Evaluation : un mot qui fait peur ?

Qu’elle soit critiquée ou célébrée, elle est érigée en priorité des politiques publiques... La culture de la performance! Elle soulève également des critiques, voire des disputes virulentes, car tout ne serait pas évaluable. Au fond, la question de l’évaluation revient à une problématique assez classique. Elle s’incarne en une formule connue: ce qui a de la valeur n’a pas toujours de prix, et ce qui a un prix n’a pas nécessairement de valeur. On n’aime pas la quantification.
L’évaluation a pour visée d’être un outil d’aide à la décision. C’est un ensemble de procédés pour que des évaluateurs puissent formuler une opinion, voire un jugement, sur l’adéquation d’un programme, d’une politique, d’une activité, avec les objectifs qui leur sont fixés par le législateur.
Ce qui pose problème à beaucoup c’est "Qui doit évaluer ?"... L’activité d’évaluation doit-elle être laissée aux experts ? Ou bien relève-t-elle du rôle des élus et des représentants ? Finalement le Vote n’est-il pas la meilleure des évaluations d’une politique ?
Malheureusement, la défiance, qui est une des sources de la montée en puissance du besoin d’évaluation, autorise souvent des pressions...
L’évaluation doit être à l’origine de transformations et d’améliorations. Elle doit viser une connaissance améliorée, une communication plus adaptée, une conduite des politiques plus ajustée. Elle peut relever de 3 usages : règlementaire (évaluation rituelle sans grande implication, ni utilité), managérial (les conclusions peuvent devenir des aides à la décision), social (résultats mis sur la place publique).
L’évaluation peut-elle engendrer des effets pervers ? Souvent à trop chercher la mesure et la croissance de la productivité, l’évaluation peut conduire à une baisse de production et d’implication. L’évaluation change aussi le sens du travail de l’évalué (qui va chercher à correspondre aux attentes de l’évaluateur), voire de l’évaluateur (qui se voit confier de nouvelles responsabilités d’évaluation à côté de son premier métier). Forcés de rendre des comptes détaillés, tous les employés, du public comme du privé, voient leurs activités quotidiennes davantage façonnées et dirigées en fonction des canons de l’évaluation, et non plus nécessairement en fonction des objectifs premiers de l’institution. Le risque de dictature de l’indicateur est donc très élevé, rendant l’évaluation impossible si personne n’adhère à sa démarche et à son ambition... L’évaluation sur indicateurs officiels conduit souvent à une politique du chiffre et à la généralisation des indicateurs de "résultats", "de performance".
Dans l’Education Nationale... Le système scolaire français présente encore des lacunes puisque plus de 25% des élèves entrant en 6ème ont des difficultés à lire, écrire et compter .Pourtant c’est au Primaire, que tout se joue pour l’acquisition des savoirs fondamentaux qui conditionnent la réussite au collège.
Exemple de contrat d’objectifs orienté sur 3 axes :
Axe 1 : Réguler la fluidité des parcours des élèves, diminuer le taux de redoublement et améliorer les taux de passage... Pour déterminer l'origine de ces retards, il faut discerner les facteurs endogènes, ceux qui dépendent de la responsabilité des professeurs, et les facteurs exogènes liés à des secteurs ruraux très isolés ou à des zones en difficulté sociale.
Axe 2 : Accroître la performance des enseignants au regard des nouveaux enjeux pédagogiques (socle commun, évaluations, aides aux élèves et aide aux futurs enseignant.)
Les enseignants ont du mal à entrer dans le "savoir évaluer par les compétences" et à sortir d'une logique disciplinaire. Les résultats attendus portent sur la mise en place de conseils de cycle pour organiser la validation du socle, l'intégration des enjeux pédagogiques du socle commun dans les pratiques de classe, l'optimisation de l'autonomie des élèves dans leurs apprentissages, en sensibilisant les enseignants à cette priorité.
Axe 3 : Développer la diversité de l'enseignement des langues vivantes.
Comment le faire si on n’a pas suffisamment d’enseignants compétents dans ce domaine... ?
Comment peut-on évaluer ce contrat d’objectifs ?
Et qui est le mieux placé pour évaluer ? Le chef d’établissement ? L’inspecteur ?
1) Le Chef d’établissement, il est tout le temps là. Il voit. Il entend.
2) L’inspecteur ne vient que de temps en temps, tous les 3 à 4 ans.
Peut-on donner une plus grande responsabilité aux chefs d'établissement dans le domaine de l’évaluation des enseignants, évaluation qui conditionne leur carrière ?
N’y aurait-il pas des dérives si on donne trop de pouvoirs aux seuls chefs d’établissement ?


