"Des joueurs comme lui, ce n'est pas tous les jours" : Qui est Maël Turpin, fierté réunionnaise et joueur de l'équipe de France de rugby U20 ?

Parti de La Réunion à 15 ans, Maël Turpin a disputé et remporté son premier Tournoi des Six Nations avec l’équipe de France de rugby U20. Formé à l’Étang-Salé, le jeune pilier incarne aujourd’hui l’espoir d’un rugby réunionnais capable de franchir les océans.
Dans les Hauts de Saint-Louis, les routes sont longues et les rêves parfois encore plus. C’est pourtant là, entre relief enclavé et passion naissante, que Maël Turpin a commencé à écrire son histoire. Une histoire qui, aujourd’hui, dépasse largement les terrains de l’île.
Car à seulement 18 ans, le joueur du Stade Montois Rugby (Landes) a déjà goûté au niveau international avec les Bleuets. Une trajectoire express, presque improbable, pour un jeune qui a découvert le rugby sur le tard.
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"Il a commencé il y a cinq ou six ans, pas plus", se souvient Anthony Calteau, l’un de ses anciens éducateurs à l’Étang-Salé. Avant cela, un peu de basket, beaucoup d’énergie, et surtout aucune certitude. Puis vient ce premier contact avec le ballon ovale. Et tout s’enchaîne. "Ça lui a plu de suite. Il est revenu, il s’est licencié, et il n’a plus lâché."
Mais au-delà du déclic, il y a surtout la persévérance. À chaque entraînement, Maël doit composer avec la distance. "Il habitait dans les Hauts de Saint-Louis, un peu enclavé. Mais il était là à chaque fois, à l’heure." Les parents accompagnent, s’organisent. Et quand ce n’est pas possible, il trouve une solution. "Il venait en vélo, il se débrouillait."
"Au début, il a trouvé ça dur"
Sur le terrain, le potentiel ne tarde pas à se révéler. À 15 ans, il affiche déjà près de 110 kilos pour plus de 1'80 m. Un gabarit impressionnant, encore brut, mais prometteur. "On n’en voit pas 50.000 par an. Il se détachait clairement des autres", souffle son ancien coach. Rapidement, ses encadrants comprennent qu’il peut aller plus loin.
Le tournant arrive avec un départ en métropole. Direction Mont-de-Marsan, où il intègre le Stade Montois Rugby. Là-bas, tout change. Le rythme, l’intensité, le climat aussi. "Au début, il a trouvé ça dur. Ici, il fait 30 degrés, là-bas parfois il fait très froid", explique Anthony Calteau. L’éloignement familial pèse, comme pour beaucoup de jeunes ultramarins.
Mais Maël tient bon. Il s’adapte, progresse, grandit. Physiquement d’abord, en s’affinant. Rugbystiquement ensuite, en trouvant sa place au poste de pilier droit. "C’est un poste qui lui correspondait. Avec son gabarit, c’était logique de le mettre en première ligne."
En deux saisons, le changement est spectaculaire. Solide en mêlée, actif dans le jeu, de plus en plus juste dans ses placements, il incarne ce que les éducateurs appellent aujourd’hui un pilier moderne. "Dans tout ce qui est mêlée, ruck, maul, il est présent. Il a de très bonnes attitudes", appuie le coach.
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Travail de l'ombre
Sa sélection avec l’équipe de France U20 vient valider ce travail. Sur le terrain, il ne touche pas beaucoup de ballons, logique pour un pilier. "Trois ballons par match, c’est déjà énorme à ce poste." Mais l’essentiel est ailleurs, dans le travail de l’ombre, dans la solidité, dans la constance.
Ce qui impressionne surtout, c’est la rapidité de son ascension. "Il jouait encore à 10 à La Réunion, il arrive en métropole, et deux ans après il est en équipe de France", se félicite Jean-Michel Piron, président de la ligue de rugby de La Réunion. Une progression rare, qui surprend même ceux qui l’ont vu débuter.
Pour son club formateur et plus largement pour le rugby réunionnais, c’est une immense fierté. "Quand on vient de La Réunion, on ne s’attend pas forcément à atteindre ce niveau, poursuit Piron. Des joueurs comme lui, ce n'est pas tous les jours." Et pourtant, Maël Turpin prouve que c’est possible.
Dans son sillage, d’autres exemples existent déjà, comme Jordan Sepho, international de rugby à 7. Mais chaque parcours reste un défi. Partir jeune, quitter sa famille, s’adapter à un nouvel environnement… autant d’obstacles que le jeune pilier a su surmonter.
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Aujourd’hui, à Mont-de-Marsan, il poursuit sa progression entre espoirs et groupe professionnel. Toujours discret, toujours travailleur. "C’est un gamin hyper sympa, hyper cool", glisse son ancien entraîneur. Un trait de caractère qui compte autant que ses performances.
Pour La Réunion, Maël Turpin est donc bel et bien plus qu’un espoir. Il est un symbole. Celui d’une jeunesse capable de rêver loin, et surtout d’y parvenir.
Et au moment d’entrer en mêlée, quelque part entre Mont-de-Marsan et les stades du Six Nations, c’est toute une île qui pousse derrière lui.


