Ces régionales étaient-elles réellement un référendum sur le tram-train et la MCUR ?

En politique, comme en amour ou dans la vie, il y a des cycles, ça va de la lune de miel à la lune de fiel et à la séparation ou au divorce. Nul n'échappe à ce cycle ou à cette règle, pas même Paul Vergès. Pour un couple marié depuis 12 ans, ça se fête, ça s'appelle les noces de soie. En politique, au bout de 12 ans de mandature, ça s'appelle d'abord l'usure du pouvoir.
Si dans un ménage, l'infidélité, cette promesse non tenue, est parfois pardonnée avec difficulté, en politique, la famille trompée (trop de promesses et peu d'actes) a souvent une position tranchée et radicale. Et si le passage devant le juge des conciliations, laisse quelques espoirs de maintenir la famille, le passage dans l'isoloir puis devant l'urne, ne laisse place qu'à deux issues : le soutien ou la sanction.
Dimanche, Paul Vergès a été sanctionné. Le tram-train et la MCUR ne sont que des alibis. Il est vrai qu'il avait relevé le gant lancé par Jean-Paul Virapoullé, il avait fait du tram-train et de la MCUR, un référendum à l'occasion de ces Régionales. Il est vrai aussi qu'il l'avait fait avec certitude et arrogance. Il est vrai enfin qu'il pensait que ces deux projets suffiraient à eux deux à résumer son programme et son ambition pour La Réunion.
Un gigantisme bien loin des préoccupations de la population
Cette fois-ci, le meilleur stratège politique de l'île, s'est trompé. Tout ce qu'il a pu faire ou a fait de bien pour La Réunion s'est effacé derrière le gigantisme du projet tram-train et d'une MCUR dont une grande partie de la population fragile et précaire ne voit toujours pas l'utilité.
Est venue se greffer sur ces deux projets, son obstination à confier à ses enfants et proches trop de fonctions importantes, bien rémunérées et avec des avantages parfois somptuaires selon les rumeurs et la presse. Peu à peu, la base, sa base, les militants, ses militants communistes, et son électoral traditionnel parmi les plus fragiles et les plus précaires, n'ont plus voulu prendre le tram-train en marche, surtout pas pour se rendre à la Maison des civilisations.
Au fil des années, le tram-train et la MCUR sont devenus une obsession. D'abord pour Paul Vergès, “ce sont deux projets nécessaires au développement de La Réunion”. Ensuite pour une grande partie de l'électorat traditionnel de la tête de liste de l'Alliance qui a transformé cette obsession en rejet. Ils ont aussi rejeté certains colistiers de cette même liste et avec toute la liste.
"Faisons du tram-train et de la MCUR un référendum lors de ces Régionales”
Ces derniers mois, il y en a eu que pour le tram-train et la MCUR. “Paul Vergès ne nous voit plus, il ne voit plus nos attentes et nos priorités, c'est comme si on ne comptait plus pour lui”. Un conjoint délaissé est prêt à tout, même à la trahison, de l'amour à la haine ou au rejet.
“Encore un mot et je te quitte”, dit le conjoint ou l'électoral délaissé. “Vous voulez faire du tram-train et de la MCUR, un référendum ? D'accord, faisons du tram-train et de la MCUR un référendum lors de ces Régionales”, a dit Paul Vergès dans l'hémicycle de la Région Réunion. C'était le mot ou la phrase de trop.
Dans cette seule condition, oui ces Régionales étaient un référendum sur le tram-train et la MCUR, mais cela n'a été qu'un prétexte à une partie de la population pour dire son désaccord à Paul Vergès, sur un ensemble de sujets de sa gestion régionale.
Et dans ce divorce prononcé aux torts de Paul Vergès son électorat, qui s'est senti trompé, lui a tout pris : sa pyramide inversée, sa Maison de civilisation, ses avantages en nature, sa voiture de fonction et son tram-train. Lui ne garde que les enfants et ses proches, et juste une petite indemnité de conseiller régional.
C'est aussi ça la fin d'une relation, ou tout simplement d'un... cycle.


