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Dreadlocks, ZZTop, célébrité : qui est Adrien Kah, ce réunionnais qui enflamme les plus grandes scènes d'Europe ?

Ecrit par Lény-Huayna Tible – le dimanche 9 août 2026 à 09H51
Crédit photo : Ian Potter.

Quand les Sex Pistols, ZZ Top ou Wolfmother s'affichent sur les festivals européens, un Réunionnais se glisse discrètement dans leurs sillons. Depuis cinq ans, Adrien Kah accompagne Laura Cox sur les routes du continent. Des milliers de kilomètres, des centaines de concerts et toujours la même place : un pas derrière l'artiste, là où il a toujours voulu être. Portrait d'un musicien qui préfère faire vibrer les autres plutôt que de prendre la lumière.

"Attends une seconde..." Au bout du fil, Adrien Kah s'interrompt. De l'autre côté de la fenêtre, les marteaux-piqueurs recouvrent sa voix. Le bassiste s'éloigne quelques instants, ferme les battants de son appartement de Saint-Max, près de Nancy, puis revient, comme si de rien n'était. "Là, on sera mieux."

Pas le genre à faire attendre. Pas le genre à en rajouter. À 43 ans, le Réunionnais pourrait pourtant raconter les coulisses des plus grands festivals européens pendant des heures. Les trois premières parties de ZZ Top avec Laura Cox, étoile montante du rock. Les cinq mille spectateurs du Forest National, à Bruxelles. Wolfmother au Herzberg Festival, en Allemagne. Les Sex Pistols qui partageront bientôt l'affiche du V&B Fest. Mais il préfère commencer par s'excuser du bruit des travaux.

Du lourd, du gras, de la basse fréquence

Quelques jours plus tôt, il avalait encore des centaines de kilomètres d'autoroute. Les flight-cases empilés dans la remorque. Les cafés bus debout au catering. Les balances en milieu d'après-midi. Puis les loges où flotte ce mélange familier d'amplis qui chauffent, de bois verni, de bière renversée et de laque pour cheveux avant que les lumières ne s'éteignent. Une vie de musicien, la vraie, loin des fantasmes.

"On a eu un printemps très chargé. L'Allemagne, la Suisse, l'Autriche... Ensuite la sortie de l'album de Laura au Trianon, à Paris, puis les concerts partout en France." Du lourd, du gras, comme la fréquence de sa basse.

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Laura Cox le surnomme "Coach K". Le surnom lui colle à la peau. Pas seulement pour son expérience. Mais plutôt parce qu'il rassure. Parce qu'il écoute. Parce qu'il ne cherche jamais à prendre plus de place que nécessaire.

Cette manière d'être lui vaut le respect de ceux qui croisent sa route. Même lorsqu'il ouvre pour des groupes qui ont façonné son adolescence.

Billy Gibbons est là, quelques mètres plus loin, l'immense guitariste de ZZ Top. Laura Cox et le backliner repartiront avec une photo. Adrien Kah, non. "Quand je vois qu'un artiste cherche un peu à se préserver, je ne m'incruste pas. Je sais ce que c'est, les tournées. Je me suis dit qu'il avait sûrement envie d'être tranquille avant de monter sur scène." Modeste, sa marque de fabrique.

Lion de scène

Sur scène pourtant, il est méconnaissable.

Les jambes fléchissent au rythme de la batterie. Les dreadlocks balayent l'air à chaque coup de tête. Les doigts martèlent les quatre cordes avec une précision presque clinique pendant que le corps, lui, semble échapper à toute règle. Le discret disparaît derrière le musicien. Ou peut-être est-ce l'inverse. "Dans la vie, je suis quelqu'un d'assez réservé. Sur scène, surtout dans le rock, c'est complètement l'inverse."

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Cette histoire aurait pourtant pu ne jamais commencer.

Adrien Kah naît dans le XVe arrondissement de Paris. Deux ans plus tard, ses parents, médecins, quittent l'Hexagone pour La Réunion. Son père, Malien. Sa mère, Guinéenne. Lui grandit à Sainte-Clotilde, parle créole avant de connaître quelques mots de bambara ou de malinké, traverse toute sa scolarité sur l'île avant de s'envoler vers Bordeaux pour des études de droit.

La musique, elle, arrive presque sur la pointe des pieds. Un peu de piano. Quelques instruments à vent. Puis la basse. À l'époque, quand les émissions musicales cartonnent à la télévision, Adrien ne regarde pas les candidats. "Je regardais Star Academy... mais moi, ce qui m'intéressait, c'était les musiciens derrière les chanteurs. Je voulais être à leur place."

Depuis plus de quinze ans, il fait précisément ce métier là. "Le rôle du bassiste, c'est d'être au service de la musique. Il faut déjà avoir envie de servir avant de chercher à se mettre en avant", ajoute-t-il. Un renoncement ? Plutôt une vocation.

Polyvalence et clichés

Pendant plus d'une décennie, Adrien Kah construit patiemment sa place. Il enseigne. Il écrit pour Bassiste Magazine. Il accepte des remplacements. Il accompagne des artistes reggae, des groupes de rap, des formations de musique africaine. Lui qui rêvait de rock apprend d'abord à jouer tout le reste. "Je me suis vite rendu compte qu'il fallait être polyvalent. Les premiers contrats que j'ai eus n'étaient pas dans les styles que j'aimais le plus. Mais il fallait travailler.

Cette polyvalence, il la revendique presque autant que son goût du rock. Parce qu'elle lui a permis de rester musicien. Parce qu'elle lui a appris à écouter avant de jouer. Parce qu'un bassiste passe souvent sa vie à s'adapter aux autres.

Cette curiosité finit par payer. Lorsqu'il rejoint Laura Cox en 2021, il n'est plus un débutant. Il connaît déjà les nuits trop courtes, les kilomètres, les repas pris debout, les balances qui n'en finissent plus. Dix années d'intermittence l'ont déjà aguerri. Ce qui change, cette fois, c'est l'ampleur du voyage.

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Les affiches prennent une autre dimension. Les salles aussi.

À Paris, il y a le Trianon et la sortie du nouvel album, immortalisée par une captation qui sera bientôt diffusée en DVD et en vidéo à la demande. En Belgique, le Forest National, l'équivalent d'un Zénith, où plus de cinq mille personnes se massent devant la scène. Au Luxembourg, une salle pleine à craquer. En Allemagne, le Herzberg Festival. Puis les routes françaises, avant un été partagé avec les Texans des ZZ Top.

Couleur de peau

Les journées finissent par se ressembler.

Ce qui change, c'est l'échelle. Les salles grandissent. Les frontières disparaissent. Le nom de Laura Cox ouvre des portes qu'il n'avait encore jamais franchies. Aujourd'hui, il net vit d'ailleurs uniquement de la musique. "Les tournées avec Laura me permettent de vivre correctement. Sans elles, ce serait beaucoup plus compliqué. On sent que la culture n'a pas vraiment le vent dans le dos."

Entre deux tournées, le musicien continue aussi de faire vivre les Roosters. Seize ans d'existence. Un seul membre fondateur encore présent. Lui. Cette fidélité ressemble au personnage.

Comme lorsqu'il évoque les clichés qui continuent de lui coller à la peau. À cause de sa couleur de peau. À cause de ses dreadlocks. Dans un bar africain, un bassiste amateur s'étonne de le voir jouer du rock. À la salle de sport, une inconnue imagine qu'il fait du reggae. D'autres évoquent South Park en plaisantant.

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Adrien Kah ne hausse même plus les épaules, mais pose une question. "Je demande simplement : "Qu'est-ce que tu insinues ?" Souvent, ça suffit à calmer la discussion."

Puis le bassiste passe à autre chose. Comme à chaque fois. La musique, toujours. La Réunion, souvent. Car malgré les années passées dans l'Hexagone, malgré les tournées qui l'emmènent aux quatre coins de l'Europe, l'île ressurgit partout. Lorsqu'on lui demande si un jeune Réunionnais doit forcément quitter l'île pour vivre de la musique, il prend quelques secondes avant de répondre. Un temps de pause.

"C'est une question délicate... Mais si on veut vraiment vivre de la scène, je pense qu'à un moment il faut partir. Pas parce qu'il manque de talents à La Réunion. Au contraire. Il y a d'excellents musiciens. Mais géographiquement, on est vite limité."

Ce n'est pas un reniement. Au contraire, son affection pour son île qui ne s'est jamais émoussée.

"Si on veut vraiment vivre de la scène, je pense qu'à un moment il faut partir"

Dans un tee-shirt frappé d'un dodo. Dans un rougail saucisses improvisé au catering d'un festival. Dans une conversation avec un photographe luxembourgeois qui lui montre des clichés de Mafate. Dans les repas qu'il prépare à ses amis. "Je me sens plus réunionnais qu'africain, explique Adrien Kah. Dès que l'occasion se présente, je parle de La Réunion. Je cuisine les plats de chez nous. J'aime raconter l'île."

Chaque retour ressemble à une respiration. Et lorsqu'il y revient, pourtant, il coupe presque totalement avec son métier. Pas de jam. Pas de concerts. Pas de démarchage. "Je suis en déconnexion. Je profite de ma famille et de mes amis."

Et ses parents, médecins donc, vivent toujours à La Réunion. Ces derniers ont vu leur fils partir. Le voir jouer est beaucoup plus rare. C'est peut-être pour cette raison que, lorsqu'on lui demande ce qu'on peut encore lui souhaiter, il ne parle ni de ventes de disques ni de célébrité, seulement d'un retour au péi.

"Mon plus grand rêve, ce serait de venir jouer à La Réunion avec Laura. Que mes parents puissent enfin nous voir sur un beau festival."

Dans les yeux des parents

"Je suis très heureux. Je ne peux pas dire que j'ai atteint tous mes objectifs, parce qu'on peut toujours faire mieux", concède le musicien.

Le prochain défi n'est pas individuel, il concerne tout le groupe. Laura Cox continue de grandir. Les morceaux tournent davantage sur les radios rock. Les salles se remplissent un peu plus chaque année. Il reste néanmoins, selon lui, "un plafond de verre" à briser.

Davantage de visibilité. Mais aussi des productions plus ambitieuses. Une scénographie qui puisse enfin accompagner les ambitions musicales du projet. "On aimerait aller encore plus loin. Développer le spectacle. Mais tout ça demande des moyens. Et pour avoir ces moyens, il faut continuer à faire grandir le projet." Sans impatience.

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Adrien Kah ressemble donc peut-être à son instrument. Car la basse ne cherche jamais à voler le morceau. C'est elle qui l'ancre, qui lui donne sa profondeur. On ne la remarque pas toujours immédiatement, mais il suffit qu'elle disparaisse pour que tout s'effondre.

"J'ai construit ma vie de cette manière", assure le musicien. Sans trop grand bruit. Sans raccourci. Juste à force de discipline, de kilomètres, de répétitions et de concerts.

"Fire fire"

Adrien Kah a partagé la scène avec quelques-uns des plus grands noms du rock, traverse aujourd'hui l'Europe avec un groupe en pleine ascension. Et pourtant, lorsqu'on lui demande ce qu'on peut encore lui souhaiter : "Ni un disque d'or, ni un Olympia complet, ni une tournée américaine".

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Le rockeur pense à une scène beaucoup plus proche de son cœur. Une scène où, parmi les premiers rangs, son père et sa mère lèveraient enfin les yeux vers leur fils. Pas pour découvrir le bassiste de Laura Cox, simplement pour retrouver le petit garçon de Sainte-Clotilde qui, un jour, avait décidé que sa place serait sur scène.

Et accessoirement de (re)mettre le "Fire Fire", un de ses morceaux favori en concert, en bon ambianceur. "Là encore, mon côté réunionnais. "

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