1er mai : « Qu’on nous laisse travailler ! »

Aussi floue qu’elle est jugée injuste par bon nombre de commerçants, boulangers et fleuristes en tête, la réglementation empêche ces derniers de faire travailler leurs salariés le 1er mai.
Si certains pourraient braver l’interdiction, ils risquent des amendes. Ce fut le cas pour des commerces l’an dernier. Fleuriste à Cambuston, Vivienne Gaudens s’apprête à réaliser un acte de résistance ce 1er mai : ouvrir sa boutique pour écouler les milliers de brins de muguet qu’elle a commandés il y a six mois.
Elle sera seule pour tenir la caisse, accueillir les clients tout en réalisant les bouquets, son employée ne pouvant travailler durant la fête du Travail. « Je serai ouverte et j’assume, un jour de fête on nous dit de fermer la boutique. Est-ce que c’est normal ? Qu’on laisse travailler ceux qui le souhaitent et ceux qui ne veulent pas, qu’ils ne travaillent pas ! », s’exaspère la fleuriste de Saint-André.
En matière de muguet, le 1er mai tournerait plutôt à la fête du travail au noir selon des professionnels : « Oui, la vente du muguet est libre, alors pourquoi devrions-nous fermer alors que dans le même temps des gens peuvent vendre du muguet à l’extérieur, en ne payant aucune charge, alors que nous qui sommes ouverts toute l’année, on paie notre loyer, on paie nos frais, on paie tout, mais quand il s’agit de travailler, on ne peut pas », fustige la fleuriste.
« Tout le monde peut vendre du muguet le 1er mai… sauf les fleuristes ! », dénonçait à l’unisson la Fédération française des artisans fleuristes (FFAF) dans un récent communiqué, en chiffrant au passage à près de 20 millions d’euros les achats de muguet à l’occasion du 1er mai.
Une règlementation floue et mal connue
Un jour férié autour duquel la réglementation en matière de travail reste floue pour beaucoup. En fait, si les gérants de commerces, comme les boulangeries et les fleuristes, peuvent ouvrir leurs portes, ils n’ont pas le droit de faire travailler leurs salariés. Même volontaires et payés double en ce jour particulier, avec jour de récupération en prime. Le 1er mai est obligatoirement chômé et payé pour tous les salariés, sauf dérogations (transports publics, hôpitaux, forces de l’ordre, médias…).
Et les amendes sont salées pour ceux qui bravent l’interdiction : jusqu’à 750 euros par salarié concerné et 1 500 euros s’il s’agit d’un jeune de moins de 18 ans. Vivienne pourra donc ouvrir son commerce ce jeudi, mais sans son employée, qui était pourtant volontaire selon elle. Une possibilité que beaucoup de boulangeries n’auront pas. Impossible pour un boulanger de cuire son pain et de tenir la boutique en même temps. Beaucoup devraient donc baisser le rideau.
« La loi empêche les salariés de travailler, si la famille est nombreuse et permet de suppléer, pas de problème ; sinon c’est compliqué », résume le président de la Fédération régionale des artisans boulangers-pâtissiers DROM-COM, Norbert Tacoun. S’ajoute le risque du contrôle, ce qui aurait été le cas pour plusieurs boulangeries de l’île l’an dernier selon le professionnel, avec des amendes à la clé.

« Et le Salon de la maison ? »
Le boulanger dénonce une injustice : « Jeudi, des stations-service seront ouvertes et leurs salariés pourront vendre du pain, le Salon de la maison ouvre ses portes avec des employés qui vont travailler, même chose pour la Foire de Paris, mais nous, non ». Reprenant une célèbre citation de Georges Pompidou, il appelle l’État à « arrêter d’emmerder les Français, qu’on nous laisse travailler ». Président de la Chambre de métiers, Bernard Picardo va dans le même sens : « Les salariés doivent pouvoir avoir le choix, la loi doit évoluer ».
C’est le sens d’une proposition de loi déposée au Sénat visant à autoriser l’ouverture volontaire des boulangeries et des fleuristes le 1er mai, tout en garantissant le respect des droits des salariés. Elle a déjà reçu le soutien de la ministre du Travail, Catherine Vautrin. Reste à savoir si elle obtiendra le soutien de la majorité des députés.


