Chronique ordinaire au pays des RSAstes

Le 20 décembre, c'est sacré ! Contre le chômage, l'illettrisme, les inégalités et la pauvreté, bien endémique de chez nous, rien de tel en ce jour, qu'un bon vieux kabar. A quand le classement de la misère au Patrimoine mondial ? Et comme notre élite politico-administrative locale, dite gros zoizeaux, n'est pas avare, dans certaines villes (soyons fous!), c'est trois jours de fêtes. Des affiches et des pub partout, en veux-tu en voilà, le 20 désamb c'est zot fête, oté ! Noël en avance, mais dommage un seul jour férié !!
Aux futurs candidats, dans votre programme pensez à inscrire 3 jours chômés pour cette commémoration, en plus de la tralée de promesses pour lutter contre le chômage. Ça ne mange pas de pain et ça fait toujours plaisir d'y croire. Mais 163 ans après, un petit bilan, non exhaustif, s'impose quand même pour se rendre bien compte de ce qui a changé depuis l'abolition de l'esclavage. Pour cela, il suffit de se replonger dans le code noir.
Avant 1848, article 16, il était défendu « aux esclaves appartenant à différents maîtres de s'attrouper le jour ou la nuit sous prétexte de noces ou autrement, soit chez l'un de leurs maîtres ou ailleurs, et encore moins dans les grands chemins ou lieux écartés, à peine de punition corporelle qui ne pourra être moindre que du fouet et de la fleur de lys ». Aujourd'hui, nous avons le droit de nous attrouper et il y a même un jour dédié pour ça : le 20 désamb. Article 19 : « défendons aussi aux esclaves d'exposer en vente au marché ni de porter dans des maisons particulières pour vendre aucune sorte de denrée, même des fruits, légumes, bois à brûler, herbes pour la nourriture des bestiaux et leurs manufactures ». Aujourd'hui, nous ne sommes surtout plus obliger de travailler pour un maître et pour rien, et le travail au noir est florissant.
Article 22 : « Seront tenus les maîtres de faire fournir, par chaque semaine, à leurs esclaves âgés de dix ans et au-dessus, pour leur nourriture, deux pots et demi, mesure de Paris, de farine de manioc, ou trois cassaves pesant chacune 2 livres et demie au moins, ou choses équivalentes, avec 2 livres de bœuf salé, ou 3 livres de poisson, ou autres choses à proportion ; et aux enfants, depuis qu'ils sont sevrés jusqu'à l'âge de dix ans, la moitié des vivres ci-dessus ». Aujourd'hui, nous sommes libres d'acheter ce que nous voulons avec notre petit smic ou nos 466 euros de RSA socle et surtout pas obligés d'acheter à manger. Et si en plus nous avons des enfants, c'est 180 euros supplémentaires et une prime pour noël. Et dire que certains parlent du cancer de l'assistanat. Les ignares, cela s'appelle le progrès voyons et de toute façon ce n'est pas les quelques milliers de très riches, ces vrais assistés qui payent, mais les millions de gens qui appartiennent au vulgum peccus.
Alors, en ce jour de liberté retrouvée, où notre dignité humaine est fêtée, faisons feu de tout bois et dansons, dansons jusqu'à l'ivresse. Dansons, jusqu'à ce que le 21 désamb arrive, avant de retomber dans cette illusoire liberté de consommer dans laquelle nous asservit la classe dominante pour mieux nous inférioriser de part en part.
Mais, cette humiliation subie les 364 autres jours de l'année reste dans l'inconscient et favorise l'expression, parfois mortelle, de l'émotivité du corps et des écorchures de l'esprit. Le renoncement à soi lorsqu'il est volontaire mène à l'aliénation. S'il est imposé force à l'assimilation. Ces deux pathologies sont soit inhibitrices, soit chargées de fureur différée. Deux impasses, hélas !
Roi couillon énième



