Foire agricole : Bras-Panon accélère la structuration de la filière fruit à pain

À la Foire de Bras-Panon, la commune a franchi ce mardi une nouvelle étape dans le développement d'une filière fruit à pain. Après plusieurs années de travail mené dans le cadre de son Projet alimentaire territorial (PAT), une convention de structuration de filière a été signée entre la ville, les chambres consulaires, l’ADIR et Pro Vanille, tandis que les premiers plants ont été remis à une trentaine d'agriculteurs.
Le projet n'a pas varié : faire du fruit à pain un levier de diversification agricole, de transformation agroalimentaire, de santé et de souveraineté alimentaire pour La Réunion.
“C’est un grand jour pour le fruit à pain”, a lancé ce matin le maire de Bras-Panon, Jeannick Atchapa, à l'initiative du projet. L’élu rappelle qu’en mars 2024, une convention avait été signée avec la Chambre d’agriculture de Polynésie française et celle de La Réunion pour l’approvisionnement en vitroplants. Au total, 2 500 plants ont été offerts par la Polynésie à la commune de Bras-Panon dans le cadre d’un échange de savoir-faire autour du fruit à pain, de l’ananas et de la banane.
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Après une phase d’acclimatation en pépinière, les premiers plants sont désormais distribués à une trentaine d’agriculteurs de Bras-Panon. Chacun doit recevoir une trentaine de plants, soit près de 1 000 plants pour cette première phase.
Des fruits en moins de trois ans
“Jusqu’à présent, il y avait des arbres dans les cours, mais pas de filière organisée”, explique David Robert, conseiller arboriculture à la Chambre d’agriculture.
L’objectif affiché est de structurer une véritable production locale, capable d’alimenter aussi bien les marchés de proximité que la transformation agroalimentaire. Avec les 2 500 plants prévus, la production pourrait atteindre à terme environ 500 tonnes par an.
Les plants introduits proviennent de Tahiti, patrie historique du fruit à pain. La variété retenue présente plusieurs avantages : une croissance plus rapide, des arbres moins hauts et plus adaptés aux conditions réunionnaises. “On limite la hauteur à cinq mètres grâce à la taille, ce qui permet une meilleure résistance au vent et facilite la récolte”, précise David Robert. Les premières productions sont attendues dans deux à trois ans, avec des rendements estimés entre 200 et 250 kilos par arbre.
Les vitroplants polynésiens offrent également un gain de temps important. Là où un arbre local peut mettre jusqu’à cinq ans avant de produire, les variétés introduites commencent à fructifier au bout de deux à trois ans seulement.

Un produit aux multiples débouchés
Pour la commune, l’enjeu dépasse largement la seule production agricole. “Si on produit demain, il faut également être capable de transformer et d’écouler cette production”, insiste Jeannick Atchapa.
La convention signée ce mardi vise justement à organiser l’ensemble de la chaîne, de la production jusqu’à la valorisation industrielle. Autour de la table : la Chambre d’agriculture, la CCIR, la Chambre de métiers, l’ADIR et Pro Vanille.
Le fruit à pain offre de nombreuses perspectives de transformation. En cuisine, il peut remplacer le riz, les pommes de terre ou même le pain selon les préparations. Chips, gratins, farine sans gluten, beignets, crèmes ou encore glaces : les débouchés potentiels sont nombreux.

Des industriels déjà intéressés
Le fruit à pain présente aussi des qualités nutritionnelles. Riche en glucides complexes, il contient également des fibres ainsi que des minéraux comme le potassium. Transformé en farine, il représente aussi une alternative sans gluten utile pour de nombreux consommateurs.
Plusieurs industriels se montrent déjà intéressés. Michel Alamele, spécialisé dans la transformation de poissons, souhaite notamment développer des plats à base de gratin de fruit à pain associé à des produits de la mer pour les marchés européen et des Émirats. Installé pour le moment à Madagascar, il envisage de s'implanter dans la zone de Paniandy à Bras-Panon.
La future boutique de producteurs de Bras-Panon, portée par l’association des producteurs de la commune, doit permettre de commercialiser les premiers produits, transformés par les agriculteurs panonnais eux-mêmes via le laboratoire financé par le Département et la commune.
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Produire localement les futurs vitroplants
Autre étape stratégique : la capacité à produire localement les futurs plants. La commune mise désormais sur le futur laboratoire de Pro Vanille, dont l’ouverture doit être officialisée cette semaine.
“Nous allons démultiplier les vitroplants de fruit à pain à Bras-Panon”, ambitionne le maire. L’objectif est de ne plus dépendre d’importations de plants et de développer à terme d’autres cultures comme le poivre, les épices ou encore le jacquier.
Une évolution qui permettra un gain de temps et évitera aux vitroplants de traverser la moitié de la planète en bateau.

Un enjeu de souveraineté alimentaire
Au-delà de l’innovation agricole, la commune inscrit le projet dans une logique de résilience alimentaire.
“Demain, nous pouvons être coupés de tout”, prévient Jeannick Atchapa, évoquant les fragilités de l’approvisionnement de l’île révélées lors du Covid ou des tensions sur certains produits importés.
Le maire défend une agriculture locale capable de nourrir la population en cas de crise. “Faire de notre terre la terre qui nourrit et la terre qui guérit”, résume-t-il.

Encore faut-il convaincre les consommateurs réunionnais de remettre ce produit “lontan” au goût du jour des palais actuels. Si le fruit à pain a fait partie des habitudes locales, il a petit à petit disparu des assiettes familiales.
“Il faut casser l’image de ‘produit la misère’”, estime le maire, qui évoque un travail de rééducation alimentaire à travers les réseaux sociaux, des ateliers, des fiches recettes, des dégustations ou encore la restauration scolaire.
Le Cirad et la Chambre d’agriculture ont d'ores et déjà proposé ce matin des dégustations et des supports pédagogiques autour des différentes utilisations du fruit à pain, prouvant les nombreuses déclinaisons possibles.
Petit à petit, la filière fruit à pain devient une réalité.


