Revenir à la rubrique : Société

De l’alcool à la caserne : le SDIS ouvre une enquête

Ecrit par P.M. – le vendredi 29 août 2025 à 18H56

Une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux crée l’embarras chez les pompiers. On y voit des soldats du feu fêter le départ à la retraite de collègues dans la caserne avec de l’alcool sur les tables. Or, la consommation d’alcool est strictement interdite dans les centres de secours. L'image suscite la polémique au sein même du SDIS.

Attention, sujet sensible. Et c’est pour ne pas ternir le départ à la retraite des soldats du feu concernés, connus pour leur professionnalisme et leur dévouement pendant des décennies au service des Réunionnais, que nous ne citerons pas le centre concerné.

Mais chez les pompiers, tout le monde sait de quelle caserne il s’agit. De l’un des principaux centres de secours de l’île, en fête il y a une semaine, pour le départ à la retraite de deux des leurs.

Le problème apparaît furtivement sur des vidéos qui circulent depuis sur les réseaux : une grande table sur laquelle trônent des bouteilles de whisky, de rhum, de vin, de bière ou encore ce qui ressemble à un saladier rempli de punch.

Une fête organisée au sein de la caserne, dans le grand hangar. Une grande table que l’on devine à l’arrière laisse à penser que tout le monde était invité, garde comprise. Sans pouvoir affirmer ou non si les pompiers de permanence ont, eux aussi, levé le coude…

On ne défend pas l’indéfendable

Pour un pompier interrogé, les images sont inacceptables : « Le message est clair : c’est tolérance zéro. Tu peux boire chez toi, mais pas dans la caserne. L’alcool est à bannir des centres de secours. Si on laisse faire, c’est la porte ouverte à n’importe quoi ».

Même son de cloche pour Michel Gonot, président de la section départementale d’Avenir Secours, majoritaire : « La réglementation est simple : on peut faire la fête, mais sans alcool. La consommation et l’introduction d’alcool sont interdites dans les services et les centres. On ne peut pas défendre l’indéfendable ».

Une règle inscrite depuis 2016

Depuis juin 2016, le règlement intérieur du SDIS interdit en effet toute boisson alcoolisée sur le lieu de travail. Une note de service de 2018 rappelle également que des dépistages et fouilles peuvent être réalisés. Cette réglementation faisait suite à « plusieurs signalements de personnels incommodés par des collègues consommant de l’alcool pendant leur garde, voire conduisant sous l’emprise de l’alcool ».

« L’alcool circulait dans les casernes. Ça a fait beaucoup de mal à la profession et il a fallu des années pour en sortir. Si on fait rentrer à nouveau l’alcool dans les centres, on a tout faux », s’inquiète un pompier.

Un officier abonde : « Même sans dérives immédiates, c’est justement pour les éviter qu’on interdit l’alcool. Le risque, c’est de ternir l’image de la profession, alors que l’on se bat pour qu’il y ait zéro alcool dans les casernes ».

Les vieilles habitudes ont la peau dure

Certains pompiers estiment que l’alcool reste encore « trop présent, ici comme dans l’Hexagone. Les vieilles habitudes ont la peau dure ».

Le règlement, lui, ne souffre aucune ambiguïté : « Le taux d’alcoolémie pendant les temps d’activité au centre, en manœuvre ou intervention est de 0 gr/l de sang », rappelle le livret d’accueil des sapeurs-pompiers volontaires.

En cas de taux de gamma GT anormal lors d’une visite médicale, l’agent est déclaré inapte opérationnellement et contrôlé tous les trois mois, jusqu’à normalisation.

Une direction sur la défensive

Le directeur du SDIS, Frédéric Léguillier — sur le départ — a réagi en marge d’une visite à Salazie : « Je n’ai eu aucune information de personnes en ébriété, y compris de garde. On va regarder cela de près avec le chef de centre et recadrer si besoin. Mais je suis étonné que ce genre de choses circulent ».

La présidente du SDIS, Sophie Arzal, dit n’avoir pas été informée de la fête, ni de la présence d’alcool. Elle annonce qu’une enquête interne va être « immédiatement diligentée afin de faire toute la lumière sur les circonstances de cet événement ».

Dans le même temps, elle déplore que « ce moment festif, à l’occasion du départ à la retraite d’un agent ayant servi 41 ans, fasse aujourd’hui l’objet de critiques, y compris en interne. Le fait que certains choisissent de transmettre ce type de vidéo à la presse interroge sur leurs intentions ».

Le règlement intérieur en "réécriture"

Pour l’ancienne pompier volontaire, " ces rassemblements, lorsqu'ils sont encadrés et respectueux des règles, participent à la cohésion des équipes et à la reconnaissance du parcours professionnel. Ils font partie de la vie collective et du lien humain ».

Elle précise que le règlement intérieur, actuellement en réécriture, « intégrera des dispositions spécifiques pour encadrer plus clairement ce type d’événements internes et prévenir toute ambiguïté. La consommation d’alcool dans les enceintes opérationnelles est strictement interdite et ne saurait être tolérée. Des mesures appropriées seront prises si nécessaire ».

Les réseaux sociaux dans le viseur

Pour le syndicaliste, cette affaire pose aussi la problématique “de l’emploi des réseaux sociaux par certains agents du SDIS en situation de travail. Nous avons remarqué depuis quelque temps un certain nombre de débordements qui passent comme lettre à la poste alors même que les faits sont remontés au plus haut niveau hiérarchique”. 

À ses yeux, “il y a une grande hypocrisie, car lorsqu’une enquête administrative est ouverte et que les mis en cause sont protégés par leurs réseaux, les procédures avortent et de facto, il y a inégalités de traitement dans les affaires. Le pas de vague laisse la place à la fête du slip”.

Fermez le ban !

Etiquettes : Alcool | SDIS

Dans la même rubrique

0💬
Tri :