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Canne : Avant de nourrir le Monde, nourrissons-nous nous-même

(La Région Réunion doit se positionner rapidement sur le long terme) Le 14 décembre dernier, les acteurs de la filière canne se sont réunis pour défendre leur métier. On les comprend. Quel est le professionnel menacé qui n’en ferait pas autant ? Ceci dit, il y a des professions qui s’adaptent, qui préparent leur avenir avec […]

Ecrit par François-Michel Maugis – le mercredi 15 décembre 2021 à 14H47

(La Région Réunion doit se positionner rapidement sur le long terme)

Le 14 décembre dernier, les acteurs de la filière canne se sont réunis pour défendre leur métier. On les comprend. Quel est le professionnel menacé qui n’en ferait pas autant ? Ceci dit, il y a des professions qui s’adaptent, qui préparent leur avenir avec intelligence. Il y en a d’autres qui défendent becs et ongles leurs acquis car, le nez dans le guidon, ils sont incapables d’anticiper, d’avoir une vue objective et réaliste de la situation. Au lieu de rester des acteurs éclairés de la politique socio-économique de leur territoire, ils préfèrent demander l’aumône.

En référence à l’article du journal Le Quotidien du 15 décembre, reprenons donc un à un les arguments développés lors de cette réunion.

1 – « Nous on est dans l’attente mais les champs n’attendront pas » dites-vous. Les Réunionnais vont-ils attendre encore longtemps pour remplir leurs assiettes avec autre chose que des produits importés, pour développer une agriculture nourricière et permettant de rendre à beaucoup d’agriculteurs réunionnais, leur dignité et des revenus décents ?

2 – La convention canne 2022 : « L’État doit se porter garant pour notre avenir » dites-vous » et, plus loin, vous ajoutez : « Si les emplois de la canne disparaissent, il faudra assumer le coût du chômage ». Oui, l’État est là pour servir, protéger tous les Français et éviter les dérives qui mettraient trop gravement en péril notre belle devise : Liberté, égalité, fraternité. Vous n’ignorez pas que le département de La Réunion est le champion de France du chômage et des inégalités et tous les économistes sérieux savent bien que la culture de la canne à La Réunion, n’est pas un modèle, ni économique, ni sociétal, ni écologique, durable. Alors, encourager l’État dans cette voie est un crime contre la société réunionnaise. Se porter volontaire pour une agriculture diversifiée, permettant à la fois de nourrir plus sainement les réunionnais, de développer la production de produits agricoles de qualité exportables, de générer des flux financiers autrement plus rémunérateurs que ceux engendrés par la culture de la canne, voilà une attitude courageuse et vertueuse. Demander à l’État une planification permettant d’aboutir à une situation plus saine de notre économie insulaire, et toutes les aides permettant de mettre en œuvre ces actions de sauvegarde du peuple réunionnais, voilà ce que la profession de la canne à sucre devrait demander à l’État.

3 – « Il y a une non prise en compte des contraintes d’une agriculture tropicale » dites-vous. Parfaitement d’accord avec vous sur ce point. Mais je parlerais plutôt d’une méconnaissance de nos cadres métropolitains sur tout ce qui touche le végétal tropical, sa prodigieuse richesse, sa diversité et son potentiel. Contrairement à une grande partie de l’Europe, nous n’avons pas, à La Réunion, 6 mois d’hivers improductif par an. Comment peut-on dire qu’ici, les rendements sont moindres ? A-t-on déjà oublié ce constat qui date pourtant de 1863, de l’ingénieur colonial Louis Maillard : « On peut acclimater à La Réunion tous les fruits et légumes du Monde » ? Dans l’époque troublée que nous vivons actuellement, comment continuer d’accepter que l’assiette du Réunionnais contienne 80 à 90% de produits importés ?

En résumé, le constat effarant que nous faisons, c’est que le territoire de La Réunion n’est ni administré ni géré comme devrait l’être une ile tropicale si éloignée du continent européen. Il ne s’agit pas de réclamer en permanence une aide de l’État pour compenser je ne sais quelle spécificité négative. Il s’agit au contraire (et si nous en avons besoin) de demander à l’État et/ou à l’Europe, de nous accompagner vers la mise en valeur d’un potentiel tropical trop longtemps ignoré. La canne à sucre a probablement sa place dans cette économie insulaire rééquilibrée, mais certainement pas une place aussi importante. Par-contre, les acteurs de cette filière sont les premiers concernés par cette politique indispensable de diversification sans laquelle l’avenir du territoire et de ses habitants, risque fort de s’assombrir au fil du temps.

 

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