentielles de 1974 et de 1981, puis de Raymond Barre en 1988, Gilbert Gérard décroche son premier mandat d'élu local à Saint-Denis en 1977 sur la liste d'Auguste Legros, puis devient conseiller municipal d'opposition à Gilbert Annette de 1983 à 1989. Gilbert Gérard rejoint ensuite la liste municipale dionysienne d'union et de rassemblement conduite par le socialiste Michel Tamaya en 1989.

A l'une de ses candidatures pour des élections législatives, Gilbert Gérard avait pris comme devise "Audace et Vérité", caractérisant bien ses engagements et ses combats. Mais ils lui valurent de solides et tenaces rancunes dans un département où il s'est mis au travers de puissants intérêts.  C'est ainsi que le docteur Gilbert Gérard apprendra, comme tous les auditeurs de France-Inter, en direct à la radio, son licenciement par le ministre Bernard Kouchner en pleine affaire du procès du sang contaminé en France. Si les tribunaux finiront par lui donner raison, il ne retrouvera pour autant jamais ses responsabilités professionnelles et devra se réorienter.

Audace, vérité, courage. Telles furent durant les boussoles qui ont guidé la vie de Gilbert Gérard.

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