140 km de rails, 25 gares : la Région dévoile les contours de son "Réunion Express"

La Région Réunion a officiellement présenté ce jeudi 25 juin son projet de train régional baptisé "Réunion Express", une infrastructure ferroviaire d’envergure destinée à répondre à la saturation croissante du réseau routier. Avec plus de 2,5 millions de déplacements quotidiens recensés sur un territoire de seulement 2.500 km² et plus de 30 kilomètres de bouchons enregistrés chaque jour, la collectivité estime que l’île est désormais confrontée à un véritable "coma circulatoire".
L’objectif affiché est de doter La Réunion d’un mode de transport structurant, capable d’absorber une partie importante des déplacements quotidiens tout en accompagnant la croissance démographique et économique du territoire.
Le projet Réunion Express s’inscrit dans la continuité des États généraux des mobilités (EGM), organisés par la Région en 2023 sous l’égide de la Commission nationale du débat public (CNDP).
Un projet né de la consultation des Réunionnais
Cette vaste démarche participative s’est déroulée en deux phases. D’abord, une consultation grand public entre mai et juillet 2023, qui a recueilli près de 11.000 contributions. Puis, une Assemblée citoyenne des mobilités réunie entre octobre et décembre de la même année, qui a formulé 180 propositions et identifié cinq priorités pour l’avenir des déplacements sur l’île.
Parmi elles figurait la création d’un mode de transport collectif structurant et innovant, capable de transporter à la fois des voyageurs et des marchandises.
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Cette orientation a ensuite été inscrite dans la Feuille de route des mobilités signée en août 2025 par l’ensemble des autorités organisatrices de mobilité de l’île, faisant du Réunion Express la colonne vertébrale d’un futur réseau intermodal à l’échelle du territoire.
Un train express reliant les principaux bassins de vie
Concrètement, le Réunion Express prévoit la création d’un réseau ferré interurbain de près de 140 kilomètres reliant Saint-Benoît à Saint-Joseph en passant par Saint-Denis, Saint-Paul et Saint-Pierre.
Il permettra de réduire considérablement les temps de trajet entre plusieurs grandes communes de l'île. Il relierait ainsi Saint-Benoît à Saint-Denis en seulement 35 minutes, contre plus d'une heure en moyenne aux heures de pointe actuellement. Le trajet entre Saint-Paul et Saint-Denis serait également ramené à 35 minutes, contre plus d'une heure aujourd'hui en période de forte circulation.
Sur le Sud et l'Ouest, il ne faudrait plus que 40 minutes pour rejoindre Saint-Paul depuis Saint-Pierre, contre plus d'une heure en moyenne aux heures de pointe. Enfin, la liaison entre Saint-Joseph et Saint-Pierre serait effectuée en seulement 15 minutes, contre environ 50 minutes actuellement lors des périodes de forte affluence.
Pensé comme un transport rapide et régulier, le train circulerait sur une infrastructure totalement indépendante du réseau routier afin de garantir des temps de trajet stables, quelles que soient les conditions de circulation.
Le projet prévoit également une connexion avec les réseaux de transports urbains existants grâce à des pôles d’échanges multimodaux. Les stations seraient équipées de parkings-relais et de services destinés aux voyageurs afin de faciliter les correspondances.
Autre particularité : le réseau serait entièrement électrique et intégrerait une dimension fret pour le transport de marchandises.
Jusqu’à 100.000 voyageurs par jour
Selon les premières estimations présentées par la Région, le Réunion Express pourrait transporter jusqu’à 100.000 voyageurs quotidiennement.
Le réseau desservirait 16 communes grâce à environ 25 stations réparties sur l’ensemble du tracé. Les trains circuleraient à une vitesse comprise entre 100 et 110 km/h, avec une fréquence de passage estimée entre 10 et 15 minutes aux heures de pointe.
Entre 4.000 et 5.000 places de stationnement seraient également créées dans les différents parkings-relais afin d’encourager les automobilistes à laisser leur véhicule aux abords des gares.
Un investissement estimé entre 5,2 et 6 milliards d’euros
Le coût global du projet est évalué entre 5,2 et 6 milliards d’euros selon les variantes étudiées. Une première phase de travaux représenterait à elle seule un investissement d’environ 3 milliards d’euros.
Dans le détail, le budget prévisionnel comprend près de 3,1 milliards d’euros pour les infrastructures ferroviaires, un milliard d’euros pour les systèmes d’exploitation et les équipements, 280 millions d’euros pour le matériel roulant et environ 160 millions d’euros pour les installations de maintenance et de remisage.
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À cela s’ajouterait un coût d’exploitation annuel estimé à 70 millions d’euros. Les modalités de financement restent encore à définir et devraient faire partie des sujets abordés lors du débat public.
Premiers travaux en 2030, mise en service à partir de 2035
Le calendrier prévisionnel présenté par la Région prévoit un lancement des premiers chantiers à partir de 2030.
Les premières sections pourraient entrer en service dès 2035 (le tracé Saint-Benoît/Saint-Denis) tandis que l’achèvement complet du réseau est envisagé à l’horizon 2050.
Avant cela, le projet fera l’objet d’un large débat public organisé par la Commission nationale du débat public du 19 août au 26 novembre 2026. Cette phase de concertation doit permettre aux habitants, aux acteurs économiques et aux collectivités de s’exprimer sur les choix techniques, environnementaux et financiers liés au futur train réunionnais.
Une société dédiée pour piloter le chantier
Pour porter ce projet hors norme, la Région prévoit la création de la Société Réunionnaise des Grands Projets (SRGP), un établissement public local à caractère industriel et commercial.
Cette structure regroupera la Région et les cinq autorités organisatrices de mobilité de l’île - la CINOR, le Territoire de l’Ouest, la CIVIS, la CASUD et la CIREST - afin d’assurer la cohérence entre le futur réseau ferroviaire régional et les transports urbains existants.
La SRGP aura pour mission de concevoir, financer et réaliser les infrastructures, mais aussi de garantir la continuité technique, financière et institutionnelle du projet sur plusieurs décennies.
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La collectivité s’inspire ainsi de modèles déjà utilisés pour de grands projets nationaux, à l’image du Grand Paris Express ou encore des infrastructures réalisées pour les Jeux olympiques de Paris 2024.
Avec un coût estimé pouvant atteindre 6 milliards d’euros et un horizon de réalisation fixé à 2050, Réunion Express s’impose comme l’un des projets d’infrastructure les plus ambitieux jamais envisagés à La Réunion. Reste désormais à convaincre la population et les partenaires financiers de sa faisabilité.


