Faire plier "l’injustice de la Justice", le credo du nouveau collectif CRI

Se faire entendre, encore et toujours, mais différemment. Les justiciables s’estimant lésés par des procédures judiciaires se regroupent sous un nouveau sigle : le CRI pour « collectif pour la réparation des injustices à La Réunion). Certains de ces visages sont déjà connus puisque tous ou presque ont ferraillé dans le collectif des Révoltés du 974 dont les Réunionnais entendaient parler épisodiquement lors de manifestations devant les tribunaux. La rupture est désormais consommée, explique Xavier Fontaine, membre du tout nouveau CRI.
« On est toujours révoltés mais nous ne sommes plus dans les Révoltés du 974 parce qu’il y a eu des tensions en interne. On n’était plus en phase avec les nouveaux dirigeants qui voulaient tout recadrer », fait-il savoir en baptisant ce lundi à Sainte-Marie la première action du nouveau collectif.
Comme tant d’autres autour d’eux, Xavier Fontaine et sa mère ont été baladé d’une juridiction à une autre durant plusieurs années, pour certains deux voire trois décennies. Cette anomalie porte un nom : l’errance judiciaire. Mais cette définition ne suffit pas à expliquer pourquoi, dans certains cas, la justice a été mal rendue selon leurs dires.
L’existence de "réseaux" qui pourraient faire pencher une décision et c’est toute une vie qui s’en trouve bouleversée. « Il faut que nos persécuteurs réalisent que c’est trop ! Un beau jour, leur conscience se réveillera. A nos voleurs de vie, on leur dit : nous, on est là ! », clame Jocelyne Fontaine qui avait été expropriée en 2013 à l’Etang Salé au bénéfice d’un projet immobilier porté par la Sodegis.
« Nous on parle de spoliation foncière », préfère qualifier cette histoire son fils Xavier qui partage tout de même le fait qu’ils sont sur la bonne voie de régler ce contentieux. « On nous a demandé de signer un protocole d’accord qui dit qu’on nous restitue nos parcelles en échange de quoi on n’attaque plus la Sodegis au tribunal. On se dit que c’est une blague parce qu’ils n’ont pas fait le nécessaire lors de l’expropriation. Ils nous ont mis dans un bordel administratif mais on est toujours propriétaire de nos terrains », se félicite-t-il tout de même de cet acquis obtenu à force de ne pas lâcher prise. Selon Xavier Fontaine, les vents ont commencé à souffler en leur faveur lorsque les démêlés judiciaires des ex-dirigeants de la Sodegis ont éclaté.
A ses côtés, Raymonde Acar n’en est, elle, qu’au début de ses tracas. Quatre ans tout de même. Elle aussi a souhaité bénéficier de l’entraide du CRI pour tenter d’obtenir gain de cause plus rapidement. Elle est confrontée à un voisin qui a procédé à des travaux d’extension de son habitation sauf qu’elle se retrouve aujourd’hui avec des dégâts des eaux. Son affaire a une date d'audience pour cette fin mars mais toutes ces années passées étaient placées sous le signe de l’angoisse et d’une attente, qu’elle juge forcément trop longue. Et ce n’est pas avec son assureur qu’elle aura obtenu plus de réconfort. Mon assurance m’a dit : « faites votre procédure et après on interviendra », résume-telle après avoir déboursé près de 4000 euros en frais d’avocat.

Josian Yu-chak (à gauche) et Marie Ramsa, "victimes" des agissements des tutrices de leurs parents
Dans le groupe, quatre justiciables présentent les mêmes déboires dans le cadre d’un placement sous tutelle d’un ou des deux parents. C’est le cas de Josian Yu-chak qui a remué ciel et terre pour extirper ses parents des griffes d’une mise sous tutelle qu’il qualifie de « prise d’otage ». Selon ses dires, il a été écarté de leur fin de vie sur la base de propos diffamatoires visant à le mettre hors-jeu. Pendant ce temps, la tutrice a, toujours selon ses dires, procédé à une gestion chaotique des affaires courantes de ses parents à commencer par « contracter des dettes volontairement » et ignorer la mise en location possible de deux F4 et d’un local commercial que ses parents possédaient.
« La plupart d’entre nous, nous sommes victimes de juges, de procureurs, d‘experts-géomètres, d’huissiers, d’avocats et même d’experts médicaux. Début 2022, j’ai fait une manifestation devant l’ehpad, j’ai réussi à faire partir la première tutrice et la première juge des tutelles donc c’est un signe d’espérance pour toutes les personnes qui sont victimes. Bien évidemment quand vous avez en face de vous des gens qui sont puissants, eh bien vous avez tendance à baisser les bras mais si vous avez la foi, vous avez les preuves, et quelques amis fidèles, vous pouvez le faire. Ce n’est pas seulement pour nous mais aussi pour toutes ces personnes qui se taisent. Je considère qu’on est un peu les représentants de la majorité silencieuse », affirme Josian Yu-chak.
A ses côtés, Marie Ramsa peut en dire autant pour son père, grand gagnant du Loto dans les années 90 au Port. Elle aussi a vu la tutrice de son père agir, selon elle, de façon contraire aux intérêts de son papa. « Mon père est passé sous tutelle depuis 2006. Il vit avec une retraite mais la tutrice qui gère ses comptes le fait vivre avec 355 euros par mois. En plus, une maison qui lui appartient et qui était louée à un parti politique, est désormais délabrée faute d’entretien de la part de la tutrice », raconte sa fille qui désespère aussi de voir les soins dentaires réalisés sur son père. Cela fait deux ans que les enfants réclament la pose d’un dentier de la part de la tutrice mais ils ne voient toujours rien venir. Pas mieux du côté des comptes-rendus de gestion dont ils devraient pourtant être informés chaque année.

Johny Ramy tente de faire la lumière sur "la main basse" réalisée sur l'immeuble de son père
Johny Ramy connaît sensiblement les mêmes problèmes, à la différence près qu’il tient pour responsables un banquier, un homme de paille et un notaire d’avoir « magouillé » pour s’accaparer les fruits de la vente de l’immeuble qui appartenait à son père. « Ils avaient trouvé un système pour mettre mon père sous tutelle alors que j’avais une procuration faite devant notaire pour m’occuper de mon père et de ses biens. J’ai été mis à l’écart sans savoir. Mon père a été placé dans une famille d’accueil pendant cinq ans durant lesquels je n’ai pas vu le visage de mon père ».

Iréné Elisabeth espère voir la couleur des 45 000 euros qui lui seraient dus
Enfin, Iréné Elisabeth attend désespérément que 45.000 euros issus de la vente d’un terrain à Saint-Leu par un promoteur aujourd’hui décédé lui soient enfin restitués par ses héritiers. Son contentieux dure depuis 2002. Dans cette histoire, il a joué bien malgré lui le rôle de « pigeon », avec ses 130.000 euros dans une SCI où ses associés n’ont pris qu’un risque mesuré de quelques milliers d’euros avant de le déplumer. « Le permis de construire pour le projet d’hôtel était une mascarade » et le préjudice subi par ce justiciable avait été confirmé en première instance avant que la cour d’appel ne livre une décision contraire. Autant de cas d’errance judiciaire que se propose d’exposer au grand jour, encore et toujours mais cette fois-ci de façon plus ordonnée, le nouveau collectif « contre les injustices de la Justice ».
« Avec les Révoltés du 974, on faisait beaucoup de vidéos. C’était un peu le chahut. Nous voulons créer une nouvelle impulsion, faire un blog de façon plus organisée, écrire les affaires de nos adhérents comme des articles. Ainsi, chaque personne aura sa fiche », conclut Xavier Fontaine.


