Le « coup de pression » de l'OPMR sur la grande distribution

L'OPMR a produit une série de rapports sur l'octroi de mer, les carburants, et la grande distribution. Ce dernier rapport a cristallisé les tensions avec les représentants de la grande distribution. Il faut dire que l'OPMR a mis sur la table plusieurs recommandations, et pas des moindres, pour lutter contre la vie chère.
Un sujet brûlant en ce moment dans les Outre-mer, qui exacerbe les tensions, notamment en Guadeloupe et en Martinique. Localement, la situation est différente, mais le rapport « intermédiaire », comme le souligne Jocelyn Cavillot, vice-président de l'OPMR, a le mérite de secouer les habitudes : amende dissuasive, transmission des tickets de caisse, et surtout, abrogation des marges arrière.
"Mieux comprendre le secteur"
« Le but n'était pas de rendre un certain nombre d'informations publiques sur la grande distribution. Depuis 2023, nous travaillons ensemble. Elle a accepté de jouer le jeu de la transparence », indique Bernard Huby, président de l'OPMR. « Il était utile de présenter ce rapport intermédiaire pour mieux comprendre ce secteur. Que l'on ait raison ou non, il semblait important d'avoir cette vision », ajoute Jocelyn Cavillot.
Sur les sept principaux acteurs de la grande distribution, six ont accepté de transmettre des informations comptables. L'objectif de l'OPMR est d'analyser les prix de 21 produits vendus dans les magasins réunionnais et de comprendre pourquoi il existe un écart moyen de 37 % entre les prix pratiqués en métropole et ceux à La Réunion. L'idée sous-jacente est de maintenir une forme de pression sur des entreprises qui ne sont pas, légalement, obligées de fournir toutes ces informations.
Un rapport qui passe mal au sein de la grande distribution
De leur côté, les acteurs de la grande distribution ont mal accueilli ces propositions. « On s'inscrit en faux. Comment peut-on faire des recommandations alors que le rapport n'est pas encore définitif ? », s'interroge Philippe Maillard, de la Fédération du commerce et de la distribution (FCD). La grande distribution rappelle qu'elle n'est pas la seule responsable de la formation des prix. « On doit examiner la transparence des prix et non celle de la grande distribution. Je rappelle qu'il y a une chaîne de valeur complète (14 acteurs, NDLR) », poursuit-il.
Bien que le travail de fond soit « salué » pour son caractère « politiquement délicat », la grande distribution insiste sur la nécessité d'attendre le rapport définitif prévu en décembre. « Si nous devons encore nous rencontrer, nous le ferons. Nous restons disponibles. »
S'attaquer aux autres acteurs de la chaîne de valeurs
Pour le député PS Philippe Naillet, il est encore trop tôt pour se prononcer. « Les Réunionnais se posent énormément de questions sur la vie chère. Elle est devenue insupportable. C'est un problème qui dure depuis trop longtemps. Il faut trouver des solutions durables pour rendre la vie moins chère à La Réunion. Ce n'est pas simple. Il faut se pencher sur les 14 intervenants de la chaîne de valeur. Il faut de la transparence. Et l'État a un rôle à jouer dans ce dossier », rappelle-t-il. Toutefois, il souligne également que ce travail doit s'accompagner d'une réflexion sur la faiblesse des revenus des ménages réunionnais.
Un effort de transparence, donc, qui a le mérite d'exister dans un contexte d'inflation persistante, pénalisant lourdement les ménages. Alors que d'autres territoires d'Outre-mer s'embrasent sur la question de la vie chère, La Réunion poursuit son travail sur ce dossier. Après la grande distribution, l'OPMR se penchera sur les autres acteurs de la chaîne de valeur. « Ce sera la deuxième partie de nos travaux », promet Bernard Huby. L'OPMR est bien conscient que la grande distribution n'est pas seule responsable des écarts de prix.


