De Bellepierre à Gaza : le combat humanitaire de Yacine Haffaf

Il part de La Réunion pour rejoindre la grande Marche mondiale pour Gaza, prévue à travers le désert du Sinaï. Après deux précédentes missions humanitaires à Gaza, Yacine Haffaf, chirurgien à la retraite du CHU de Bellepierre, veut faire entendre, avec des milliers d’autres participants, une voix pacifique face à ce qu’il décrit comme "une faillite de l’humanité".
Ce mardi, Yacine Haffaf va quitter La Réunion pour l’Égypte. Ce chirurgien à la retraite, qui a exercé toute sa carrière au CHU de Bellepierre, va prendre part à un événement de portée mondiale : la Marche pour Gaza. Il s’agit d’un rassemblement de plusieurs milliers de personnes issues d’une cinquantaine de pays, réunies pour traverser à pied le désert du Sinaï jusqu’à Rafah, à la frontière de Gaza.
Une action strictement pacifique destinée à attirer l’attention de la communauté internationale sur la situation humanitaire dramatique dans l’enclave palestinienne. "L’idée, c’est que devant l’inaction, l’indifférence, voire la complicité des pays occidentaux, on ne peut pas rester sans rien faire. Le sentiment d’impuissance est crasse", explique le médecin réunionnais.
“C’est dantesque” : deux missions au cœur de Gaza
La mobilisation n’est pas nouvelle pour Yacine Haffaf. Depuis sa retraite, il a déjà effectué deux missions humanitaires à Gaza. La première a eu lieu en juillet 2024. Avec la Croix-Rouge internationale, il s’installe cinq semaines dans un hôpital de campagne à El-Mawasi, dans le sud de Gaza.
"J’étais secoué par l’arrivée massive de blessés. C’est de la médecine de guerre que je pratiquais. Les blessures touchaient aussi bien les femmes que les enfants. J’étais bouleversé."
Sa seconde mission, en décembre 2024, le mène cette fois dans le nord de Gaza, à l’hôpital Al-Khidma, avec l’ONG PalMed. Il reste deux semaines dans ce petit hôpital de 25 lits. Celui-ci était dans une zone fortement bombardée par l'armée israélienne. Les deux derniers étages du bâtiment, sur cinq, ont d'ailleurs été pulvérisés l'année dernière.

“Quand on est dans le nord de Gaza, on entend les drones plus fortement que dans le sud, où ils sont plus discrets. Dans le nord, ils étaient là, permanents, omniprésents. On les voyait, car ils volaient plus bas. La fréquence des bombardements était d’une toutes les 30 minutes. Toutes les demi-heures, le bâtiment tremblait. Les feuilles de plastique ont remplacé les vitres, soufflées à chaque explosion. C'est l'apocalypse, c'est dantesque.”
Ces expériences l’ont profondément marqué. D’autant plus qu’il a noué des liens personnels avec plusieurs blessés :
"J’ai gardé un lien avec les soignants et les blessés. Je reçois toujours des nouvelles. Je dois d’ailleurs revoir une femme que j’ai soignée et qui est actuellement au Caire. […] C’est la première fois que je garde un tel lien étroit avec les patients, je ne le faisais pas avant."

Une marche pour témoigner et résister
La Marche mondiale pour Gaza, à laquelle il s’apprête à participer, vise à rallier à pied la frontière de Rafah depuis la ville d’Al Arich, dans le Sinaï. Le départ collectif est prévu à la mi-juin. À ce jour, aucune autorisation officielle n’a encore été accordée par les autorités égyptiennes, mais les organisateurs insistent sur le caractère non violent et diplomatique de l’initiative.
"Cette grande marche va permettre de ramener des journalistes et des caméras du monde entier. […] Le but est de faire pression par médias interposés. C’est un mouvement pacifique pour contrecarrer le gouvernement israélien", résume-t-il.
Des milliers d’activistes, militants, humanitaires et citoyens engagés y prendront part, dans l’espoir d’obtenir l’ouverture permanente du terminal de Rafah, la fin des opérations militaires, le retrait des forces israéliennes et la reconstruction de Gaza.
"Depuis que j’y suis allé, la situation a empiré. C’est une faillite de l’humanité et on ne peut que le payer. […] On perd notre humanité dans les rues de Gaza. C’est inconcevable, inimaginable, mais réel."
Il n’y aura peut-être pas d’ouverture de passage à Rafah. Mais pour ce médecin qui a vu la guerre de ses propres yeux, l’essentiel est d’être là. D’occuper une place, de témoigner, de marcher et "pourquoi pas voir les portes de Rafah s'ouvrir."



