Gestion des déchets : le SYDNE serre la vis sur les coûts

Entre budget supplémentaire, refus d’une concession jugée "inacceptable" et suivi de l’ISDU et de la chaudière CSR d'Albioma, le SYDNE a tenu un conseil syndical chargé d’enjeux pour l’avenir de la gestion des déchets.
Le conseil syndical du SYDNE (Syndicat intercommunal de traitement des déchets du Nord et de l’Est de La Réunion) s’est tenu ce mercredi 1er octobre 2025. À l’ordre du jour figuraient plusieurs décisions majeures pour l’avenir de la gestion des déchets dans le Nord et l’Est : l’adoption du budget supplémentaire 2025, la décision de mettre fin à la procédure de délégation de service public (DSP) pour le tri et la valorisation des déchets, ainsi que des points d’étape sur deux projets structurants : l’ISDU (installation de stockage des déchets ultimes) de Sainte-Marie et la chaudière CSR (combustibles solides de récupération) d’Albioma à Bois-Rouge. Tous les points ont été adoptés à l’unanimité par les élus.
Un budget supplémentaire impacté par le cyclone Garance
Le vote ce mercredi du budget supplémentaire 2025 du SYDNE, qui s'élève au final à 44,7 millions d’euros, intègre plusieurs ajustements. À commencer par les conséquences liées au passage du cyclone Garance en février dernier. Celui-ci a généré 31.690 tonnes de déchets supplémentaires, avec un coût de traitement de quatre millions d'euros , non prévu au budget initial. S’y ajoutent une compensation exceptionnelle de 3,8 millions d'euros à Inovest dans le cadre du marché MN48, alors que l’estimation prévisionnelle n’était que de 2,5 millions d'euros.
En contrepartie, le syndicat bénéficie de recettes supplémentaires : un excédent de l’exercice 2024 (2,44 millions d'euros), des pénalités infligées aux prestataires (908.000 euros), ainsi qu’une revalorisation de la TGAP (taxe générale sur les activités polluantes) grâce au passage de la décote DOM de 25 % à 35 %.
"Ce budget supplémentaire voté aujourd'hui nous permet de faire face à des dépenses exceptionnelles liées aux aléas climatiques et aux contraintes contractuelles. Il reflète la réalité de la gestion des déchets dans notre territoire, où nous devons sans cesse adapter nos moyens pour maintenir le service", explique Daniel Alamélou, président du SYDNE.
DSP déchets : la candidature SUEZ/Inovest rejetée
La délibération la plus sensible concernait la procédure de délégation de service public (DSP) visant à confier pour dix ans le tri, le traitement et la valorisation des déchets ménagers. Une seule candidature avait été déposée, celle du groupement SUEZ/Inovest. Après analyse, la CDSP (Commission de délégation de service public) a jugé l’offre inacceptable. Son coût, estimé à 330 millions d'euros sur 10 ans, dépasse de 64 % les prévisions initiales (190 à 204 millions d'euros). De plus, la qualité technique de l’offre a été jugée insuffisante et les performances environnementales en retrait par rapport aux objectifs fixés.
"L’offre était totalement incompatible avec les capacités financières du SYDNE", résume Daniel Alamélou. "Sur le plan technique et juridique, de nombreux points étaient problématiques. Le groupement remettait en cause des éléments essentiels du cahier des charges, y compris des dispositions fixées par la Commission de régulation de l’énergie. Dans ces conditions, il était impossible d’accepter", maintient-il.
Au-delà des considérations techniques, le président du syndicat a insisté sur les conséquences financières d’une telle décision pour les habitants. "Si nous avions accepté cette proposition, la taxe d’enlèvement des ordures ménagères (TEOM) de la CINOR et de la CIREST aurait explosé. Je ne souhaite pas cela pour nos administrés. Mon rôle est de préserver un coût de traitement acceptable, tout en maintenant un service de qualité", martèle-t-il.
Face à cette situation, le conseil syndical a décidé de déclarer la procédure sans suite et d’engager une nouvelle consultation sous forme de marché public de prestations.
ISDU de Sainte-Marie : dépôt du projet d’intérêt général
Autre dossier stratégique : la création d’une installation de stockage de déchets ultimes à Sainte-Marie. Le président du SYDNE a annoncé que le projet d’intérêt général (PIG) avait été déposé en préfecture. "Le projet entre maintenant dans sa phase d’instruction. Nous avons un calendrier clair : acquisition foncière en 2025, enquêtes publiques en 2026, lancement des travaux en 2027. L’objectif est que le premier casier fonctionne en 2028, au moment où l’ISDND (installation de stockage de déchets non dangereux) de Sainte-Suzanne fermera définitivement", détaille Daniel Alamélou.
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Ce calendrier est jugé crucial pour "garantir la continuité du service public" et éviter "toute rupture dans la capacité de stockage des déchets".
Chaudière CSR d’Albioma : mise en service industrielle au premier trimestre 2027
Enfin, le conseil a fait un point d’avancée sur la construction de la chaudière CSR d’Albioma à Bois-Rouge destinée à valoriser les 70.000 tonnes de combustibles solides de récupération (CSR) produites chaque année par le centre de valorisation multifilières d’Inovest. La chaudière permettra de produire 66 GWh d’électricité par an et constitue un élément clé de la stratégie de réduction de l’enfouissement.
"Le chantier avance dans les temps. Les premiers essais devraient intervenir en 2026, pour une mise en service industrielle au premier trimestre 2027", confirme le président du SYDNE.
Il a également insisté sur l’intérêt économique du projet : "Plus vite nous pourrons orienter notre CSR vers Albioma, moins nous aurons à payer la compensation C du marché actuel. Cette seule compensation représente 3,5 millions d'euros en 2025. Dès que l’exutoire sera en service, cette charge disparaîtra, ce qui sera un vrai soulagement financier".
Une stratégie axée sur la maîtrise des coûts et la valorisation énergétique
Avec ces décisions, le SYDNE affiche sa volonté de concilier rigueur financière et transition énergétique. Entre le rejet d’une offre jugée excessive, l’avancement du futur site d’enfouissement de Sainte-Marie et la construction de la chaudière CSR, le syndicat veut se doter d’outils solides pour assurer une gestion durable des déchets dans le Nord et l’Est de La Réunion.
"Nous travaillons pour garantir un service de qualité à un coût supportable pour les habitants", conclut Daniel Alamélou. "Notre stratégie est claire : réduire l’enfouissement, renforcer la valorisation énergétique et préserver l’équilibre budgétaire du syndicat".


