Revenir à la rubrique : Economie

Dix ans d’aventure et une liquidation judiciaire : la start-up réunionnaise Crowdaa baisse le rideau

Ecrit par J.D. – le vendredi 15 mai 2026 à 16H16

La start-up réunionnaise Crowdaa, spécialisée dans la création simplifiée d’applications mobiles, a été placée en liquidation judiciaire en mars dernier. Son fondateur, Vigile Hoareau, a annoncé publiquement la fin de l’entreprise après dix années d’activité, marquées par une reconnaissance internationale, une levée de fonds de 1,2 million d’euros et des ambitions affichées sur le marché américain.

C’est une page qui se tourne dans l’écosystème tech réunionnais. Après dix années d’existence, la société Crowdaa a été placée en liquidation judiciaire simplifiée par le tribunal de commerce de Saint-Pierre le 27 mars 2026.

Quelques semaines plus tard, son fondateur, Vigile Hoareau, a pris la parole publiquement pour annoncer la fin de l’aventure. Un message personnel, dans lequel il revient sur les difficultés traversées mais aussi sur le chemin parcouru par cette start-up née à La Réunion.

"Je dois aujourd’hui annoncer la fin de Crowdaa. Après 10 ans de travail, l’entreprise a été placée en liquidation judiciaire au début du mois de mars", écrit-il, évoquant "un moment difficile" mais désormais "derrière" lui.

Fondée autour d’une idée simple — permettre à des non-développeurs de créer et publier leurs propres applications mobiles — Crowdaa s’était progressivement fait une place dans l’univers des outils “no-code”. Sa plateforme permettait à des communautés, artistes, associations, clubs ou organisations de déployer des applications iOS et Android en quelques clics, sans compétences techniques avancées.

Une levée de fonds à 1,2 million d'euros

Le projet avait même réussi à dépasser les frontières réunionnaises. En 2024, le média américain TechCrunch consacrait un portrait à la société et à ses deux fondateurs : Vigile Hoareau, décrit comme musicien, psychologue cognitif et développeur, et Jimmy Thomas, producteur de rap américain ayant notamment travaillé avec Tupac et Motown Records.

Lire aussi : Crowdaa, la plateforme réunionnaise qui séduit l’Amérique

Dans cet article, Crowdaa expliquait vouloir redonner davantage de contrôle aux créateurs de contenus sur leurs communautés et leurs données. "Ils possèdent les données, le contenu, les utilisateurs. Ils décident comment monétiser", expliquait alors Vigile Hoareau à TechCrunch.

La start-up mettait également en avant sa capacité à automatiser le déploiement d’applications sur les stores Apple et Google, avec une approche simplifiée reposant sur le “drag-and-drop” et des outils intégrés de conformité.

Cette ambition avait permis à Crowdaa de lever 1,2 million d’euros lors d’un tour de table mené par le fonds Apicap, avec la participation notamment de Tremplin Capital et Teampact Ventures. À l’époque, l’entreprise affichait des ambitions claires aux États-Unis et travaillait déjà avec des équipes sportives, organisations ou communautés de créateurs.

Encore à Las Vegas en début d'année pour le CES

Encore en janvier dernier, Crowdaa faisait partie des start-up réunionnaises présentes au CES de Las Vegas grâce au soutien de Business France et de la French Tech La Réunion. Dans un article publié par nos confrères d’Eco Austral, l’entreprise annonçait alors le lancement de “My House”, une application développée pour l’artiste américain Florida, avec l’espoir de renforcer sa visibilité sur le marché américain.

Mais derrière cette vitrine internationale, la situation financière s’est progressivement dégradée. Dans sa prise de parole, Vigile Hoareau explique qu’en 2023, après sept ans d’existence, la société était pourtant "à l’équilibre et en croissance". Un accord de levée de fonds avait alors été conclu, mais la seconde tranche prévue n’aurait jamais été versée.

"La seconde tranche prévue n’est jamais arrivée, à la suite des difficultés rencontrées par notre partenaire. Dans ces conditions, il n’a pas été possible de rééquilibrer le plan de financement", affirme-t-il.

Le fondateur évoque également les difficultés spécifiques rencontrées par les entrepreneurs ultramarins pour convaincre des investisseurs installés dans l’Hexagone. Un sujet qu’il abordait déjà en 2024 auprès de TechCrunch, expliquant que les investisseurs métropolitains accordaient peu d’attention aux territoires ultramarins et qu’il avait fallu multiplier les réseaux, accélérateurs et partenariats pour maintenir l’entreprise à flot.

Dans la même rubrique

0💬
Tri :