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Don de moelleuse osseuse : "Seul un Réunionnais peut sauver un Réunionnais !"

Le 17 septembre dernier avait lieu la journée mondiale du don de moelle osseuse. Une pratique méconnue et qui peut faire peur malgré sa simplicité. À La Réunion, seulement 5000 personnes environ sont enregistrées comme potentiels donneurs. Un comble lorsque l’on sait que le métissage propre à l’île rend les compatibilités difficiles avec l’extérieur. C’est pourquoi la présidente de l’association Réunion Moelle Espoir veut sensibiliser la population au travers de son histoire, rappelant qu'il s'agit d'un geste simple.
Ecrit par Gaetan Dumuids – le dimanche 25 septembre 2022 à 06H04

Juin 2015, Gaëlle Le Guennec se sent fatiguée depuis plusieurs jours. C’est lorsqu’elle s’évanouit sur son fils de 4 ans qu’elle réalise que la situation est plus préoccupante que prévu. Elle se rend le médecin qui l’envoie faire un test sanguin. À la vue des résultats, ce dernier contacte les hématologues du CHU sud, qui lui conseillent de leur envoyer la patiente. 

La Tamponnaise est directement placée dans une chambre isolée de tout contact extérieur. Aux transfusions sanguines et de plaquettes vient s’ajouter une prise de moelle osseuse. Le verdict tombe : il s’agit d’une leucémie. Elle est placée dans une chambre stérile en hématologie et doit subir une chimiothérapie en attendant une greffe de moelle osseuse.

"Tout bascule du jour au lendemain. C’est très compliqué. Il faut que tout soit stérile : les vêtements, la nourriture. Les visites sont interdites aux débuts, je n’avais aucun objet personnel, donc aucun moyen de communiquer avec mon fils. Heureusement qu’il avait une maîtresse très bienveillante. Ça a beaucoup aidé", se remémore-t-elle les larmes aux yeux.

Gaëlle salue également la gentillesse du Dr Cabrera et de son équipe qui l’ont accompagnée jusqu’à son transfert à l’hôpital Necker à Paris. La vie de sa famille est complètement bouleversée. Sa mère a dû s’occuper de son fils pendant qu’elle se retrouvait seule en métropole. "Là, la chambre était encore plus complexe. C’est un peu moins humain. C’était très compliqué. Mon fils n’avait pas du tout le droit de venir me voir. On est plus vulnérable qu’au début", ajoute la mère de famille.

Une greffe… étonnante

"J’étais en aplasie totale (baisse des globules blancs et des autres composants du sang). Là, une infirmière rentre dans la chambre. Elle me pose des questions avant de me mettre une poche. Je lui demande ce que c’est et elle me répond que c’est ma moelle ! J’ai alors regardé le goutte-à-goutte et je me suis demandé : c’est avec ça que je vais vivre ? Je pensais que j’allais avoir des machines et tout", s’étonne encore Gaëlle.

Une fois ce transfert de moelle osseuse effectué arrive la délicate réaction du greffon contre l’hôte (GVH). Son corps rejette ce corps étranger et essaye de se défendre. Elle doit subir un traitement auquel elle va bien réagir. Elle est ensuite hospitalisée dans un autre hôpital pour lui permettre de se réadapter à la vie extérieure. 

Finalement, la rémission se passe bien et elle peut revenir à La Réunion en février 2016. "À mon arrivée, il pleuvait à l’aéroport. Je déteste la pluie, mais depuis ce jour-là, je l’aime", assure-t-elle.

Le cas réunionnais

Née d’un père breton et d’une mère réunionnaise, Gaëlle doit son salut à son ascendance paternelle. Sans frère ni sœur, elle ne pouvait espérer qu’un don provenant du registre des donneurs. Selon les probabilités, un malade à une chance sur un million de trouver un donneur compatible. Une difficulté accentuée à La Réunion en raison des différents métissages. C’est sa moitié métropolitaine qui lui a permis de trouver un donneur compatible.

"Je veux passer un message aux Réunionnais. On a un beau métissage, un très beau métissage, mais qui peut nous desservir. Il faut vraiment qu’on mette la main ensemble. Parce qu’un pur Réunionnais avec ce métissage, seul un autre Réunionnais avec ce beau métissage peut le sauver. Si j’avais été une pure Réunionnaise, seul un Réunionnais pouvait me sauver. Et on est à quoi ? 5000 sur le registre en ce moment", souligne-t-elle.

Malgré les difficultés, en parler avant tout

"Le jour du don, le jour où on le reçoit, c’est une deuxième naissance. Une renaissance même. C’est une date qui est marquée pour toujours, que je fête avec les gens qui sont toujours là", s’émeut-elle. C’est pourquoi elle veut permettre à d’autres, dont les enfants, de pouvoir vivre ce moment. 

Elle se rapproche de l’association Réunion Moelle Espoir qu’elle fréquente pendant plusieurs années, malgré sa timidité et les difficultés à en parler à ses débuts. Finalement, cette année, l’ancienne présidente de l’association lui a fait part de son souhait de la voir reprendre les rênes. Un avis partagé par l’ensemble de membres de l’association.

À côté de son activité professionnelle et surtout de son rôle de mère, elle tente de faire connaître le don de moelle osseuse et la nécessité de se faire enregistrer dans le registre des donneurs. Elle recherche également tous ceux qui souhaiteraient devenir bénévoles pour aider à diffuser l’information. "Je ne fais pas ça pour moi, je fais ça pour un malade. Parce que ça peut être un enfant", insiste-t-elle.

"C'est un don très très simple"

Si tout le monde peut être donneur, les candidats entre 18 et 35 ans sont privilégiés. "On est vraiment en danger lorsque l’on reçoit une moelle osseuse. C’est pour ça que la personne doit être le plus jeune possible, car entre 18 et 35, c’est là où l’on est à sa pleine forme. Après, on peut être sur le registre jusqu’à 60 ans, mais il ne faut pas être frustré si on n’est pas appelé, car la compatibilité est difficile à trouver", explique Gaëlle.

La présidente de l’association précise que beaucoup de monde confond don de moelle osseuse et don de moelle épinière, beaucoup plus douloureuse. Pour être enregistré, un simple kit salivaire suffit. "Aujourd’hui, le don de moelle ressemble au don de plaquette, c’est la machine qui fait le tri. C’est un don très très simple", souligne-t-elle.

"Je connais un donneur qui ne cesse de dire qu’il recommencerait sans hésiter. C’est un geste très simple, mais qui peut sauver une vie. J’insiste sur le fait que sans ce don, on ne peut pas vivre. Un donneur compatible, il faut qu’il se dise qu’il est cette personne qui va être le héros d’une autre. Le sauveur de quelqu’un d’autre. Le temps qu’il a passé sur le registre a fait de lui un veilleur de vie", symbolise Gaëlle pour stimuler les vocations à devenir un héros.

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