Chronique judiciaire : de la rue à la cour, Myriam A. rejugée pour 267.000 euros de contrefaçons

Pendant quatre années, Myriam A., une Saint-Pierroise, a vendu dans la rue des vêtements, des chaussures et de la maroquinerie de contrefaçon. Condamnée en première instance à 1 an de prison avec sursis et des dommages et intérêts conséquents pour les marques de luxe contrefaites, la fraudeuse aux minima sociaux a fait appel.
Pourquoi a-t-elle fait appel sur la peine prononcée par les premiers juges et sur les sommes à rembourser aux marques contrefaites? Myriam A. a du mal à s'expliquer devant la cour réunie pour la rejuger. Pendant quatre années, la quadragénaire a vendu à Saint-Pierre sur la voie publique des vêtements, des baskets et de la maroquinerie de luxe de contrefaçon.
Pendant ce temps, la mère de famille laissée seule du jour au lendemain par son époux disparu à Maurice touchait les minima sociaux, RSA, allocation logement et allocation de rentrée scolaire. Le tout pour un montant estimé par les services de la Caisse d'allocations familiales à 26.000 euros qu'elle devra rembourser ti pa ti pa.
267.000 euros de chiffre d'affaires tout en se déclarant sans ressources
"Elle s'est fournie chez un seul grossiste de France et de Belgique", explique son avocat qui insiste sur le traumatisme qu'a vécu sa cliente lorsque son mari est parti du jour au lendemain la laissant exsangue. Ne sachant pas quoi faire pour s'en sortir, d'autant plus avec un enfant malade, la Saint-Pierroise avait monté plusieurs profils sur Facebook ainsi que sur Market Place.
Entre mars 2017 et 2021, la vendeuse a fait 267.000 euros de chiffre d'affaires tout en se déclarant sans ressources. Seize marques ont été contrefaites dont Nike, Louis Vitton, Christian Dior Couture ou encore Kenzo à raison "d'une trentaine de ventes par jour", précise le ministère public. C'est lors d'une opération de veille sur Internet que les enquêteurs s'étaient intéressés à une certaine "Charlotte Thomas", 5000 amis sur Facebook, qui vendait des produits de luxe à des prix cassés.
Son domicile, "un véritable entrepôt"
Identifiée, Myriam A. avait fait l'objet de plusieurs surveillances éveillant des soupçons dès la deuxième. Elle n'avait pas pu échapper à une visite de la police à son domicile. 1800 articles y ont été retrouvés, "un véritable entrepôt", fustige la représentante de la société.
Certaines des 16 marques flouées ont porté plainte, se voyant attribuer des dommages et intérêts par les premiers juges soit environ 20.000 euros, préjudice et frais de justice compris.
Large robe longue fleurie, manches longues et foulard autour de la tête, Myriam A. n'a pas été très loquace à la barre du prétoire de la rue Juliette Dodu. De nouveau au RSA, elle rembourse tous les mois ce qu'elle a indument touché. "Elle a gagné environ 12.000 euros par mois pendant 45 mois", tacle l'avocate générale, évoquant "une organisation criminelle", terme qui a fait bondir la défense.
Deux ans de prison avec sursis, soit la même peine que celle requise en première instance, ont été proposés à la cour ainsi qu'une publication de la condamnation dans la presse. "Elle s'est dit : 'être abandonnée du jour au lendemain, ça peut encore m'arriver. Il faut que j'accumule'", a conclu la défense, invitant les juges à être indulgents.


