Fête des pères mortelle : "Il a sorti un fusil, il a visé le fils et ensuite le père"

Les trois hommes ont reçu des plombs d’un gros calibre. Le père est le plus gravement atteint. Il est lourdement blessé à l’abdomen. Le pancréas, le foie et le duodénum sont touchés. Il entre en réanimation le 21 juin et n’en ressortira plus jusqu’à son décès le 12 août suivant. Le médecin légiste est formel : "Il n’y a aucune possibilité qu’il soit mort d’autre chose que de ses blessures" affirme le médecin légiste à la barre.
Tout change alors pour l’accusé qui se voit mis en examen pour assassinat en plus des trois tentatives d’assassinat. Cette sombre histoire débute en 2018. Rudolphe P. s’en prend à l’accusé qui utilise la cave de son cousin pour y mettre ses scooters. Il veut la récupérer, le ton monte entre les deux hommes sur fond de menaces avec et sans arme dont l’accusé se dit victime. L’arme, un fusil, ne sera jamais retrouvée. Ça se tasse lorsque Rudolphe P. entre en prison.
Quelques jours avant drame, ils se croisent et, une fois encore, l’accusé se dit victime de menaces avec arme, un revolver. Ayant peur pour sa vie, il décide d’acheter un fusil à pompe à 600€ avec des munitions. Il décide de le planquer dans son scooter en bidouillant le tapis : "Je l’ai acheté car j’avais peur pour ma vie". Là encore, il est formel : "C’était un fusil à pompe, il était déjà chargé".
Cette précision a toute son importance. En effet, les principaux témoins et victimes de cette affaire, affirment à la barre, et depuis le début, que l’accusé a cassé son fusil pour le recharger. La cour devra trancher, ni l’arme ni le scooter de l’accusé, n’ont été retrouvés. Arrive le jour des faits. Les deux hommes se croisent au Chaudron.
Selon l’accusé, il est invectivé par Rudolphe qui veut en découdre afin de mettre un terme à ce conflit qui n’a que trop duré. Se sentant fort car armé, il va à sa rencontre mais refuse de se battre. En repartant, il passe par le chemin de la maison du père de Rudolphe, qui, en l’apercevant sur son scooter, lui crie dessus "OHHHH". Il s’arrête devant le portail, reste à côté de son scooter et, voyant son rival se baisser, prend peur pensant qu'il va prendre une arme. Il se saisit de son fusil et le pointe "sans viser personne". Le coup part accidentellement puis il s’enfuit.
Rudolphe P. a une toute autre version. Après l’altercation, il est rentré chez son père et lui dit qu’il a eu un problème avec un "gars". Quelques minutes plus tard, l’accusé arrive en scooter devant la maison. Il sort pour aller vers lui mais se rend compte qu’il est armé. Dans un premier temps, son père lui dit: "Y bataille pas, revient a ou, c’est la fête des pères aujourd’hui". Puis, voyant le fusil, il s’adresse à l’accusé : "allé a ou" et le coup part blessant mortellement l’homme et blessant ses deux dalons présents.
Cette version est confirmée à la barre par les deux autres blessés. "On buvait un coup debout sur la terrasse. Il est arrivé, j’ai vu un sac blanc, il a sorti un fusil, il a visé le fils et ensuite le père, en entendant sa voix", témoigne le premier dalon à la cour. "Il arrive, sort une arme et vise Rudolphe. Son père crie 'Allé a ou, y bataille plus' et il a tiré", explique le deuxième dalon qui est formel : "Rudolphe n’a jamais été armé".
Pour sa part, l’accusé reste sur sa version. Quelque peu malmené par le Président qui l’accule de questions sur les "incohérences" de ses déclarations : "Rien de ce que vous dites n’est vérifiable. C’est "malencontreusement" que vous enlevez la sécurité de l’arme, "malencontreusement" que vous ne visez pas et c’est encore "malencontreusement" qu’il y a un mort et deux blessés", tance le magistrat.
"J’ai pris l’arme pour lui faire peur, pour qu’il arrête de m’embêter. J’ai cru qu’il avait une arme, j’ai tiré direct sur le côté pour faire peur. Je l’ai vu se relever, je me suis dit qu’il n’était pas blessé, je me suis sauvé. Je n’ai pas vu ni entendu son père sinon je serais parti direct. Je le connais depuis que je suis petit, c’est un homme respectable. Je n’ai vu personne sur la terrasse tout est allé très vite", se défend l’accusé. Interrogé sur la présence du fusil qu'aurait pris Rudolphe P., il ajoute : "C’est ce que j’ai cru voir. C’était un accident".
Durant les trois jours, la défense va sans doute tenter de prouver qu’il n’y avait pas intention de tuer, que cet acte n’était pas prémédité. Pour autant, l’accusé, qui a déjà été condamné par la cour d’assises des mineurs en 2013, est jugé en état de récidive criminelle. Dans ce cas, même si la cour décidait au final de requalifier les faits en meurtre, la peine encourue reste la perpétuité. La décision est attendue vendredi dans journée.


