Dérogations au 1er mai : la CGTR appelle à la mobilisation

Les députés doivent examiner ce vendredi une proposition de loi visant à encadrer et élargir les dérogations au repos du 1er mai, seul jour férié obligatoirement chômé et payé en France. En réponse, la CGTR appelle à un rassemblement devant la préfecture ce vendredi et dénonce dans un communiqué la "remise en cause de plus de 100 ans de lutte sociale".
Le texte prévoit notamment d’autoriser certains secteurs — commerces de bouche de proximité, fleuristes, établissements culturels — à faire travailler des salariés volontaires, avec une rémunération majorée. Un débat qui intervient dans un contexte où une partie de l’opinion publique se montre favorable à un assouplissement.
Selon un sondage OpinionWay commandé par la CPME, 74 % des Français se disent prêts à travailler ce jour-là, à condition d’être mieux rémunérés. Sur le terrain, certains professionnels estiment que cette évolution permettrait de sécuriser des pratiques déjà existantes et d’éviter des situations jugées incohérentes, comme des sanctions pour ouverture le 1er mai malgré l’accord des salariés. D’autres y voient aussi une opportunité de revenus supplémentaires dans des secteurs à forte activité ce jour-là.
Une mobilisation syndicale annoncée à Saint-Denis
Mais la perspective d’une évolution du cadre légal suscite une forte opposition syndicale. À La Réunion, la CGTR appelle à un rassemblement ce vendredi matin devant la préfecture à Saint-Denis pour défendre le maintien du caractère chômé du 1er mai.
Dans un communiqué, le syndicat dénonce une remise en cause d’un acquis social historique. Il estime que la proposition de loi constitue une première étape vers la banalisation du travail ce jour-là et une extension progressive des dérogations. “Une première brèche pour nous voler un jour de repos rémunéré”, écrit la CGTR.
Un risque de déséquilibre économique selon la CGTR
La CGTR met également en avant un risque de déséquilibre économique, considérant que l’élargissement du travail salarié le 1er mai pourrait fragiliser les petits commerces au profit de structures plus importantes. Elle évoque “une distorsion de concurrence par les ténors de la grande distribution” et estime que la mesure pourrait “se retourner contre les petits commerces de proximité”.
Le volontariat jugé illusoire
Autre point de contestation : la notion de volontariat. Le syndicat juge ce principe largement théorique dans le cadre de la relation de subordination entre employeur et salarié. “Les salarié·es savent à quel point il s’agit d’une fiction dans le contrat de travail”, affirme-t-elle, évoquant des risques de pressions pouvant aller jusqu’à des menaces sur l’emploi.
Une rémunération contestée
La question de la rémunération est également critiquée. Selon la CGTR, la majoration prévue ne constituerait pas un réel avantage, dans la mesure où le 1er mai est déjà payé même sans activité. “Être payé ‘double’ en venant travailler, c’est en fait être payé seulement une fois pour sa journée de travail”, estime le syndicat, qui considère que la mesure reviendrait à banaliser le travail ce jour-là sans réelle compensation supplémentaire.
Un enjeu symbolique et historique
Au-delà des aspects économiques et juridiques, le syndicat insiste sur la dimension symbolique du 1er mai, journée internationale de lutte pour les droits des travailleurs. “Cette journée fériée doit rester exceptionnelle”, souligne la CGTR, rappelant qu’elle “commémore les luttes pour les droits des travailleuses et travailleurs”, et que sa remise en cause reviendrait à s’attaquer à “plus de 100 ans de lutte sociale”.
Le rassemblement est prévu à partir de 10 heures devant la préfecture de Saint-Denis, dans un contexte où le débat parlementaire pourrait rapidement déboucher sur une entrée en vigueur du texte en cas d’adoption.
Les organisations syndicales CFDT, CGT, FO, CFE-CGC, CFTC, UNSA, Solidaires et FSU ont appelé dans un courrier les député·es à s'opposer “à toute tentative de remise en cause du 1er mai aux dépens des salarié·es mais aussi des petits commerces indépendants de proximité au profit des grand groupes”, en rejetant la proposition de loi présentée le 10 avril 2026.


