Faut-il tuer ou sauver le PCR ?
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Le PCR connaît aujourd’hui des remous : à Sainte-Suzanne, par exemple, la question qui se pose est de savoir si les orientations de la direction du parti vont être approuvées par la population, lors des prochaines élections municipales partielles. La même remarque est valable pour l’investiture dans la 2e circonscription.
Seul, l’avenir pourra répondre à ces questions. Mais il y a néanmoins d’autres questions que l’on peut déjà se poser et pour lesquelles on a des éléments de réponse : ces combats sont-ils destinés à servir les intérêts d’un homme ou d’une femme ? Ou reposent-ils sur des principes politiques, une vision de développement ou de progrès ?
La réponse est fournie par les comptes rendus de presse : il n’y a pas de divergence politique. Il y a peut être des intérêts personnels dans certains cas. Mais cela explique-t-il le fait que "l’on ne parle que de ça" ? Cet embrasement médiatique est-il le fait de ces personnes ? Ou est-il provoqué de manière artificielle, par d’autres, qui voudrait bien voir disparaître le PCR ?
Les commentateurs – patentés ou non – y vont de leur pronostic : si le PCR "perd" Sainte-Suzanne, le parti est fini ou du moins connaîtra un déclin dont il ne se relèvera pas. Bien évidemment, ils rappellent les résultats des élections régionales et sénatoriales pour illustrer leur discours.
Premièrement, aucun parti n’a connu une trajectoire rectiligne : des hauts et des bas, pour tous les partis. Cela est vrai aujourd’hui, à La Réunion, comme cela l’a été en France, dans les années 90 pour un autre parti. On n’a pas pour autant annoncé la mort de celui-ci. Des revers politiques – et ce n’est pas les premiers que le PCR essuie – n’ont jamais été synonyme de disparition.
En outre, comment un parti, comme le PCR, qui ne "pèse" que moins d’un tiers de la population, peut-il faire peur à ce point ?
Alors, qu’est-ce qui fait peur, dans PCR ? Ce n’est pas le mot "parti", bien sûr.
Est-ce le mot "communiste" ? Oui. Il est bien évident que l’anticommunisme, distillé depuis des années, n’est pas étranger à ce déchainement médiatique. On a alimenté l’imaginaire des populations avec des idées qui ne sont pas l’exact reflet de la réalité. Le bolchévique avec le couteau entre les dents reste, de façon inconsciente, dans les mentalités. On se sert des événements de Tienanmem pour fustiger la Chine… tout en souhaitant d’ailleurs l’ouverture d’un consulat de cette puissance à La Réunion !
Dans les commentaires contre le communisme, qu’est-ce qui relève de l’analyse politique objective et qu’est-ce qui relève de l’émotionnel et du conditionnement ? Pour critiquer ce qu’est le communisme, encore faudrait-il en connaître les valeurs! Ce n’est pas le cas !
On attaque le communisme... On amalgame. On sème le trouble, la confusion. Cela est commode, cela évite de parler idéologie et projets. Ainsi, on reproche au PCR des faits qu’il n’a pas commis et des idées qu’il n’a pas défendues. Et surtout on fait l’impasse sur ce que le PCR a accompli, à La Réunion, pour La Réunion.
Et c’est bien là le fond du problème : c’est le mot "réunionnais" qui dérange! Le PCR ne prend pas ses ordres à Paris, et pour bien des observateurs, c’est inconcevable. Cela ne rentre aucunement dans leur schéma mental.
Certaines formations politiques ont apposé le "R" à la fin de leur nom. Cela en fait-il pour autant des structures indépendantes du pouvoir central et développant une vision réunionnaise de la situation ?
Et lorsque l’on parle de parti, attention à ne pas confondre avec des mouvements destinés à amuser la galerie : "la Relève", "Objectif Réunion", "Emergence Réunion" etc. Chacun sait bien que les initiateurs de ces mouvements ont toujours voté comme le leur a demandé leur parti de tutelle. Quand bien même les intérêts de La Réunion seraient mis en jeu. En ce sens, les votes sur les budgets de l’outre-mer sont très révélateurs.
Quant au rapport de force entre des fédérations et un parti central, il n’est pas souvent équilibré et jamais en faveur du plus "petit". Sinon, par exemple, les TOS n’auraient jamais été transférés aux conseils régional et général, en 2004, avant que l’Etat ne règle la situation des précaires dans l’éducation nationale !
Le caractère réunionnais du PCR qui génère donc de grandes peurs et cristallise l’animosité – voire la haine. En focalisant l’attention sur des événements à Sainte-Suzanne ou dans l’Ouest, on occulte certaines agressions graves contre La Réunion : Lorsque le 20 décembre devient "un festival", comme le fait aujourd’hui la Région, lorsque l’on combat le créole "KK" car c’est "un petit patois sympathique", lorsqu’on multiplie les actions visant à renforcer les liens économiques ou touristiques avec "la mère patrie", au détriment de toute autre partie du monde, c’est bien que l’on veut l’assimilation totale de La Réunion à la France. L’idée à faire passer, c’est "pas de salut sans la France".
Ce processus de "recolonisation" de La Réunion se déroule là, aujourd’hui, sous nos yeux. Le terme de recolonisation n’est pas trop fort : il n’y a pas quelques mois, un ex sénateur et ex maire voulait mettre le recteur aux ordres du préfet. Un député de droite avait même émis l’idée inqualifiable de supprimer la loi Taubira ! Deux exemples parmi tant d’autres mais qui montrent bien que, malgré le vernis de "l’année des outre-mers", il y a la volonté, tant en France qu’à La Réunion (malheureusement), de retourner à une époque révolue et d’oublier une page d’histoire.
Et pour l’instant, le PCR est l’un des derniers remparts contre cette vague assimilationniste. C’est pour cela qu’on veut le réduire à néant. Dès lors, on se sert de n’importe quel événement. C’est ce qui est en train de se passer à Sainte-Suzanne, comme dans l’Ouest. Si l’enracinement des valeurs communistes et réunionnaises des protagonistes ne fait de doute pour personne, ce n’est pas pour autant qu’ils sont les seuls dépositaires de leur positionnement.
La situation créée est une aubaine inespérée pour ceux qui veulent renvoyer La Réunion à l’époque coloniale. Une sorte de brèche dans un édifice qu’ils veulent anéantir depuis des années. Une "fenêtre de tir" contre le PCR, avec, comme "munition" des communistes ! L’opportunité est encore plus belle !
A chacun maintenant de répondre à cette question "Faut-il tuer ou sauver le PCR ?".


