[Communiqué] Place Publique : Maîtrisons l’avenir de notre île, pour un aménagement concerté de notre territoire

Dans une tribune adressée aux élus et à la population réunionnaise, Joël Personné, représentant de Place publique, alerte sur les dangers d'une application rigide de la trajectoire Zéro Artificialisation Nette (ZAN) à La Réunion. Il appelle à une coconstruction des politiques d’aménagement, adaptée aux spécificités locales.
Le communiqué :
Le mercredi 4 juin, la présidente de Région a convoqué les maires de la Réunion au sein de la CESAR (Commission élargie du Schéma d’aménagement de la Réunion) afin de se prononcer sur la trajectoire ZAN (Zéro Artificialisation Nette). Celle-ci a pour objectif de limiter jusqu’à interdire, à terme, toute ouverture à l’urbanisation des espaces naturels, agricoles et forestiers (ENAF). Cette décision est particulièrement engageante, car elle vise, à terme, à geler une partie importante du territoire réunionnais, et ainsi contraindre sa capacité d’adaptation aux évolutions démographiques, sociales et économiques du territoire. Dans le contexte climatique, la démarche est indiscutablement nécessaire et légitime. Toutefois, la précipitation avec laquelle on demande aux élus locaux de prendre position, peut nous interroger, alors même que cette décision est déconnectée de la révision du Schéma d’Aménagement Régional (SAR).
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Ce rendez-vous, présenté comme un moment démocratique, engage l’avenir de notre île sur une voie qui mérite d’être débattue, expliquée, et surtout adaptée à nos spécificités.
Loin de toutes démarches de coconstruction, d’une véritable approche « bottom-up », les choix qui nous sont proposés sont très éloignés du travail résultant des échanges avec les maires et les intercommunalités. À croire que cette concertation préalable ne se voulait qu’un simulacre de démocratie et que la Région a préféré une approche inverse, descendante, imposant au territoire réunionnais une vision théorique et dogmatique incompatible avec la réalité démographique de notre ile. Et, ce, qu’il s’agisse d’habitat, d’économie, de mobilité, d’agriculture ou d’énergie.
La trajectoire ZAN, telle qu’elle est aujourd’hui présentée, s’appuie sur un principe radical de densification de la tache urbaine, (100 logts/ha). Elle ne tient pas compte de la réalité des besoins des Réunionnais, de leur mode de vie, ni de la capacité réelle de nos villes à absorber une telle densité, qu’il s’agisse d’habitat, de développement économique, du foncier nécessaire aux mobilités et à l’autonomie énergétique de la Réunion.
Lors de la CESAR, il est attendu des élus qu’il retienne une trajectoire arithmétique, abstraite, qui vise à limiter drastiquement toute nouvelle artificialisation des sols, avant même d’arrêter une stratégie globale d’aménagement de nos territoires et de renouvellement de nos villes.
Ce choix de la densification à marche forcée, sans accompagnement, risque de fragiliser encore davantage les centres urbains et les quartiers déjà sous pression, et de rendre impossible toute amélioration réelle du cadre de vie. Où sont les espaces verts, les parcs, les équipements publics indispensables à une ville dense et vivable ? Où est la stratégie de renouvellement urbain qui devrait, avant toute densification, renforcer nos villes, réhabiliter l’existant, et offrir de nouvelles perspectives à nos quartiers ?
Mais au-delà du fait d’imposer une Ville réunionnaise insupportable, cette stratégie, non maitrisable, participe à un risque de pénurie de foncier constructible et à une explosion des prix incompatible avec les enjeux de la Réunion en matière d’Habitat.
Par ailleurs, les questions de mobilité auxquelles les Réunionnais sont confrontés quotidiennement semblent abordées de manière incohérente.
Seul le projet unique du RRTG, véritable arlésienne, adossé à la Route des Tamarins, serait l’armature du potentiel d’urbanisation nécessaire à une croissance démographique incompressible. Ce, en dépit de la réalité des bassins de mobilité et de la réalité des usages. Or, un seul mode de transport, aussi ambitieux soit-il, ne peut pas répondre à la géographie même de notre île et au nécessaire équilibrage des territoires, particulièrement entre les Hauts et la bande littorale. Nous le savons tous intuitivement, seule, la mise en œuvre d’un plan de mobilité cohérent avec l’armature urbaine et rurale existante permettra de garantir la mobilité, l’accessibilité, la qualité de vie, le mode de vie et le bien-être de tous les habitants.
Mais, le plus inquiétant, c’est que cette logique ZAN, appliquée de manière uniforme, prive nos bourgs et petites villes rurales de toute opportunité de développement. Les territoires ruraux, déjà confrontés à la désertification et au vieillissement, se voient interdire toute capacité à renforcer leur attractivité, à accueillir de nouveaux habitants, à développer des activités compatibles avec l’agriculture et l’économie locale. Cette approche menace directement la vitalité de notre filière agricole. Celle-ci doit engager, en urgence, une stratégie de diversification qui a nécessité une main d’œuvre engagée, des logements adaptés, des infrastructures de transformation agroalimentaire. À terme, c’est l’équilibre même de La Réunion qui est en jeu, avec le risque de voir s’accentuer les fractures entre zones urbaines saturées et campagnes délaissées.
Il ne s’agit surtout pas de :
- Défendre l’étalement urbain qui défigure la Réunion depuis les 30 dernières années,
- Nier l’urgence écologique et la nécessité de protéger nos espaces naturels et agricoles qui sont l’âme de notre île,
- Rejeter le principe d’une meilleure gestion de nos terres,
Il s’agit de rappeler que :
- La Réunion n’est pas un territoire comme les autres. Ses contraintes, son histoire, sa géographie, ses besoins spécifiques exigent une trajectoire ZAN adaptée, construite avec les élus locaux, les acteurs économiques, les citoyens, sur la base de principes d’aménagement qui prennent en compte l’ensemble des enjeux et défis que la Réunion de demain devra affronter.
- Une stratégie de limitation de l’artificialisation des sols est nécessairement la conséquence d’une stratégie d’aménagement du territoire en réponse aux défis et enjeux que celui-ci doit affronter. Et non l’inverse.
- La densification ne peut pas être un dogme. Elle doit être un projet partagé, pensé avec et pour les Réunionnais, intégrant une stratégie de mobilité multimodale, des espaces publics de qualité, et une attention particulière à la ruralité.
Refusons une trajectoire imposée d’en haut, déconnectée de nos réalités. Ne laissons pas les technocrates nous priver de notre avenir.
Exigeons un vrai débat, une véritable coconstruction, et faisons entendre la voix d’une île qui veut maîtriser son avenir, dans le respect de ses équilibres et de ses habitants.
Le SAR, la trajectoire ZAN, ne doivent pas être des outils, dogmatiques, de contrainte, mais des leviers pour un développement harmonieux, durable et inclusif de La Réunion.
Ensemble, refusons la résignation et ouvrons le débat pour un aménagement qui nous ressemble et nous rassemble.
Joël Personné
Place publique


