Revenir à la rubrique : Faits divers

Cité des dirigeants : procès renvoyé suite à une requalification des faits

Ecrit par Julien Delarue – le jeudi 3 octobre 2024 à 11H35
Le projet avait été soutenu par la CINOR et la CIVIS (DR)

Dans l’épineux dossier de la Cité des Dirigeants, un renvoi a été acté à juin 2025. La raison ? Une requalification par le parquet des faits d’escroquerie en détournement de fonds publics.

Surprise à la cour d’appel de Saint-Denis. Le procès en appel de la Cité des Dirigeants a été renvoyé au 19 juin 2025.

Le parquet a procédé à une requalification des faits reprochés aux différents auteurs. Un choix réfléchi pour examiner le dossier sous un angle nouveau, celui du détournement de fonds publics, et non plus simplement de faits d’escroquerie.

De quoi faire réagir les avocats des différents prévenus présents dans la salle : Christophe Di Donato, Michel Fontaine, Gerald Maillot. Tous les trois appelés à la barre.

« On passe d’une peine qui va du simple au double » rappelle à la cour Me Akhoun, avocat de Christophe Di Donato, seul auteur à avoir été condamné en première instance. « J’ai des réserves sur cette requalification des faits », poursuit-il.

« C’est une tentative désespérante de sauver un dossier. Au dernier moment, en appel, de requalifier les faits », ajoute Me Akhoun. À ses côtés, Christophe Di Donato ne cache pas son amertume après cinq années de procédure qui se prolongent sous un autre angle. Car cette décision fait peser le risque d’un doublement de la peine maximale encourue : 5 à 10 ans de prison.

Pour Me Brossollet, avocat de Michel Fontaine, on n'hésite pas à parler de décision « fantaisiste ». « Il est très rare de changer de qualification avant l’appel. » Car les faits initiaux d’escroquerie avaient été arrêtés à l’issue de l’enquête et après analyse initiale du parquet. « Le parquet est passé à côté. Cette méconnaissance du dossier malmène mon client. »

Cette décision de la requalification des faits a été communiquée aux avocats la veille de l’audience. Une décision obligeant à un renvoi, sans opposition.

Un projet prometteur destiné aux chefs d'entreprise financé par des fonds publics

Sur le papier, c’était un projet prometteur financé par des chefs d’entreprise et deux collectivités, la CINOR et la CIVIS. Mais dès sa deuxième année d’existence, La Cité des dirigeants s’est avérée être un fiasco financier.

Pour tout savoir sur l'affaire : Cité des Dirigeants : Retour sur l’enchainement qui a abouti à un fiasco judiciaire

Pour comprendre ce qui leur était reproché, il faut remonter à 2017. Christophe Di Donato, président de la holding GBO comprenant un cabinet d’influence et des activités de coaching et de formation, avait eu la séduisante idée de créer à La Réunion un « hub de l’innovation réunionnaise à rayonnement international », plus connu sous le nom de Cité des dirigeants.

Bien implanté dans le monde des affaires, le quinquagénaire n’avait eu aucun mal à convaincre une partie du monde économique péi de participer financièrement à la création d’une école de dirigeants basée sur le modèle américain de l’université d’Harvard : le centre de perfectionnement aux affaires (le CPA). Le projet s’est avéré être un fiasco.

Lire aussi : Le procès en première instance en live

L’idée reposait sur l’association du monde économique et politique et beaucoup ont mis la main à la poche à l’instar de François Caillé, Pascal Thiaw Kine ou Adam Ravate. Moyennant un taux de participation suffisant à la formation et son financement via l’Agefos, les dirigeants tablaient sur un retour sur investissement dès la deuxième session de formation. Convaincues par l’idée, la CIVIS et la CINOR étaient à leur tour devenues contributrices et avaient largement participé au montage financier de la « SAS Cité des dirigeants » transformée en une SCIC, Société Coopérative d’Intérêt Collectif, qui permet de porter l’intérêt collectif de plusieurs acteurs économiques autour d’un projet économique commun.

La CIVIS et la CINOR investissent 700 000 euros chacune

La SCIC avait ainsi reçu près de 700.000 euros de la part de chacune des deux collectivités pour constituer le capital de départ. Elles estiment aujourd’hui avoir été flouées.  Mais au milieu de sa deuxième et dernière année d’existence, la formation CPA s’arrête en cours de route, Agefos ayant limité sa prise en charge à cinq dossiers contre une trentaine prévue. Les dépenses de fonctionnement dépassant largement ses recettes, La Cité des dirigeants s’enfonce. Quelques mois plus tôt, Christophe Di Donato alors atteint d’une tumeur au cerveau, avait quitté le navire.

Le travail d’un commissaire aux comptes révèle alors un salaire de 10.000 euros par mois pour le président et des notes de frais qui interrogent. Au total, l’homme d’affaires est soupçonné d’avoir dépensé la moitié du capital – 1,4 million d’euros – de la société à des fins personnelles et une partie du reste pour régler les salaires élevés de ses collaborateurs et des facturations à sa propre holding GBO. Un signalement au procureur de la République déclenche une enquête en février 2020.

En première instance, la procureure de la République avait requis pour Christophe Di Donato, 4 ans de prison avec sursis probatoire, l’interdiction de gérer et la saisie de ses avoirs soit environ 123.000 euros. Pour Gérald Maillot, 3 ans de prison avec sursis, une interdiction d’exercer dans la fonction publique et une inéligibilité de cinq ans et pour Michel Fontaine, deux ans de prison avec sursis, cinq ans d’inéligibilité et d’interdiction d’exercer dans la fonction publique avaient été requis.

Mais au final, le tribunal a relaxé Christophe Di Donato des faits d'escroquerie, d'abus de biens sociaux, d'abus de pouvoir à des fins personnelles. L'homme d'affaires avait écopé pour le reste des poursuites à son encontre à 6 mois de prison avec sursis et 10.000 euros d'amende. Les autres protagonistes avaient tous été relaxés.

Alors que le procès en appel devait se tenir ce jeudi, il a été renvoyé. Le parquet a procédé à une requalification des faits : le dossier sera examiné le 19 juin prochain sous l'angle du détournement de fonds publics, et non de faits d’escroquerie.

Etiquettes :

Dans la même rubrique

0💬
Tri :