Faut-il supprimer le classement APf pour libérer l'agriculture réunionnaise ?

Tribune - Selon les auteurs de cette lettre ouverte, le classement APf freine inutilement le développement agricole de La Réunion. Ils appellent les élus à profiter de la révision du Schéma d'aménagement régional pour mettre fin à ce dispositif.
À l'heure où les questions de souveraineté alimentaire s'imposent dans le débat public, un collectif d'acteurs plaide pour une réforme profonde du foncier agricole réunionnais. Dans une lettre ouverte adressée aux parlementaires, aux maires, aux conseillers régionaux et départementaux, les signataires demandent la suppression du classement APf, qu'ils considèrent comme un frein au développement de l'agriculture locale.
"La Réunion peut-elle encore se permettre de bloquer ses propres terres agricoles ?" interrogent-ils d'emblée. Selon eux, le classement APf, pour Agricole Protection Forte, constitue "un régime de contraintes unique en France" qui empêche de nombreux exploitants de développer leur activité, alors même que l'île dépend fortement des importations alimentaires.
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Les auteurs assurent ne pas remettre en cause le principe de protection des terres agricoles. "Nous ne demandons pas la fin de la protection agricole. Nous demandons la fin d'un régime d'exception plus restrictif qu'ailleurs en France", écrivent-ils. Ils estiment que ce zonage crée "une double discrimination", entre agriculteurs réunionnais d'une part, et entre les exploitants de La Réunion et ceux du reste du territoire national d'autre part.
42.000 hectares de surface agricole
Le document met en avant plusieurs chiffres pour appuyer cette démonstration. Avec environ 42.000 hectares de surface agricole utile, soit entre 17 et 21 % du territoire, La Réunion disposerait d'un foncier particulièrement rare.
Dans le même temps, la production locale ne couvrirait que 30 à 40 % des besoins alimentaires, tandis que les importations de fruits et légumes frais auraient atteint un niveau record en 2024. Les signataires y voient la preuve qu'"une île dépendante des importations ne peut pas se permettre de neutraliser ses propres terres".
Selon eux, la suppression du classement APf permettrait entre autres de faciliter l'installation de jeunes agriculteurs, de développer de nouvelles filières et de diversifier la production locale. "Débloquer le foncier agricole, c'est aussi créer les conditions d'installation de la prochaine génération", avancent-ils, estimant que les exploitants doivent pouvoir construire les infrastructures indispensables à leur activité.
Les auteurs dénoncent également "une accumulation de contraintes unique en France", citant notamment la loi Littoral, les réglementations environnementales spécifiques aux territoires insulaires ou encore le rôle renforcé de la CDPENAF à La Réunion. Ils jugent ces dispositifs contradictoires avec les objectifs affichés de développement agricole et de souveraineté alimentaire.
"Opportunité historique"
À leurs yeux, la révision prochaine du Schéma d'aménagement régional et des plans locaux d'urbanisme constitue une "opportunité historique". Ils réclament quatre mesures principales, dont la suppression du classement APf au profit du régime de droit commun de la zone A, le maintien de garde-fous contre la spéculation foncière, la révision des PLU concernés et une meilleure cohérence entre les politiques foncières, agricoles et alimentaires.
En conclusion, les signataires estiment que "les terres agricoles ne sont pas des espaces figés" mais "une ressource stratégique pour l'avenir de notre île". Ils invitent les décideurs à "passer du discours à l'action" en supprimant le classement APf afin, selon eux, "d'aligner enfin La Réunion sur le droit commun agricole de la République".


