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Cyclone Jenny, aussi soudain que meurtrier

Si l’alerte violette existait à cette époque-là, Jenny aurait baptisé le niveau ultime caractérisant la puissance d’un cyclone. Jenny a ravagé La Réunion le 28 février 1962 et peu de Réunionnais peuvent dire qu’ils ont vécu son passage, ou alors ils en gardent une mémoire d’enfant. Alors que l’alerte en vigueur nous oblige à rester confinés, replongeons-nous dans les heures d’angoisse vécues par nos parents, grands-parents ou arrière-grands-parents à travers le récit haletant de Sabine Thirel publié dans les premières années de votre site préféré en 2010.

Ecrit par L.G. – le lundi 15 janvier 2024 à 11H40

L’île de La Réunion s’est trouvée à plusieurs reprises sous l’effet de cyclones de grande force. Au XXe siècle, les « gramounes » se souviennent de ceux de 1932 et 1948. Le 28 février 1962, un nouveau cyclone frappe l’île. Le cyclone Jenny se déplace à une vitesse de 35 km/h avec des vents dépassant 250 km/h et des rafales de 280 km/h. En deux heures, il dévaste entièrement l’île.

Lorsque le cyclone « Jenny » se forme vers Diego Garcia le 25 février 1962, personne ne peut s’imaginer que trois jours plus tard, il s’abattrait sur La Réunion. Dans l’océan Indien, les rares postes d’observation ne relèvent pas encore la position et l’importance des cyclones. Le 27, la dépression Jenny, devenue cyclone intense de faible diamètre, frôle Rodrigues mais descend droit sur Maurice et La Réunion. Le cyclone se déplace à 35 km/h, ce qui est une vitesse exceptionnelle. Quand l’île Maurice est placée en alerte à 4 heures du matin, à La Réunion rien n’est encore signalé.

Lorsque le 28 février 1962 à 7h30, la RTF diffuse le bulletin météo, il est déjà trop tard. Les Réunionnais sont partis au travail. Les pêcheurs sont en mer. Une chance que les écoles soient encore fermées, la rentrée est fixée au 1er mars.

Dans les cas de tempête, le « vieux Créole » a l’habitude de regarder le ciel ou la mer, mais là, aucun des signes habituels n’a été aperçu. Dans la mer, pas de rouleau qui  frappe la côte violemment, pas de vent chaud irrégulier ; pas de halo autour de la lune ou du soleil pendant ces derniers jours ; pas de ciel flamboyant non plus au lever et au coucher du soleil. Personne n’a remarqué si la veille les animaux se terraient et restaient silencieux ou si l’air était chaud et lourd. Le calme avant la tempête n’a pas eu lieu dans le cas du Cyclone Jenny.

A 10 heures, le ciel est bleu et la mer calme, Jenny est pourtant à une centaine de kilomètres. A 10h30, un nouveau bulletin de la RTF annonce le passage du cyclone sur La Réunion en milieu d’après-midi. Au troisième bulletin d’alerte météo de 11h20, le vent souffle en rafales sur l’île. Ce bulletin annonce le passage de Jenny en début d’après-midi. A cette époque, seule la radio peut donner des informations rapides à la population.

Entre 12h30 et 12h50, le cyclone s’abat véritablement sur l’île. Jenny, qui se compose de plus de vents que de pluie, emporte tout sur son passage. Alertée trop tardivement, la population n’a pas le temps de se protéger. Elle se trouve prise au dépourvu dans la tempête.

Soudain, le vent se renforce brusquement. Les rafales montent jusqu’à 280 km/h. Rapidement, le centre météorologique et les instruments de mesure sont détruits. Cependant, le minimum de pression atmosphérique relevé à Gillot est de neuf cent cinquante-quatre millibars. Lorsqu’à 13h30, le temps se calme, ce n’est que le passage de l’œil du cyclone. Un instant plus tard, les vents contraires soufflent de nouveau. Le météore traverse l’île en moins de 2 heures s’éloignant aussi vite qu’il est venu.

37 morts et 150 blessés

Le bilan est très lourd. La région Est est particulièrement dévastée, surtout le long de la côte où une énorme vague de fond a tout balayé sur son passage. On relève 37 morts et 150 blessés, disparus en mer, retrouvés sous les décombres de leurs maisons ou emportés par le raz-de-marée. L’énorme vague a emporté le toit de l’église de Champ Borne et englouti le village des « Galets » situé entre Sainte-Anne et Saint-Benoit. Dans l’île, plus de 4000 maisons qui en 1962 étaient vétustes et modestes sont détruites. Ainsi, 13000 personnes se retrouvent sans abri. Même si les pluies n’ont pas été très fortes, les radiers sont submergés et de nombreux ponts en bois sont emportés. Le vent, pour sa part, a fait de terribles ravages, surtout de Saint-Benoît à Saint-Paul. Contrairement au réseau routier sur lequel des véhicules ont été renversés, le réseau ferroviaire a souffert. Les locomotives et des wagons ont été renversés. ..

Le pylône métallique du Barachois, antenne de la radio, s’est effondré. Plus aucune émission radio n’est possible. Lorsqu’ils ne sont pas déracinés, les arbres sont brisés et effeuillés. Dans l’intérieur des terres, les plantations ont été gravement touchées. Même la canne, supposée résistante, est dévastée. L’ensemble des cultures vivrières, maraîchères et fruitières, est perdu.

Jenny vient à peine de passer que les polémiques enflent entre le préfet Perreau-Pradier et le chef du service météorologique mais aussi la presse d’opposition cherchant un responsable qui va accuser les pouvoirs publics d’avoir tarder à déclencher l’alerte.

Sources:
Mémorial de La Réunion – Henri Maurin – Jacques Lentge- TOME VI- P. 480-488-Dictionnaire illustré de La Réunion

Belal sera-t-il le cyclone Firinga ou Jenny de 2024 ?

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