David Vital assiste en spectateur à son procès pour fraude fiscale, corruption et abus de biens sociaux

Hier, en réaction au rejet de la demande de renvoi de son procès présentée par son nouvel avocat, David Vital a gardé le silence tout au long des débats. Présent aux côtés de François Caillé et des autres prévenus, il assiste donc en spectateur à l’audience où il est jugé pour fraude fiscale, abus de biens sociaux et corruption.
Hier matin, David Vital, tenue noire décontractée, semble plutôt détendu à son arrivée au palais de justice de Champ Fleuri. Il est pourtant convoqué devant le tribunal judiciaire pour répondre d’une fraude fiscale massive à plus d’un demi-million d’euros, d’abus de biens sociaux pour près d’un million d’euros et d’une affaire de corruption portant sur quatre marchés publics. Le tout saupoudré de fausses factures en pagaille, de missions occultes d’influence et de blanchiment d’argent.
Dans ces conditions, la raison de son apparente décontraction réside peut-être dans l’atout sérieux qu’il croit avoir dans sa manche pour repousser de quelques mois encore ce procès, dont le parquet de Saint-Denis a pourtant fixé la date depuis le mois de septembre dernier. David Vital a en effet changé de stratégie de défense, il y a une dizaine de jours. Il a mis de côté Me Marie Briot, présente à ses côtés depuis le début de ses ennuis, au profit d’une star du barreau.
« Je ne parlerai pas jusqu’à la fin du procès sans sa présence »
Constitué au pied levé dans un dossier aussi tentaculaire, Me Franck Berton a fort logiquement fait une demande de renvoi. Raison pour laquelle David Vital a sans doute imaginé que son procès serait reporté. Examinée en début d’audience, la requête de Me Berton a provoqué des réactions très mitigées.

David Vital, habitué d’être maître du jeu, a immédiatement prévenu ses juges : « Sur les conseils de mon avocat, je ne parlerai pas jusqu’à la fin du procès sans sa présence ». « La ficelle est un peu grosse », a déploré une robe noire de la partie civile, tout en précisant que « la participation de David Vital, pierre angulaire de l’affaire, était nécessaire ». Tous se sont évidemment opposés à la disjonction du dossier.
« Votre tribunal est de nouveau l’otage des agissements de David Vital »
Pour sa part, la procureure de la République a déploré que le prévenu a estimé que « si ce choix est libre, il est éminemment dilatoire de la part de David Vital ». Pas dupe de la manœuvre, Véronique Denizot a ajouté qu’il « colore et correspond à sa personnalité ». La magistrate ne voit « pas comment on ne pourrait pas y faire droit car le droit au silence de David Vital priverait le tribunal d’éléments essentiels » à la manifestation de la vérité. Si la plupart s’en sont rapportés, un avocat de la défense a lâché avec un brin de perfidie : « Votre tribunal est de nouveau l’otage des agissements de David Vital. »
Contre toute attente et après en avoir longuement délibéré, la présidente du tribunal a finalement fait le choix de juger David Vital et ses coprévenus. Elle a motivé sa décision, prise en collégialité, par le fait que David Vital a bénéficié d’un avocat tout au long de la procédure, qu’il a pu s’exprimer et que les parties étaient avisées de la date d’audience depuis le début du mois de septembre. Sans compter qu’il s’agit d’un dossier complexe et que ce n’est pas le seul d’une telle ampleur qui est en attente devant la juridiction. « Le fait qu’il n’ait pas d’avocat ne doit pas perturber le cours de la justice », a-t-elle conclu sans ciller.
Des fonds occultes à hauteur de 993.786 euros
Une fois les quelques requêtes en nullité plaidées et jointes au fond, la présidente a brossé les grandes lignes d’une affaire à multiples facettes. Un dossier où l’on trouve trace d’une fraude fiscale massive et tous azimuts de la part de David Vital et de son fils Allan que ce soit en nom propre ou en qualité de dirigeants de la société Prométhée avec une absence de déclaration de TVA, de bénéfices ou de revenus… Des centaines de milliers d’euros ont ainsi échappé aux impôts de 2012 à 2024.
Lire aussi: Archive des affaires David Vital
Parallèlement, ladite société, créée en février 2021 et spécialisée dans le conseil aux entreprises et la vente d’objets publicitaires, a pourtant généré de colossales rentrées d’argent pour un montant de 993.786 euros en l’espace de deux ans. Le premier qui est invité à s’en expliquer à la barre est son président de droit. Le jeune Allan, 26 ans, est le fils aîné de David Vital.
« C’était de l’argent de poche que mon père me donnait ou que je ne prenais en fonction de mes besoins »
Cheveux courts et lunettes, le jeune homme ne fait pas illusion bien longtemps. « C’est à mon nom mais je n’ai rien géré et je ne sais pas ce qui s’est passé… », témoigne celui dont le costume est à l’évidence trop grand. Interrogé par la présidente, il ne sait rien ou presque des gains mirifiques engrangés par la boîte de papa. « Pourquoi avoir géré la société ? », demande la présidente. « Parce que mon père me l’a demandé et que je lui fais confiance. »
Il reconnait avoir touché 26.800 euros sur deux ans « en ne faisant rien ». « C’était de l’argent de poche que mon père me donnait ou que je ne prenais en fonction de mes besoins sur le moment… », admet-il. « Tout ça sans travailler », souligne la présidente. « A cette période, j’étais jeune et je ne me posais pas de question. »
« Ça m’est arrivé deux ou trois fois d’aller récupérer des enveloppes »
La présidente lui rafraichit tout de même la mémoire sur de menus services rendus à son père. « Vous avez déclaré avoir récupéré des espèces dans une station-service… » « Ça m’est arrivé deux ou trois fois d’aller récupérer des enveloppes mais je ne cherchais pas à savoir ce que c’était », indique le jeune Allan. « Que pensez-vous de tout cela avec le recul ? » « Je regrette d’avoir reçu cet argent. Je ne pensais pas que ça allait en arriver à là. »
Debout à ses côtés, David Vital se passe la main sur le front en silence, tenaillé sans doute entre l’envie de voler au secours de son rejeton et de respecter son vœu de silence. La présidente questionne le fils sur le métier de son père. « Que faisait-il ? » « Je ne sais pas. Je sais qu’il a travaillé à la Région à un moment et qu’il joue aux cartes. » « Pourquoi n’avez-vous pas déclaré vos revenus aux impôts ? », poursuit la présidente. « Je n’ai rien déclaré car mon père m’a dit qu’il allait le faire. »
« J’ai peut-être trop écouté le comptable… »
Après le fils, c’est au père de David Vital de se présenter à la barre. Pantalon de tergal et chemise à carreaux, Joseph Vital doit s’expliquer sur les sommes d’argent injectées dans la SCI familiale Clavit pour financer l’achat de l’appartement de luxe de 300 m2, occupé par David. Il s’agit pour partie de fonds propres de la société Prométhée, provenant d’abus de biens sociaux, à hauteur de 246.428 euros. Mais aussi de chèques sans ordre remis par une entreprise de fabrication de portes et fenêtres à hauteur de 25.800 euros ou de la société d’électricité de l’Est dont le gérant était un grand pourvoyeur de fausses factures au service de David Vital.

Le patriarche, qui préside toujours la SCI, semble dépassé par les événements. Il se défausse sur son comptable qui lui a dit « de mettre la société Prométhée dans la SCI pour acheter l’appartement et qui a monté le dossier ». Et de préciser : « Moi, je ne me suis occupé de rien. J’ai juste signé. » « Vous vous êtes tout de même engagé financièrement », lui oppose la présidente. « Si j’avais su que ça n’était pas normal, je ne l’aurais pas fait. J’ai peut-être trop écouté le comptable… »
« Comme le loyer tombait, je ne regardais pas… »
Concernant les chèques versés par d’autres sociétés pour payer le loyer de son fils, il ignore tout là encore de cette pratique délictueuse. « Comme le loyer tombait, je ne regardais pas… », se défend celui qui a été pendant des années le trésorier de la ligue de football. Le tribunal découvre qu’il n’est d’ailleurs pas si novice en matière de gestion puisqu’il explique avoir été employé à la CGSS, chargé d’instruire les dossiers des entreprises réunionnaises. Tout en ayant mis la gérance de deux sociétés dans les mains de tierces personnes à l’époque où il faisait commerce d’alcool et de gadgets et qu’il ne pouvait pas cumuler ces activités avec son emploi.
Poursuivant l’instruction du dossier, la présidente égrène la liste des versements opérés par des chefs d’entreprise, simples joueurs de poker ou à l’affût d’un renvoi d’ascenseur de la part de David Vital. Des sommes allant de quelques milliers d’euros à près de 200.000 euros en ce qui concerne le groupe Caillé ou le constructeur de portes et fenêtres dont l’espoir était de conserver ses marchés remportés auprès de la SHLMR. Au beau milieu de cette farandole de versements plus ou moins troubles, David Vital met un coup de canif dans le pacte de silence qu’il a promis de respecter à la lettre.
« Au moment voulu, je vous apporterai les preuves que les gens de la CRPC vous ont menti… »
Tendu comme un arc et les deux poings posés sur la tablette du pupitre de la barre, il craque et prend la parole.« Au moment voulu, je vous apporterais les preuves que les gens de la CRPC (les 17 cadres et chefs d’entreprise jugés en plaider-coupable) vous ont menti… », prévient David Vital. Il accuse au passage le commandant de police, venu témoigner de son enquête dans la matinée, d’avoir« menti au sujet de Caillé ». Puis, il se reprend : « Mais je n’ai pas envie de parler trop… » Il conclut en annonçant qu’il y a « beaucoup de vices de procédure et de mensonges dans le dossier. » Dans la salle d’audience, tout le monde retient son souffle dans l’espoir que David Vital déballe sa vérité. Mais il n’en dira pas davantage.
« J’ai commis une erreur puisque la facture transmise n’est pas la bonne »

Joseph Bréma, ex président du directoire d’Air Austral, est le dernier prévenu de la journée à s’avancer à la barre. Il doit s’expliquer sur la fausse facture à 37.975 euros émise par une société d’électricité et réglée par la filiale Mascareignes Développement (MADEV), en lieu et place de la compagnie et au profit de David Vital qui n’est alors plus sous contrat. Comme il l’a fait au cours de l’enquête, le retraité joue sur les mots. Il a bien donné « le Bon à payer » (BAP) mais il soutient ne pas avoir validé le paiement de cette fausse facture. « Le BAP permet de donner un visa pour le traitement comptable de la facture », ergote-t-il. Il dit du bout des lèvres « avoir commis une erreur puisque la facture transmise n’est pas la bonne ».
Dominique Dufour m’a « donné sa parole et confirmé que David Vital a le réseau »
A entendre Joseph Bréma, il s’agit d’un arriéré de prestations de service que la compagnie Air Austral devait à David Vital. Le souci est que le contrat en question remonte à l’année 2014 et que la fausse facture vise des travaux d’entretien de 2021-2022. Joseph Bréma explique qu’il s’est fié à l’avis de Dominique Dufour, parti d’Air Austral en juin 2022.
Contacté par ses soins, celui qui est désormais préfet lui a « donné sa parole et confirmé que David Vital a le réseau, qu’il est influent et qu’il a été et qu’il peut être utile à Air Austral ». La parole d’un préfet étant d’or, il dit encore « avoir eu la conviction que David Vital a réalisé des travaux pour l’entreprise ».
« Je n’avais aucune dette vis-à-vis de David Vital »
Faisant preuve d’un zèle incroyable, Joseph Bréma va même jusqu’à faire un nouveau contrat à David Vital en novembre 2023, antidaté au mois de février. « Pour purger le passé », précise-t-il. « Quel était votre intérêt personnel dans cette affaire ? Etiez-vous débiteur envers David Vital de quelque manière que ce soit ?», cherche à savoir la procureure. « Je n’avais aucune dette vis-à-vis de David Vital et il n’a rendu aucun service à Monsieur Bréma », persiste-t-il en parlant de lui à la troisième personne.
David Vital serait-il intervenu auprès d’un patron de presse alors qu’il était à l’époque sous la gouttière d’un journal ? « Les rencontres avec les journalistes, c’était seulement pour parler d’Air Austral… » Impossible d’avoir le fin mot de l’histoire sauf peut-être si David Vital se mettait vraiment à table un jour. Mais ça ne semble pas pour aujourd’hui ni pour demain.


