Baisse des prix : ce qui a été appliqué en Martinique peut-il être fait à La Réunion ?

Le contexte entre La Réunion et la Martinique diffère sur certains points. Au-delà des troubles sociaux qui ont conduit la préfecture et tous les acteurs de la chaîne de valeur (importateurs, grossistes, transporteurs, grande distribution...) à réaliser des négociations marathon pour aboutir à cette baisse de 20 %, la concurrence entre les enseignes de grande distribution est beaucoup moins forte en Martinique (moins d’enseignes présentes). De plus, le travail réalisé autour du BQP – Bouclier-Qualité-Prix – y est moins abouti. En Martinique, il ne comporte que 134 produits pour un montant maximal de 387 euros, contre 153 produits pour 348 euros à La Réunion.
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Cependant, à la lecture du protocole conclu par la préfecture de Martinique, un véritable effort de réduction des coûts a été consenti par bon nombre d'acteurs, y compris de la part de l'État et des collectivités. « Le Conseil Exécutif de la Collectivité Territoriale de Martinique s’engage à présenter devant l’Assemblée de Martinique une proposition de baisse de l’octroi de mer (interne et externe) pour une liste de 54 familles de produits de grande consommation, compensée par un dispositif de péréquation », peut-on lire dans le protocole.
Du côté de l'État : « [il] s’engage, en accompagnement de la mise à zéro de l’octroi de mer, à appliquer une TVA à taux nul pour une assiette de 69 familles de produits, couvrant au moins les 54 familles, ainsi que des produits de production locale. Cette baisse de taux sera compensée par la suppression d’exonérations de TVA sur d’autres produits non alimentaires. » En tout, ce sont 6.000 produits qui sont concernés.
Ce levier sur la TVA est actuellement discuté dans le cadre du projet de loi de finances 2025, de nombreux députés, tous bords confondus, ont déposé des amendements en ce sens. « Cet amendement vise à appliquer un taux de TVA à 0 % dans les territoires ultra-marins sur un ensemble de produits de première nécessité, notamment les denrées alimentaires, les produits d’hygiène, les médicaments ainsi que les fournitures scolaires. Une exception sur la TVA existe déjà pour la Guyane et Mayotte », précisent les députés du NFP.
Possible à La Réunion ?
Sur la TVA, oui. C'est une demande récurrente des élus locaux, mais aussi de l'OPMR (Observatoire des prix, marges et revenus). « Toutes les parties prenantes doivent contribuer à l’effort sur les prix. Cela concerne aussi bien les acteurs privés que les pouvoirs publics, qui prélèvent des taxes sur ces produits. Un abaissement des taux de TVA et d’octroi de mer (ou un taux zéro quand ce n’est pas déjà le cas) doit pouvoir être envisagé », expliquait l'OPMR en 2023 dans son avis sur le BQP de 2024.Ce point avait déjà été demandé à l’État, mais celui-ci s’y était toujours opposé. Visiblement, la donne a changé en Martinique. Cela créera-t-il un effet boule de neige sur les autres territoires ultramarins ?
Et pour l'octroi de mer ? Il faut savoir que la plupart des produits alimentaires du BQP sont déjà taxés localement à 0 %, voire à un taux très faible. La Région l'a indiqué à plusieurs reprises. « La Région Réunion applique déjà le principe d’une taxation nulle ou faible sur des produits de consommation courante en l’absence de production locale. La grille actuelle de l’octroi de mer prévoit ainsi une taxation nulle sur des produits de première nécessité (pain frais, viandes, riz, lait...), certains biens culturels ou encore des équipements liés au développement durable. De même, pour certains produits de consommation courante, une taxation faible (6,5 % ou 5 % dans certains cas) est appliquée sur les vêtements, les chaussures, les produits d’hygiène, les produits ménagers et les équipements électroménagers. 75 % des produits du BQP sont ainsi taxés entre 0 % et 6,5 % d’octroi de mer et d’octroi de mer régional », rappelait la collectivité dans un communiqué.
Toucher à cet octroi de mer dépend de la collectivité. Reste à savoir qu'elle serait sa position, sachant qu'un taux à zéro fait mathématiquement rentrer moins d'argent dans les caisses des collectivités locales.
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Les performances commerciales de la grande distribution locale, supérieures à celles de l'Hexagone
Enfin, un effort a été consenti par les acteurs de la grande distribution ainsi que par tous ceux qui composent la chaîne de valeur. Ils s’engagent à « renforcer la continuité territoriale en mettant en place un mécanisme de compensation des frais d’approche pour ces produits de consommation courante ». L'objectif est de réduire structurellement les coûts d'acheminement, depuis l’Hexagone, des produits alimentaires.
« Ce mécanisme sera abondé par des contributions des acteurs privés, mais aussi par l’État, qui précisera les conditions de sa participation financière. Par ailleurs, l’État a commencé à appuyer les distributeurs martiniquais dans leurs négociations auprès de leurs centrales d’achats européennes afin de diminuer les prix d’achat », peut-on lire dans le communiqué de presse de la préfecture de Martinique.
Reste à savoir si cet effort pourrait être réalisé localement. Selon la dernière étude réalisée par l’Iedom sur le secteur de la grande distribution (avril 2024), « l’examen des résultats financiers des entreprises de ce secteur entre 2019 et 2022 montre que leurs performances sont aujourd’hui moins bien orientées qu’avant la crise sanitaire ». Toutefois, l'Institut tempère en précisant que « ces performances [commerciales] restent supérieures en moyenne à celles des GSA (grande surface alimentaire) établies dans l’Hexagone ».


