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Géothermie à La Réunion : le projet Cafres-Palmistes sous haute surveillance environnementale

Ecrit par J.D – le samedi 31 mai 2025 à 18H03

Dans un avis de 19 pages, l’Autorité environnementale alerte sur de nombreux enjeux sensibles liés au projet de géothermie profonde porté par Engie dans les Hauts de l’île. Risques sur l’eau potable, sur la biodiversité, ou encore incompatibilité possible avec les documents d’urbanisme : les garde-fous sont posés, en attendant d’éventuels forages.

Entre le Piton des Neiges et le Piton de la Fournaise, les zones volcaniques de la Plaine des Cafres et de la Plaine-des-Palmistes recèlent peut-être d'une énergie propre et locale : la géothermie profonde. C’est pour le démontrer qu’Engie a demandé un permis exclusif de recherche (PER), dit « Cafres-Palmistes », sur une zone de près de 55 km².

PER, kézaco ? « Le PER en tant que tel permet de conduire, sous réserve du respect des procédures et réglementations applicables, le cas échéant aux travaux concernés, des explorations géologiques, géochimiques et géophysiques de surface, afin de confirmer ou non l’existence d’une ressource géothermique exploitable. »

Cette demande de PER a été déposée en 2021, complétée en 2024 et étudiée fin avril par l'Autorité environnementale (Ae). Mais avant même un premier coup de foret, l’Ae met en garde contre les impacts potentiels sur un territoire aussi fragile que stratégique. Et ce, même si les premiers éléments présentés revêtent des incidences environnementales qualifiées de « négligeables » par l'Autorité.

Un projet structurant mais à l’impact incertain

L’objectif est clair : permettre à La Réunion de diversifier son mix énergétique en vue d’atteindre l’autonomie à l’horizon 2030. La PPE (Programmation pluriannuelle de l’énergie) table sur 5 MW d’origine géothermique d’ici 2028. Ce PER, s’il est accordé, pourrait ouvrir la voie à la construction d’une centrale. Mais cette ambition se heurte à des obstacles réglementaires et environnementaux.

L’avis de l’Ae souligne d’emblée l’ampleur des précautions à prendre : zones humides sensibles, périmètres de protection des captages d’eau potable, proximité du Parc national, covisibilité avec des paysages classés à l’Unesco… « L’implantation des équipements devra éviter les zones à enjeux et intégrer dès l’amont les contraintes paysagères », recommande-t-elle.

Eau potable : ligne rouge

C’est peut-être le point de friction majeur : la ressource en eau. Le PER recoupe deux masses d’eau souterraine, dont celle de la Plaine-des-Palmistes, « ressource stratégique » pour l’alimentation humaine à l'échelle de La Réunion. L’ARS, dans sa contribution au dossier, prévient et conditionne son avis favorable à plusieurs obligations, notamment à « la prise en compte de l’incompatibilité de
l’exploitation d’un gîte géothermique dans un périmètre de protection rapprochée d’un captage »
et à « la prise en compte en amont dans le projet de la nécessaire protection des ressources en eau destinée à la consommation humaine ». Il faut savoir que l’ARS conditionne tout projet de géothermie profonde (recherche et exploitation de gîte) à « l’avis préalable favorable d’un hydrogéologue agréé au titre
de la santé publique »
. Pour l'Autorité, il semble nécessaire qu’Engie se rapproche de l’ARS pour disposer de données actualisées. Mais l’Ae va plus loin : elle demande un avis d’hydrogéologue agréé et la tierce-expertise indépendante des dispositifs de forage.

Une biodiversité sous pression

Trois zones humides sont déjà identifiées, dont la Mare à Boue, connue pour sa richesse écologique. Aucun inventaire naturaliste n’a encore été mené, alors même que plusieurs espèces endémiques pourraient être concernées. « Ces inventaires seront à
conduire, dans les règles de l’art, et en renforçant la pression d’inventaire par rapport à ce qui est actuellement prévu. »
De plus, le dossier ne précise pas s’il est possible que d’autres zones humides soient présentes dans le périmètre du PER. L'Autorité environnementale est clair sur ce point : elle recommande d’éviter tous travaux de forage et d’exploitation dans les zones à enjeux de biodiversité et les zones humides.

Des précédents fragiles, une surveillance impérative

Ce n’est pas la première tentative de géothermie à La Réunion. Un précédent projet à la Plaine des Sables avait été abandonné à la veille de l’inscription de la zone au Patrimoine mondial. Des études avaient été menées en 2015 par le bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) sur le potentiel géothermique profond de l’île. Cette fois, Engie mise sur des forages déviés pour éviter les cœurs protégés. Mais le recours à des techniques de stimulation thermique devra être encadré. « Il sera nécessaire d’analyser le risque sismique induit par ces pratiques, et plus largement par le projet même s’il ne recourt pas à une stimulation de puits. En effet, la surveillance volcanologique repose notamment sur l’analyse de l’activité sismique, la plupart du temps à faible magnitude. Il conviendra donc d’évaluer le risque d’interaction ou de perturbation de la surveillance du volcan par l’exploitation géothermale. »

Lire aussi : Le BRGM va évaluer le potentiel géothermique de La Réunion

Pourquoi ces garde-fous ?

L'Autorité environnementale le résume parfaitement dans la synthèse de son avis : « Les étapes pouvant conduire à une exploitation après le PER sont les travaux de forage, l’éventuelle demande de concession et les travaux d’exploitation associés. L’Ae recommande d’approfondir et d’actualiser, aux différentes étapes du projet, l’analyse de l’état initial, des enjeux environnementaux et des incidences afin de prioriser les secteurs à moindre enjeux pour l’implantation des forages et d’y affiner l’analyse. Ces études devront également porter sur la ressource en eau nécessaire aux forages et inclure les travaux de raccordement aux réseaux routiers et électriques. »

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