Crise de l'eau à Mayotte : Une plainte pour empoisonnement en préparation

Plus de 600 personnes seraient abonnées au groupe WhatsApp du collectif Mayotte à soif, créé en fin d'année dernière pour mettre la pression sur l'État et le contraindre à réagir face à la colère des habitants confrontés, quotidiennement, à la galère de la crise de l'eau.
Parmi ces abonnés, certains citoyens ont décidé d'avoir recours à la justice pour tenter de rétablir le droit à l'accès à l'eau potable. Si la requête du collectif visant à la mise en œuvre d'un plan Orsec de l'eau a été définitivement balayée par le Conseil d'État le 26 décembre, un jugement rendu le 8 décembre par la Chambre civile de Mamoudzou pour trois membres du collectif s'était auparavant révélé plus favorable : la Société Mahoraise des Eaux (SMAE), filiale de Vinci Construction Dom Tom, avait été sommée d'accorder une réduction de 70% sur la facture d'eau des plaignants (et ce jusqu'au rétablissement de l'approvisionnement continu) et de leur verser 1.000 euros au titre de préjudice moral, ainsi que 3.000 euros au titre de l'article 700 du code civil.
Les trois familles mahoraises ont en revanche été déboutées par la Chambre civile de leur demande faite à la SMAE de leur livrer des bouteilles d'eau à domicile. Racha Mousdikoudine indique qu'un appel a été formulé au Tribunal de justice pour contester cette décision.
« On a fait appel parce que la décision ne nous donne pas de l'eau, et nous ce qu'on veut, c'est de l'eau chez nous. Je travaille, quand j'arrive au boulot, il faut que j'amène ma bouteille d'eau. Quand on rentre, il faut aller chercher son pack d'eau. C'est un investissement financier aussi, on est quatre à la maison. Il faut courir dans les magasins, c'est épuisant, c'est tous les jours », confie la porte-parole du collectif.
Ce lundi 8 janvier, l'AFP a révélé que des citoyens mahorais avaient déposé plainte au parquet de Mamoudzou le 28 décembre contre le Syndicat intercommunal d'eau et d'assainissement de Mayotte (SIEAM) et contre son délégataire, la SMAE, en arguant des risques encourus pour leur santé. Les alertes de l'ARS sur des teneurs en plomb élevées dans de nombreuses zones de l'île le mois dernier ont semé la panique dans de nombreux foyers.
« Ce sont des membres du collectif qui ont déposé plainte contre le syndicat et la SMAE. La même démarche a été effectuée en Guadeloupe et on attend d'avoir des premières jurisprudences », livre Racha Mousdikoudine, en soulignant la difficulté, pour de nombreuses familles, de recourir à la justice « dans le département le plus pauvre de France ».
L'association créée dans le sillage du collectif Mayotte a soif n'étant pas en mesure de porter une plainte collective, les recours à la justice de petits groupes pourraient bien se multiplier. Racha Mousdikoudine indique ainsi qu'une nouvelle plainte au pénal, cette fois « pour empoisonnement », est en cours de constitution et ne viserait cette fois qu'une seule cible, qu'elle ne souhaite pas nommer pour le moment.
À Mayotte, la récente annonce des autorités sanitaires selon laquelle les pollutions au plomb sont liées à des robinets non conformes à la législation ne semble pas avoir tempéré l'inquiétude de nombreux habitants. « On est en France et on n'a aucune information, c'est choquant. On ne sait rien sur ces robinets et il semble que certains soient utilisés pour des lieux publics. S'il y a du plomb, des matières fécales, alors faire bouillir l'eau ne sert à rien. Des vies sont en jeu », clame la porte-parole du collectif.


