Entre panache acide et pression magmatique, le Piton de la Fournaise ne faiblit pas

La lave du Piton de la Fournaise a atteint l’océan, générant un panache acide potentiellement dangereux et des phénomènes explosifs, rappellent les scientifiques de l'Observatoire du Piton de la Fournaise dans leur bulletin du jour. Dans le même temps, une inflation de l’édifice volcanique, signe d’une mise en pression du système magmatique, est observée.
Après avoir traversé la route nationale 2 le 13 mars, la lave a atteint l’océan ce lundi 16. Une interaction spectaculaire mais pas sans danger rappelle l'OVPF. Au point de contact, une plateforme s'est constituée progressivement, "résultant de l’accumulation de lave et de sa fragmentation en particules fines."
Le phénomène chimique s'avère nocif. "Un panache de gaz acide s’est également formé, principalement composé de vapeur d’eau, d’acide chlorhydrique et de particules fines. Lorsque la lave, à une température d’environ 1.100 °C (mesure in situ réalisée le 16 mars par les équipes de l’OVPF), entre en contact avec l’océan, elle réagit avec l’eau de mer riche en chlorure de sodium pour former un aérosol d’acide chlorhydrique composé de fines gouttelettes".
Autres dangers : "ce mélange s’accompagne également de particules de lave pulvérisée et de fragments de verre tranchants, qui sont ensuite dispersés dans le panache par les vents dominants". Les scientifiques alertent également sur de possibles "explosions" provoquées par le contact brutal de la lave incandescente à l’eau salée et projeter des matériaux en fusion et des jets de vapeur à haute température.
Une coulée active mais canalisée
L'activité sur le site éruptif est relativement stable. "Le cône éruptif est maintenant bien formé et continue de se refermer progressivement. Peu de projections dépassent désormais la hauteur du cône", décrit l'OVPF.
Le champ de lave s’organise toujours en deux bras principaux. Le bras nord reste figé à environ 2,6 kilomètres de la RN2, à une altitude d’environ 660 mètres, tandis que le bras sud, lui, poursuit sa progression, mais de manière plus diffuse. Les bras secondaires de ce dernier avancent lentement et restent dépendants du relief et de la végétation.
"En amont de la route, plusieurs résurgences et bras secondaires de coulées sont visibles côté sud mais leur progression est très
lente et ne présente pas à l’heure actuelle de menace pour la RN2".
Une inflation qui témoigne d’un volcan encore sous pression
Si l’activité sismique reste faible, un autre signal retient particulièrement l’attention des volcanologues : l’inflation de l’édifice."L’inflation de l’édifice […] se poursuit même si celle-ci a ralenti sur les derniers jours, indique l’Observatoire.
Depuis la fin du mois de février, les instruments mesurent une déformation du volcan. "Les lignes de base traversant le sommet enregistrent une augmentation de distance, indiquant une ré-expansion progressive de l’édifice."
Ce phénomène, encore en cours d’analyse, pourrait traduire une recharge du système magmatique. "Cette inflation indique une mise en pression du système d’alimentation magmatique, possiblement liée à une recharge en magma du réservoir superficiel, qui alimente l’éruption en cours."


