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Chronique judiciaire : Les multiples visages de la violence intrafamiliale

Lundi 19 août 2024, quatre affaires étaient jugées dans le cadre d'une comparution immédiate. Tous ces dossiers concernaient des violences intrafamiliales commises par des hommes au profil parfois bien différent. Ils ont cependant tous un point commun : être récidivistes.
Ecrit par Gaëtan Dumuids – le vendredi 23 août 2024 à 06H07

La violence après 30 ans de mariage

Le premier prévenu de la journée était un Saint-Pierrois de 55 ans. Marié depuis 30 ans, Jean a transformé la vie de sa famille en cauchemar ces dernières années. Déjà condamné en janvier 2023 pour des violences contre sa femme, il était de nouveau présenté devant les magistrats pour deux nouveaux faits de violences contre elle.

En juillet dernier, le premier épisode de violences est survenu sur le terrain de foot de Terre-Sainte où jouait leur fils. Il la soupçonne d'avoir une relation extra-conjugale, car elle est sur son téléphone en permanence. De plus, il estime que leur enfant de 13 ans n'a pas à être dehors aussi tard. Après avoir descendu quelques bières, il s'en prend à son épouse en la poussant contre un mur devant de nombreux témoins.

Le second fait remonte au vendredi 16 août lorsqu'il s'est de nouveau énervé concernant les sorties nocturnes de l'adolescent. Alors que ce dernier est rentré vers deux heures du matin, il demande à ce qu'on lui fasse à manger. Sa mère accepte, mais son père refuse. Jean va de nouveau s'énerver et va secouer violemment son épouse.

À la barre du tribunal, le quinquagénaire reconnaît les faits, mais affirme qu'il "a réprimandé, pas tapé dessus". Des propos que son avocat, Me Ben Ali Ahmed, justifie en expliquant qu'il a dû expliquer à son client que son comportement constituait bien des violences et que la société avait évolué sur ce sujet.

Il est finalement condamné à huit mois de prison ferme avec mandat de dépôt. Il a interdiction d'approcher la victime, qui a annoncé vouloir demander le divorce.

 

Il ne supporte pas les enfants de sa conjointe

Le deuxième prévenu est un trentenaire qui a connu un parcours chaotique, abandonné par ses parents et violenté par sa famille d'accueil, mais qui a su s'insérer dans la société sur le plan professionnel. Du côté affectif, cependant, les choses sont beaucoup plus compliquées pour Jeffrey.

Alors qu'il a un enfant avec sa conjointe, il ne supporte pas ses autres enfants. Bien que la petite de quatre ans le considère comme son père, il est beaucoup plus dur avec elle qu'avec son fils. Mais c'est surtout le premier garçon de 10 ans qui est sa tête de turc. Le 16 août, après avoir bu plusieurs verres de rhum, il se met en colère contre le petit qu'il accuse d'avoir cassé le jouet de son fils, qu'il traite de "petit trou de balle".

Le ton monte avec la mère et il commence à la frapper. Celle-ci ne se laisse pas faire et répond à ses coups, mais cela accentue la fureur de Jeffrey, qui va même jusqu'à l'étrangler. C'est le garçon qui va appeler les gendarmes, faisant fuir Jeffrey. Les forces de l'ordre vont l'appeler pour lui demander de se rendre à la gendarmerie, ce qu'il va faire... en conduisant sa voiture alors qu'il est alcoolisé.

Malgré son parcours de vie très difficile, Jeffrey ne compte que deux condamnations, dont l'une pour un délit routier. Cependant, il est toujours sous le coup d'un sursis probatoire pour d'autres faits de violences intrafamiliales sur une autre femme. Me Guillaume Albon va décrire son client comme quelqu'un qui "fait des efforts", mais qui a "un souci de maladresse même s'il veut bien faire les choses."

Il est condamné à une peine de 18 mois de prison, dont 9 avec un sursis probatoire de deux ans. Il voit la révocation partielle de son sursis à hauteur de deux mois. Il doit verser 1 000 euros de dédommagements au garçon et ne doit plus approcher la famille.

 

Violences intrafamiliales et rébellion pour sa 26e condamnation

Didier, le 3e prévenu du jour, est un habitué du tribunal. À 29 ans, il en est à son 26e procès, dont le dernier remontait à mars dernier pour les mêmes faits sur la même victime. Il cumule déjà 10 ans de prison, qu'il fréquente depuis l'âge de 13 ans. Lors de son houleuse interpellation, il a déclaré aux policiers que "c'est son métier d'aller en prison".

Les faits qui l'ont de nouveau mené face à la justice se sont déroulés en juin dernier, mais le procès a été renvoyé en attente du certificat médical de la victime, qui ne l'a finalement jamais remis au tribunal. Ce soir-là, Didier entre dans une rage folle en soupçonnant sa conjointe d'avoir un compte Facebook caché, lui qui contrôle chaque aspect de sa vie et l'a coupée du monde, notamment en effaçant tous ses contacts.

Après avoir frappé sa conjointe, il prend les trois filles en voiture alors même qu'il est alcoolisé et n'a pas le permis. Il a un accident, mais personne n'est blessé. À son retour, il agresse de nouveau sa conjointe. La police intervient, et il résiste à son interpellation avant de poursuivre les menaces dans le véhicule et au commissariat.

Pourtant, il montre un tout autre visage face aux juges. Il avoue tout, notamment ses nombreuses addictions. Il assure avoir des projets de vie et veut arrêter ses allers-retours en prison. Une posture à laquelle ne croit pas le procureur, pour qui "après 25 condamnations, je doute qu'il ait une prise de conscience", et qui requiert une peine de 10 mois de prison.

"Il adopte une attitude exemplaire. On peut douter de sa sincérité, mais il a le mérite d'avoir écouté", plaide Me Sameïdha Mardaye. Il est finalement condamné à 12 mois de prison avec maintien en détention. Il doit verser 500 euros de dédommagements à chacun des trois policiers et s'acquitter d'une amende de 135 euros.

 

"Je n'étais pas assez violent, parce qu'elle n'a pas compris"

 

Le dernier profil présenté au tribunal est le plus inquiétant de tous. À première vue, Ritchy est un homme qui fait peur, et il ne faut pas très longtemps pour comprendre que cette peur est totalement justifiée. Sa propre mère l'a mis à la porte, car il était trop dangereux pour son frère porteur de handicap.

Les faits qui le mènent pour la 12e fois au tribunal se sont produits lors de la dernière fête de la musique. Il se rend chez sa copine à Terre-Sainte et disjoncte lorsqu'il découvre qu'elle s'est rasée le pubis, lui reprochant de l'avoir fait pour un autre homme. Il la frappe alors à plusieurs reprises. Heureusement pour la victime, ses amis, qui craignent Ritchy, se sont mobilisés pour la sortir de là avant que les policiers ne l'interpellent.

Face aux magistrats, l'homme de 32 ans se montre agressif, voire menaçant. Il reconnaît tous les faits, sauf celui de l'avoir tirée par les jambes comme elle l'affirme. Sans remords, il déclare que "je n'étais pas assez violent, parce qu'elle n'a pas compris", qu'elle ne devait pas fréquenter d'autres hommes alors qu'il voyait lui-même une autre femme. Il jure en avoir fini avec sa toxicomanie et déclare qu'il "ne prend pas de drogue, je ne vais pas tolérer qu'elle en prenne".

"Il assume tout, mais ne change rien. Il n'y a pas une seule compagne avec qui ça s'est bien passé. Il est en récidive de récidive de récidive. Il lui reproche une autre relation, alors qu'il en fréquente une autre. Il n'a aucune compassion pour la victime, c'est même elle qu'il tient responsable de son tracas", argue le procureur, qui requiert une peine de 18 mois de prison ferme.

"Malgré son comportement difficile à appréhender, il veut avancer dans la vie. Il fait des efforts pour s'insérer. Il n'est pas une cause perdue", assure Me Guillaume Darrioumerle pour la défense. Finalement, le tribunal va suivre les réquisitions, assurant qu'il "ne partage pas l'optimisme de sa nouvelle compagne, mais plutôt l'inquiétude du procureur."

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