"Désarmer l’IA" : pourquoi le Pape Léon XIV s’attaque à la nouvelle "tour de Babel" technologique

Dans un texte très politique consacré à l’intelligence artificielle, le Pape Léon XIV appelle à "désarmer" l’IA pour empêcher qu’elle ne "domine l’humain". Le souverain pontife y dénonce aussi de "nouvelles formes d’esclavage" liées aux technologies et aux logiques économiques qui les accompagnent.
Le Vatican parle rarement comme la Silicon Valley.
Et quand un pape commence à évoquer l’intelligence artificielle comme une menace civilisationnelle, cela donne forcément un texte un peu étrange à mi-chemin entre encyclique religieuse, manifeste politique et critique du capitalisme technologique.
Dans sa première grande encyclique intitulée Magnifica Humanitas, le Pape Léon XIV appelle à "désarmer l’intelligence artificielle" et réclame une régulation internationale beaucoup plus stricte des technologies numériques.
Le ton est même particulièrement alarmiste.
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Le souverain pontife met en garde contre "des systèmes technologiques capables d’échapper progressivement au contrôle humain", notamment dans les domaines militaires, de la désinformation ou de la surveillance de masse.
Léon XIV évoque aussi ce qu’il appelle de "nouvelles formes d’esclavage" liées à l’économie numérique, aux travailleurs invisibles chargés d’entraîner les IA, ouvriers surexploités dans les chaînes de production technologiques ou encore à la dépendance grandissante des sociétés aux plateformes numériques.
Le Pape va même plus loin.
"Tour de Babel"
Il compare en partie la course mondiale à l’intelligence artificielle à une nouvelle "tour de Babel" technologique, où l’humanité poursuivrait sa puissance sans véritable réflexion morale.
Le texte s’inscrit dans la continuité des prises de position déjà très critiques du Vatican sur l’IA ces dernières années. Mais Léon XIV semble vouloir faire de ce sujet l’un des grands marqueurs de son pontificat.
Le choix même de son nom papal n’est d’ailleurs pas anodin.
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Selon le Vatican, Léon XIV se place explicitement dans l’héritage de Léon XIII, le Pape de Rerum Novarum, texte fondateur de la doctrine sociale de l’Église face aux bouleversements de la révolution industrielle
Sauf qu’en 2026, la révolution industrielle a changé de visage.
Ce ne sont plus les machines des usines qui inquiètent Rome, mais les algorithmes, les IA génératives et les grandes entreprises technologiques capables d’influencer l’information, le travail, les relations humaines et même les guerres.
Dans son encyclique, Léon XIV critique aussi une "culture de la puissance" portée selon lui par certains géants technologiques.
Le Pape redoute notamment une humanité réduite à devenir "consommatrice passive" de contenus générés artificiellement, sans pensée critique ni véritable créativité personnelle.
Pardon pour le retard avec lequel l'Eglise a condamné l'esclavage
Plus étonnant encore, l’encyclique aborde également la mémoire de l’esclavage.
Léon XIV reconnaît explicitement les lenteurs historiques de l’Église catholique à condamner clairement l’esclavage et demande "pardon" au nom de l’institution pour cette "blessure dans la mémoire chrétienne".
Au fond, le Vatican tente ici quelque chose d’assez rare, à savoir replacer la question technologique dans un débat moral et spirituel beaucoup plus large.
Le nouveau Pape semble bien décidé à faire entendre une petite musique très différente de celle des grandes entreprises de la tech.


