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Elle sème un souk pas possible au tribunal : La « cogneuse » de directeur d’école n’obéit ni au président ni à son avocat

Chahut, rigolade, énervement, audience suspendue - Correctionnelle Champ-Fleuri, mardi 9 avril 2018

Ecrit par Jules Bénard – le mercredi 10 avril 2019 à 10H06

Pour être mouvementée, ce fut une audience mouvementée.

Elle a d’abord commencé dans la minuscule salle n°4, l’audience du matin occupant encore à 14h la n°1. Avantage, la 4 met public et avocats tout près de la tribune présidentielle, ce qui a permis au président Molié une de ces sorties (avec le sourire) dont il est coutumier :

« La justice de proximité existe donc encore, contrairement à ce que certains peuvent prétendre ». Bon ! ça mange pas d’pain.

Après quelques minuscules affaires vite expédiées, nous avons retrouvé le confort (!) de la grande salle dont l’inconvénient majeur est de disposer d’une sono anémique.

« Parlez dans le micro »« Rapprochez-vous du micro »« Parlez plus fort » reviennent plus souvent que « Accusez levez-vous ! »
Faut pas énerver Wonder Woman !

Véronique n’avait pas vraiment besoin de haut-parleur : cette vindicative petite bonne femme parle haut et fort… y compris et surtout lorsque le président lui demande de la fermer. Une affaire plus simple à démêler qu’un rougail tomates-arbuste.

Voici quelques semaines, exactement le 11 février 2019, à Sainte-Suzanne, elle baffe le directeur de l’école René-Manglou et, toujours en pétard, elle (1m50 sous la toise), saisit ce brave homme au collet et te le plaque violemment contre le mur de « son » école.  Faut pas énerver Wonder Woman !

La cause de ce ridicule barouf ? Quelques jours plus tôt, le fils de Véro-la-Cogneuse a lui aussi cogné… le fils de son instituteur. Pardon ! De son « professeur des écoles », c’est comme ça qu’on dit en ces périodes d’abrutissement généralisé. Parce que fiston a de qui tenir ; ses potes, dans la cour, le tenant à distance respectueuse.

Bref, l’instit… oups ! le professeur a convoqué la maman pour lui demander des explications. Ce qu’elle a très mal pris : « Koçaça ? Mon garçon i tape pas z’enfant de moune ! Etc. »

Elle ressort de la classe rouge de fureur, déblatérant à voix haute sur l’ingratitude du monde et vouant le corps enseignant aux Gémonies.

Ce que voyant et entendant, le directeur se lance sur les traces de la dame et tente de lui faire comprendre ce qui motive sa convocation. Mal lui en prend. Il se retrouve claqué au visage, saisi par le col de sa chemise et violemment plaqué au mur.

C’est plus Wonder Woman, mais Blue Demon (catcheur mexicain champion de lutte).

« Vous allez vous taire ? »

Début de séance très prometteur :

« Avez-vous quelque chose à déclarer avant que l’on n’évoque l’affaire ? » (C’est la procédure).

Que n’a-t-il dit là, ce pauvre président ! Comme si elle avait besoin d’une étincelle pour raviver son feu intérieur. La voici qui démarre mieux que Law-Long au récent rallye. Une logorrhée qui menace engloutir le Palais de justice et que le président tente en vain d’endiguer.

Entre « Vous allez vous taire un instant ! » et les appels au secours en direction de l’avocat de l’accusée, le Président constate une fois de plus que la police d’une audience est aussi périlleuse que devant le Fouquet’s.

Tout le monde, dans la salle, a vite compris que la Véronique a un caractère très affirmé et n’entend laisser à personne le moindre temps de parole. Elle s’emporte à la barre, s’agite en tous sens, vivante image du sémaphore cher à Brassens.

« Voulez-vous que nous procédions à une reconstitution en cette salle ? » finit par demander, excédé, le Président. « Votre comportement en cet endroit est très intéressant ». Il n’a pas ajouté « révélateur » mais le ton y était.

On finit par comprendre, dans les milliers de mots qu’elle éructe (alertons le Guinness of records !), « que cé directeur là minm la commencé. Mwin la baise à li in claque mais cé li la rodé ! »

Sur question du Président, elle consent malgré tout à reconnaître que « Mwin la pas di à ou lé normal, mwin ».

« Mi lé pas en colère, mwin ! »

Profitant d’un (relatif) retour au calme, le Président Molié rappelle que des faits similaires se sont produits voici quelque deux jours à peine, ajoutant : « On n’a plus le moindre respect pour quoi que ce soit ».

Le calme qui suit ne fait que précéder la tempête que l’on espérait sournoisement.

« Avez-vous prévu quelque chose pour gérer votre stress ? » demande (gentiment pourtant) la procureure Carniello. Las ! C’était donner une saucisse au chat. Lequel chat bondit toutes griffes dehors :

« Mi lé pas en colère, mwin ! »

Se précipitant vers son banc, elle s’empare d’une liasse de papelards qu’elle tente en vain de fourrer dans les mains du Président : « Engarde ça, ou ! Lire ça ! »

Le Président tente d’expliquer à cette Hétaïre des cours de récré qu’on est là pour comprendre, juste comprendre, peine perdue. Elle crie, repousse du bras Me Jebane, son avocat.

Plutôt que d’appeler la troupe, le Président interrompt l’audience, conseillant à Me Jebane de tenter de calmer sa cliente. Mission : Impossible. Son message s’auto-détruit détruit en moins de cinq secondes ; Véronique continue d’ameuter le public, de gesticuler, de crier.

La procureur Carniello, dynamique mais avec toutes les prudences d’usage face à cette furie (sait-on jamais ?), met en avant la violence évidente de son caractère, ce que prouve par 9 son comportement à la barre.

Un avocat sensible

Véronique veut interrompre l’accusatrice qui parvient à lui expliquer, non sans mal, qu’elle pourra s’exprimer en dernier. Avant de s’interroger sur sa façon d’élever ses enfants : « Vous devriez plutôt leur montrer l’exemple ! » Et de réclamer 6 mois avec sursis et un stage de citoyenneté.

La tâche de Me Jebane paraissait désespérée : par trois fois, sa « cliente » n’est pas venue le voir. Le défenseur des causes désespérées n’a parlé avec l’accusée que dix minutes avant le début de l’audience.

« C’est une femme particulière », a-t-il admis en début de plaidoirie. Et d’expliquer qu’elle-même a fréquenté cette école, de même que ses enfants.

Me Jebane n’a pas son pareil pour faire vibrer la corde sensible. Nous apprenons ainsi que, peut-être traumatisée par sa garde-à-vue, Véronique a perdu l’enfant qu’elle attendait alors (outre les 7 qu’elle élève déjà seule). Relation de cause à effet ? Personne ne l’a affirmé réellement mais les mots de l’avocat ont attendri le tribunal : 6 mois avec sursis « mais c’est un avertissement solennel », a précisé le Président Molié.

 

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