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Deux ouvrages annoncent une nouvelle ère des sciences du vivant, de l'éducation et de la santé

Ecrit par zinfos974 – le vendredi 1 octobre 2021 à 17H22

Le premier ouvrage est celui du  neurologue, philosophe et psychologue (titres qu’il s’est auto-attribués) de l’université de Los Angeles Antonio Damasio : « Sentir et Savoir,  Une nouvelle théorie de la conscience », aux éditions Odile Jacob, mai  2021. Le second, du sociologue  Pierre Rosanvallon, Professeur au Collège de France, qui publie un essai : « Les épreuves de la vie, Comprendre autrement les Français", aux éditions du Seuil, août 2021.

Damasio s’est fait mondialement connaître en critiquant l’affirmation de l’œuvre de Descartes. Arbitrairement résumée par : « Je pense donc je suis », cela devient avec Damasio : « Je suis donc je pense.». C’est le corps, du fait de la saisie des cinq sens qui renseignent l’organisme et « celui-ci cherche à se maintenir en vie », dirait le Professeur Henri Laborit (194-1995). Jusque là nous devrions être d’accord avec Damasio. Il donnera ensuite raison à Spinoza qui déduisait que « si Dieu devait exister, il le localiserait dans le corps », une métaphore pour évoquer la prodigieuse intelligence du corps qu’il nomma « conatus ». Jusque là je suis toujours d’accord.
Avec son dernier livre, nous disons que Damasio réhabilite le sensualisme. Mais contrairement à Condillac (1714-1780) qui imaginait un corps vierge de toute influence a priori, « une table rase » donc, Damasio se pose en explorateur du cerveau et des comportements.  Il le visualise dans ses moindres arcanes  et « secrets » évolutifs selon une vision darwinienne et unitaire corps et esprit. Il en arrive enfin à ériger la primauté du « sentir » par rapport à la « connaissance ». 

La sphère du sensible

Nous disions ENFIN ! lors de la publication de ce livre, car les scientifiques en laboratoire fondamentaliste tentaient jusque là d’éviter la sphère du sensible, de l’intuitif, considérée comme subjective.

Les explorations de la  (macro) biologie auraient-elles atteint une limite, ou une impasse, dans leurs exigences d’objectivation ? Et ce, pour reconnaître  que la biologie, pour qu’elle soit vivante, doit s’incarner dans un organisme qui affiche désormais sa spécificité épigénétique, mémorielle et culturelle. 

Les généticiens depuis plusieurs décennies ont admis qu’un être humain ne peut être réduit à un code génétique ou un cumul d’équations physico-chimiques.  Ceci conduit Damasio à explorer les émotions, les sentiments, la mémoire et la capacité du cerveau à créer des images avant que nous ayons la possibilité de nommer les sensations dissimulées derrière ces images qui leur donnent vie. Il restera à lever les énigmes des rêves…

A ce stade, je ne ferai que regretter que Damasio ne cite jamais (à ma connaissance) Carl Gustav Jung (1875-1961), dont on ne peut imaginer qu’il ne le connaisse pas. 

Ce dernier nous aura transmis un patrimoine culturel et scientifique précieux  pour explorer l’âme, suisse, allemande et plus généralement, sans doute, universelle ; l’âme humaine, avec le regard du médecin, du clinicien et du psychanalyste qui explore la mémoire inconsciente qui échappe aux stratégies de laboratoire. 

Nous allons maintenant tenter  de savoir quel sera l’apport complémentaire du sociologue (que je qualifierais volontiers de clinicien) qui nous annonce que son essai devrait permettre de « comprendre autrement les Français ».

Selon Rosanvallon, depuis vingt ans l’accroissement des inégalités dans le monde constituerait « un phénomène historique massif et spectaculaire de moins en moins supporté par les populations ». « C’est un phénomène objectif, qui pose beaucoup de questions », dit-il. « On n’a pas vu de défilés dans les rues contre les inégalités. » En revanche, selon le sociologue, « on a vu des défilés dans les rues contre le mépris, le harcèlement, le manque de respect, contre un pouvoir qui n’écoute pas assez ».

Rosanvallon théorise ce nouvel âge des mouvements sociaux en montrant qu’à côté des conflits de classes surgit cette nouvelle catégorie sociale qu’il appelle  « épreuves ». Elles résultent de la façon dont des individus perçoivent une situation.

C’est là que ces deux auteurs, Damasio et Rosanvallon, se rejoignent en faisant appel aux ressentis et aux émotions. 

J’évoquerai, un autre jour,  la même importance qu’aura relevé le psychologue suisse Jung avec la fonction des sensations, des sentiments et des pensées ; alors que la fonction intuition serait beaucoup plus « flottante » et perceptive, ancrée au visuel qui de nos jours rencontre la découverte des « neurones miroirs ». Je  ne peux que renvoyer le lecteur à ce lien ci-dessous du 07/05/2016 : 
http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2016/169/paulus.htm"http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2016/169/paulus.html

CHANGEMENT DE PARADIGME EN NEUROSCIENCES ?
 "http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2016/169/paulus.pdf"http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2016/169/paulus.pdf
 
 
La « boîte noire » des émotions et de la subjectivité
 
Avec la multiplication de moyens d’expressions, la « boîte noire » des émotions et de la subjectivité s’exprime en manifestations diversement « bruyantes » et déstabilisantes pour le pouvoir en place. 
 
De quelles émotions parle Rosanvallon ? D’un sentiment de mépris, d’injustice, de discrimination et d’incertitude, un lot de caractéristiques existentielles pouvant conduire à « l’inhibition de l’action » telle qu’Henri Laborit l’aura inlassablement exposée. 

Et ces émotions sont devenues plus importantes que l’ancrage politique. Rosanvallon théorise cette réalité « des épreuves de vie ». Il cite par exemple les discriminations, le burn out ou encore le viol, il parle aussi du mépris social, toutes choses qui passent trop souvent sous le radar des politiques et des scientifiques en laboratoire. Et Rosanvallon déclare dans le journal La Croix : « La parole politique pour être représentative doit rendre visibles ces épreuves vécues.» Et il conclut : « Celui qui gagnera l’élection présidentielle aura compris l’importance des épreuves de vie. »

Notre éthique nous dissuade de prendre parti. Nous voulons juste relever la pertinence et la complémentarité de ces deux ouvrages, le premier fondamental dans son apport, le second, pratique, pouvant éclairer des acteurs politiques notamment.

Ils sont également révélateurs de sciences qui étudient la vie confinée dans des laboratoires et qui n’ont pas vu venir cette lame de fond de mécontentement, de frustrations, de maladies existentielles dites « fonctionnelles ».  

Depuis des décennies, nous présentons de nouveaux regards sur l’éducation fondée sur les sensations et sur la santé en interaction avec l’environnement dès la conception de l’enfant. Par exemple et pour conclure (même provisoirement),  il n’est pas superflu de rappeler notre définition de la santé,  soit : désir, plaisir d’agir, se sentir exister, être créatif, rapport actif avec l’environnement et le changer si celui-ci entrave son développement. Ceci  amène tôt ou tard à se confronter à ses pairs.

Dans un prochain courrier, au delà d’un constat, nous essayerons de nous montrer constructif en suggérant des alternatives afin de promouvoir une nouvelle éducation et une nouvelle santé dès la conception de l’enfant, à l’attention des futurs et jeunes parents.

 

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