C'est dommage à dire mais faut-il que ça pète pour qu'on trouve des solutions ?

Et en particulier, sur l’explication de l’énorme dérapage du déficit public passé de 4,7% du PIB en 2022 à 6,1% en 2024, soit environ 180 milliards d’euros. Un trou additionnel de 50 milliards d’euros en quelques mois. Une paille !
Sous l’impulsion d’Éric Ciotti et de LFI, l’Assemblée nationale a accepté le principe d’une commission d’enquête parlementaire qui va mobiliser beaucoup de temps, d’énergie et d’argent alors qu’il suffit aux parlementaires de lire l’excellent article de L’Opinion d’hier intitulé « L’incroyable dérapage du déficit 2024 expliqué » pour avoir toutes les explications.
En lisant l’article de Julien Delarue sur Zinfos consacré au comparatif entre ce qu’ont obtenu les Antillais en Martinique et le fameux Bouclier Prix réunionnais, j’ai décidé de changer le thème de mon podcast mais, vu l’importance du sujet, je vais quand même vous en dire quelques mots et vous résumer l’article de L’Opinion.
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Pour bâtir ce dernier, les journalistes se sont appuyé sur une analyse de l’Observatoire des conjonctures économiques, l’OFCE, selon lequel "une part de l’énigme est à aller chercher du côté du dérapage déjà conséquent du déficit 2023" qui a atteint 5,5 % du PIB, au lieu de l'objectif de 4,9 % initial. Ce qui "avait amené Emmanuel Macron et Bruno Le Maire à réviser leur trajectoire de réduction du déficit prévu en la portant à 5 % du PIB en 2024".
Premier dérapage et première révision.
Il y a eu ensuite une croissance économique révisée : la croissance nominale, c’est-à-dire la croissance réelle de l’activité économique à laquelle on ajoute l’inflation, a été ajustée à 3,1 %, en baisse par rapport à une précédente estimation de 3,6 %. Ce changement a contribué à un ajustement du solde budgétaire, portant le déficit à 5,3 % du PIB.
Deuxième dérapage.
Il y eu ensuite une augmentation des dépenses. Les dépenses publiques, hors charges d'intérêts de la dette, ont augmenté plus que prévu, notamment en raison de la décision du gouvernement d’Elisabeth Borne de ne pas imposer de mécanismes contraignants aux collectivités locales. D'où un creusement du déficit de 0,5 point supplémentaire, le portant à 5,8 %.
Troisième dérapage.
Enfin, la France a enregistré moins de recettes publiques : les prévisions se sont révélées inférieures aux attentes, entraînant une diminution du solde budgétaire de 0,3 point.
Et voilà comment on en arrive aux 6,1% de déficit public pour l’année.
De quoi amener à s’interroger, et peut-être que là, la commission d’enquête parlementaire sera utile, sur la sincérité et la véracité des prévisions budgétaires de Bercy. Tous ces dérapages ne sont pas arrivés en un jour, alors que Bruno Le Maire a fait mine de les découvrir au moment de son départ du ministère. Il faut dire qu’il y avait peu avant des élections importantes et qu’il était hors de question de venir écorner l’image de meilleurs économistes de France du ministre de l’Économie et du président de la République.
Voilà, c’est dit. Maintenant, venons-en au comparatif entre notre Bouclier prix et les mesures décidées hier en Martinique.
Un constat avant de commencer. Les situations en Martinique et à La Réunion en ce qui concerne la vie chère sont quasi similaires. Selon l’INSEE, les produits alimentaires sont supérieurs en moyenne de 37% dans notre île par rapport à ceux de métropole, et de 40% en Martinique.
3 points, pas de quoi fouetter un chat. On va donc dire que l’écart est similaire.
Du coup, est-ce que les remèdes appliqués sont les mêmes ?
Pour simplifier, un produit passe par plusieurs étapes avant d’arriver dans les rayons des commerces de l’ile. Il est d’abord stocké dans les entrepôts des centrales d’achat européennes qui prennent leur marge. Puis il utilise un moyen de transport (bateau ou avion) avant d’arriver dans l’ile. Ce qui n’est bien sûr pas gratuit et enrichit plusieurs intermédiaires au passage, dont les compagnies aériennes ou maritimes, mais aussi les transitaires. Une fois arrivé, les conteneurs sont entreposés au Port, où la CCIR facture au passage, avant d’être transportés par des entreprises de porte-conteneurs jusqu’aux entrepôts des grossistes locaux. Au passage, ces produits ont subi diverses taxes (octroi de mer, TVA). Et enfin les distributeurs locaux, que ce soit de la grande distribution ou des petits commerces, appliquent leur marge.
Lire aussi : Décryptage : les coûts cachés derrière la cherté des produits en Outre-mer
J’ai volontairement simplifié. En Martinique, le protocole d’accord a listé pas moins de 25 intermédiaires qui chacun se sucre au passage.
Pour arriver à cet accord, chacun y a apparemment mis du sien. Ne nous faisons pas d’illusions. En ce qui concerne les grandes surfaces par exemple, la baisse ne portera que sur une liste de 54 familles de produits correspondant aux produits alimentaires les plus consommés. Soit 6.000 produits sur 40.000 commercialisés. Faisons confiance aux patrons de la grande distribution pour se rattraper sur les 34.000 restants. L’IEDOM avait constaté en avril dernier que "les performances [commerciales]", comprenez les bénéfices, des grandes surfaces alimentaires "restent supérieures en moyenne à celles des GSA établies dans l’Hexagone". Je les vois mal ces patrons accepter de bon cœur une diminution globale de leurs bénéfices.
Mais le plus scandaleux réside peut-être dans la position de l’État qui a finalement accepté, en Martinique, l’application d’une TVA à 0% sur ces familles de produits de première nécessité, alors qu’il a toujours refusé de le faire à La Réunion. Malgré les demandes insistantes des élus de l'ile.
C’est très provocateur ce que je vais dire, mais c’est à croire qu’il faut que ça pète pour que l’État finisse par comprendre et accepter ce que tous les autres acteurs de la filière ont déjà mis en application depuis belle lurette.
Pour mémoire, les récentes émeutes en Martinique ont porté un coup très sévère à l’économie. Le tourisme et le commerce ont été sérieusement impactés, les voitures brûlées se comptent par centaines et les magasins incendiés par dizaines. Les dégâts vont certainement s'élever à plusieurs centaines de millions d'euros qui, au final, vont être payés... par l'État !
C’est quand même dommage d’être obligés d’en arriver à de telles extrémités pour résoudre un problème qui est en discussions depuis des années et des années.


