Des parcours de vie distincts pour les Réunionnais de retour au péi

Si Sandra Folio n'incarne pas le profil type de la Réunionnaise rentrée vivre dans son île, son parcours illustre bien la diversité des situations que rencontrent les bénévoles de l'association Réunionnais de retour au péi.
« Je suis partie il y a une dizaine d'années, à l'âge adulte, sans l'aide de Ladom. On a lâché nos boulots avec mon mari, on avait vraiment envie de partir. Quand on l'a annoncé autour de nous, il y avait cette inquiétude de nous voir partir sans rien, sans un travail qui nous attendait là-bas. Ça nous a fait réfléchir pendant un an, et puis on s'est dit qu'on n'était pas fous, qu 'on voulait vraiment partir. On a vécu sept merveilleuses années en métropole, on a trouvé du boulot, on a acheté une maison et on a voyagé partout en Europe », se remémore Sandra Folio.
C'est la crise Covid et les confinement successifs qui finiront par imposer au couple le besoin de rentrer dans l'île, pour se rapprocher de la famille et fuir cette forme d'angoisse liée au virus qui pèse alors sur une bonne partie de la société. Sandra Folio, qui occupe un poste à responsabilité dans le marketing et la communication d'une grosse entreprise, finit par perdre son emploi à cause des conséquences de la crise sanitaire. Mais elle mentionne que ce n'est pas là l'élément moteur de la décision de rentrer à La Réunion, une volonté qui tenait surtout à cœur de son mari et derrière laquelle elle a décidé de se ranger.
« C'était plus un choix de vie », souligne-t-elle aujourd'hui, en assurant n'avoir dû affronter aucune des difficultés communément rencontrées par les Réunionnais qui envisagent de se réinstaller dans l'île : elle a retrouvé du travail rapidement et n'a eu aucun problème pour se reloger. Pour autant, elle n'était pas totalement heureuse dans sa nouvelle vie.
« Choc culturel inversé »
« J'avais quelque chose qui ne fonctionnait pas, les premiers mois je n'étais pas totalement à ma place. J'avais évolué en dehors de La Réunion et les gens avec qui j'avais grandi avait évolué de façon différente. Des petits décalages du quotidien où il y avait quelque chose qui était de l'ordre de l'incompréhension, sur de petits détails. J'avais besoin de comprendre pourquoi j'avais cette ambivalence, alors que j'avais trouvé un boulot et qu'on n'avait pas de problème d'argent », rapporte-t-elle.
Sandra Folio s'intéresse alors à l'activité de l'association Réunionnais de retour au péi sur les réseaux sociaux, comme sur LinkedIn où une CV-thèque est proposée aux cabinets de recrutement. C'est lors d'une conférence organisée par l'association, à l'occasion de la première édition du Salon du retour au péi organisée en 2022, que Sandra Folio entend parler du concept de « choc culturel inversé », qui lui frappe immédiatement l'esprit.

Une conférence lors de la 1ère édition du Salon du retour au péi en 2022.
« Ce que j'en ai retenu, c'est qu'on arrive dans une culture qu'on connaît mais qu'on ne reconnaît plus. Ce sont des choses subtiles : je ne peux pas dire que j'ai mes repères qui sont perdus, je continue à parler créole ou à aller au marché bien sûr, mais il y a de petits détails qui font que je suis parfois en décalage », poursuit celle qui est désormais bénévole pour l'association. Elle avoue son besoin de maintenir un lien avec ces personnes qui, peut-être, ressentent la même chose qu'elle.
Le week-end dernier, Sandra Folio distribuait ainsi au marché du Chaudron des flyers pour inviter le public à participer à la 2è édition du Salon du retour au péi, qui se tiendra ce samedi 31 août à partir de 14h au village Corail de Saint-Gilles.
« L'envie de contribuer à l'économie de mon île »
« C'est le fait d'être un peu plus mature, le fait d'avoir l'impression d'avoir terminé ce que j'avais à faire là-bas, et l'envie de contribuer à l'économie de mon île », répond pour sa part Vincent Alain, membre depuis peu de l'association, lorsqu'on l'interroge sur les raisons qui l'ont poussé à revenir s'installer dans l'île.
Le processus a longuement mûri dans son esprit. « Il y a eu deux ans de réflexion. La première année, la question était de savoir vraiment si le retour n'était pas qu'un coup de tête. La deuxième année, c'était plus dans les démarches pratiques effectives, l'analyse du marché de l'emploi. Une première phase plus sentimentale, et une deuxième plus pragmatique », résume ce Saint-Pierrois parti poursuivre ses études à Toulouse.
Après 13 ans dans l'Hexagone, Vincent Alain est revenu vivre chez parents en janvier 2024. S'il n'a pas encore retrouvé de logement, un objectif qu'il a laissé au second plan, son projet professionnel s'est bien concrétisé. Il explique que les échanges proposés via le réseautage de l'association lui ont permis d'éviter certains écueils.
« Il y a toujours un décalage », confie cet expert-comptable. « Il y a le côté qui consiste à trouver vraiment sa place, apprendre à placer le bon curseur avec la famille, savoir se dire aussi que maintenant il y a la plage, qu'il faut trouver le temps d'en profiter. Quand on est en vacances, on a envie de faire toutes les sentiers de l'île. Mais quand on vit ici, il faut se donner les moyens de le faire. »



