À Bras-Panon, 2 500 vitroplants de fruit à pain pour structurer une filière locale

La commune accueille ses premiers vitroplants de fruit à pain, offerts par la Polynésie. Au total, 2 500 plants de la variété Raje ont été réceptionnés, avec pour ambition de poser les bases d’une filière locale capable de renforcer d'ici trois ans la souveraineté alimentaire et de diversifier les productions agricoles réunionnaises.
La route fut longue mais ils sont arrivés à bon port. En avril 2024, une délégation de la Chambre d'agriculture et de la pêche lagonaire de Polynésie, composée de son président, Thomas Moutame, accompagné de trois techniciens, était présente dans l'île pour signer une convention de partenariat avec la commune.
D’un côté, Tahiti, patrie du fruit à pain, apporte son savoir-faire doublé d’un don de 2 500 vitroplants. De l’autre, La Réunion partage son expertise en matière de culture de l’ananas, principalement.
Après de longs mois de démarches administratives, les précieux plants ont pu rejoindre l’île, ouvrant la voie à un projet inédit de diversification agricole. « Des freins réglementaires ont dû être levés », souligne Olivier Fontaine, président de la Chambre d’agriculture de La Réunion. Pour lui, l’expérience du fruit à pain doit servir d’exemple : « Il faut dupliquer ce modèle pour élargir nos zones d’approvisionnement en semences, au-delà de l’Hexagone. Que ce soit pour la pomme de terre ou pour l’élevage, certaines races d’Afrique du Sud sont mieux adaptées à notre contexte, la réglementation doit s’ajuster aux besoins du monde agricole. »
De la pépinière aux exploitations
Les vitroplants sont d’abord installés dans une serre spécialement aménagée au sein du jardin de l’Atelier chantier d’insertion (ACI) de Paniandy, afin de recréer les conditions d’humidité nécessaires à leur acclimatation.
Dans dix mois, les jeunes plants pourront ensuite être transférés chez des agriculteurs partenaires. Les premières récoltes interviendront deux ans plus tard, contre cinq ans avec des plants traditionnels. Ces arbres présentent plusieurs avantages : ils sont moins hauts, plus résistants aux vents et leur rendement pourrait atteindre entre 100 et 200 kilos de fruits par arbre.
Ces productions sont destinées à la consommation directe mais aussi à la transformation, avec déjà des débouchés envisagés vers la restauration collective, les cantines scolaires ou encore des industriels comme Royal Bourbon.

Structurer une filière locale
L’objectif affiché est clair : créer une véritable filière réunionnaise du fruit à pain. Les premiers plants seront distribués à l’Association des agriculteurs de Bras-Panon, qui mettront des terres à disposition, avant un déploiement sur l’ensemble du territoire. « Demain, on peut être coupé de tout. Nous devons nous organiser face à un risque d’isolement et de précarité alimentaire », souligne le maire de Bras-Panon Jeannick Atchapa.
Au-delà du fruit à pain, d’autres cultures sont appelées à être expérimentées dans le cadre du deuxième volet du Projet alimentaire territorial (PAT) : poivre, épices ou encore jacquier, en lien avec le futur laboratoire de recherche de Provanille, qui pourrait permettre la duplication in vitro de futurs plants.
Un projet agricole et social
Le projet est mené en partenariat avec l’ARDIE (Association réunionnaise de diversification et d’insertion par l’économie), sur le plateau de diversification agricole (PDA), avec le soutien de la Mission locale Est et de la mairie qui met le foncier à disposition. Il vise aussi un objectif social : associer insertion, formation et innovation autour d’une filière porteuse.
Les plants introduits sont issus d’une technique de clonage in vitro, garantissant des « plants sains et homogènes », explique la chargée de mission PAT à la mairie, Cécile de Fondaumière. La variété Raje offre par ailleurs un cycle de production plus court, des fruits plus gros et une réduction du nombre de graines, facilitant leur transformation.

Une vision partagée
Certains agriculteurs réunionnais n’ont pas attendu ce projet pour miser sur le fruit à pain. À Saint-Pierre, Frédéric Vienne, ancien président de la Chambre d’agriculture, a déjà planté près de 70 arbres il y a quatre ans.
« C’est un fruit symbolique à La Réunion dont l’avenir passera par la transformation, notamment en farine sans gluten. Il y a un énorme potentiel, déjà exploité dans les îles du Pacifique, pour une alimentation plus locale et plus saine. Il faut professionnaliser les agriculteurs autour de ce fruit », estime-t-il.
Un levier pour la souveraineté alimentaire
Avec l’arrivée des vitroplants polynésiens, Bras-Panon entend structurer une filière capable de renforcer la souveraineté alimentaire, de réduire la dépendance aux importations et d’offrir de nouveaux débouchés économiques en (re)faisant du fruit à pain un indispensable des assiettes réunionnaises de demain.


