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Ils affichent complet partout où ils jouent… à la rencontre de Ballaké Sissoko et Piers Faccini, duo folk et poétique en concert à Saint-Denis ce dimanche

Ecrit par Lény-Huayna Tible – le samedi 25 avril 2026 à 17H46
Crédit photos : Clély Dalama

Trois concerts déjà complets, une première réunionnaise et un rendez-vous gratuit à Saint-Denis dimanche 26 avril. Le maître malien de la kora Ballaké Sissoko et le chanteur folk anglais Piers Faccini ont posé leurs valises sur l’île avec une musique du dialogue et des racines. Rencontre à l’Ouest avec un duo qui fait de la migration une poésie vivante.

Ils remplissent les salles sans bruit, sans effets, sans grand communication, presque à contre-courant de l’époque. À La Réunion, la tournée de Ballaké Sissoko et Piers Faccini s’impose pourtant comme l’un des moments les plus attendus de la saison, les plus marquants, rien que ça. Leurs trois concerts de la semaine furent complets, notamment celui au Kabardock jeudi 23 avril, et le duo donne rendez-vous à Saint-Denis ce dimanche 26 avril (gratuit).

Dans un hôtel de l’Ouest, à l’écart du tumulte, les deux musiciens racontent une histoire qui ne commence pas sur scène, mais dans les couloirs d’un label français au début des années 2000. "On se connaît depuis… moi je venais juste d’arriver en France, vers 2003, 2004", se souvient Piers Faccini. "Balaké était déjà sur le label. C’était naturel de se rencontrer."

Ils ne se connaissaient pas vraiment, juste un disque entendu au détour d’une curiosité professionnelle. Et puis quelque chose d’immédiat, d’instinctif. "La musique c’est un feeling", glisse Ballaké Sissoko. "Comme quand on boit un verre avec quelqu’un et qu’on a envie de le revoir." Pas besoin de mots. "Des fois il n’y a même pas besoin d’avoir des mots, jouer ça suffit", complète son compère.

Vingt ans plus tard, ils parlent toujours la même langue. Une langue sans traduction, faite de cordes et de silences. Leur album, Our Calling, sorti il y un an et demi, est né lentement. "On pourrait dire qu’on a pris 20 ans à faire l’album", sourit Faccini. Le temps d’apprendre les modes mandingues, de comprendre une musique "extrêmement complexe, très profonde".

Le temps surtout de pouvoir dialoguer à égalité. "Je voulais pouvoir accompagner Balaké comme lui pouvait m’accompagner."

Musique libre

Ce qu’ils jouent aujourd’hui n’est ni de la fusion ni du métissage facile. C’est une conversation. "C’est deux voix qui s’entremêlent et qui s’assemblent." La kora ne soutient pas la voix, elle la prolonge, la contredit parfois, l’emmène ailleurs. Une musique libre, où chaque concert devient unique. "Tout ce qui reste, c’est libre", assurent-ils.

À La Réunion, cette liberté trouve un écho particulier. "La conversation un peu inédite qu’on propose a un bel écho avec la mixité de l’île", observe Faccini. Ici, les cultures ne cohabitent pas seulement, elles se répondent. Le maloya n’est jamais loin. "Je suis un amoureux de la musique d’Alain Peters depuis les années 90", confie-t-il. Les rythmes ternaires, les héritages croisés, les mémoires invisibles.

Car leur musique parle aussi du monde. De ses fractures et de ses circulations. "On parle beaucoup de la migration, explique Faccini. Pas seulement comme on l’entend aujourd’hui. Les humains ont toujours migré. Ils portaient leur musique, leurs coutumes. Et à chaque rencontre, il y a une contamination positive."

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Dans un contexte international tendu, entre replis identitaires et conflits ouverts, leur duo devient presque un manifeste. Sans slogan. Sans discours frontal. Juste deux hommes qui jouent ensemble. "Il n’y a pas de place pour les idéologies haineuses aujourd’hui", raconte Faccini, évoquant un élu croisé après un concert. "Voir deux musiciens dialoguer comme ça, ça va contre toutes les bêtises."

Ballaké Sissoko, lui, parle moins. Mais chaque mot compte. "C’est naturel, ça doit sortir." Comme lorsqu’il se met à chanter, presque malgré lui, en concert. Une voix rare, qui surgit quand la musique l’appelle.

Sur scène, pas de décor. "La scénographie, c’est nous", résume le duo. Deux chaises, des instruments, et cette tension invisible entre improvisation et écoute. "On ne passe pas par l’écrit. C’est le ressenti."

Dimanche 26 avril, au Jardin de la Liberté, il n’y aura peut-être pas assez de place pour tout le monde. Mais ce n’est pas le plus important.

Ce qui compte, c’est ce moment suspendu où deux trajectoires se croisent, et où la musique devient ce qu’elle n’a jamais cessé d’être. Un langage commun. Une manière de tenir ensemble, malgré tout.

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