Canne : au Gol, la première pierre d'un laboratoire unique au monde

Le Centre Technique Interprofessionnel de la Canne et du Sucre (CTICS) a posé, ce mercredi, la première pierre de son futur laboratoire d’analyse du Gol. Un projet inédit à l’échelle mondiale : automatisé, il est pensé pour fiabiliser et accélérer la mesure de la richesse.
Tout simplement le premier laboratoire d’analyse de la richesse de la canne à automatiser le traitement des échantillons. L’objectif est de conserver « le même principe de mesure, tout en repensant entièrement les méthodes et les outils afin de gagner en sécurité, rapidité et fiabilité ».
Les cannes, prélevées dans l’Ouest et une partie du Sud, seront acheminées par des véhicules climatisés et géolocalisés. Elles seront broyées, puis la pulpe homogénéisée automatiquement afin d’obtenir un échantillon représentatif. Un prélèvement standardisé de 1 kg sera ensuite dirigé vers des presses de nouvelle génération, entièrement automatisées et sécurisées. Le jus ainsi extrait passera par une filtration mécanique avant d’être analysé par des appareils pilotés par informatique et robotique. Chaque étape sera tracée numériquement, grâce à l’utilisation du RFID (de l'anglais « radio frequency identification ») et de l’intelligence artificielle. L’ensemble doit permettre de traiter 600 échantillons par jour, soit environ 50 000 par an, avec une précision renforcée. Il traitera les analyses des centres de Grand-Pourpier, du Gol, de Tamarins, de Grand-Bois, de Stella et de Casernes.
Une rupture technologique
Le CTICS explique s’être inspiré des innovations repérées lors de salons professionnels et d’échanges menés avec des acteurs de la filière à Maurice, au Brésil et en Australie, ainsi que dans la betterave. L’organisme a ensuite identifié la technologie la plus performante, avant de l’adapter puis de l’améliorer pour répondre aux réalités réunionnaises. Le but est d'automatiser les tâches pénibles et répétitives "pour améliorer l’ergonomie et la sécurité des salariés", mais aussi de sécuriser les analyses, de renforcer leur traçabilité et de réduire l’impact environnemental du processus. Pour les planteurs et l’industriel, elle doit garantir une mesure « plus rapide, précise et transparente ».

Une filière en mutation
Créé en 1952 et reconnu établissement d’utilité publique, le CTICS accompagne depuis plus de 70 ans les 2 500 planteurs de l’île et l’industriel sucrier. Avec ce projet, il entend renforcer son rôle de garant d’une filière compétitive et durable. Pilier économique et culturel de La Réunion, la canne est aussi confrontée à des défis économiques, climatiques et environnementaux. L’outil permet aussi de répondre au problème récurrent de main-d’œuvre, auquel le CTICS est lui aussi confronté d’année en année par le besoin de renouveler ses saisonniers.
Un savoir-faire exportable
Le chantier est financé par l’État, l’ODEADOM (Office de développement de l'économie agricole d'outre-mer), la BRED via le mécénat, ainsi que par des partenaires privés de la filière, dont Téréos, les planteurs et les administrateurs du CTICS. Si le laboratoire répond d’abord aux besoins locaux, il est aussi conçu comme une référence technique pour la Guadeloupe et la Martinique. En se dotant d’un outil inédit, le CTICS espère positionner La Réunion comme vitrine d’un savoir-faire exportable, à l’instar des variétés de canne développées et exportées par eRcane.

Un double prévu pour l'Est
Pour ses promoteurs, la pose de cette première pierre dépasse le simple lancement de travaux. Elle symbolise l’entrée dans une nouvelle ère pour la filière canne-sucre réunionnaise, avec un laboratoire que ses initiateurs présentent ni plus ni moins comme une première mondiale. « La pose de cette première pierre n’est pas seulement un lancement de travaux : c’est un signal fort envoyé à toute la filière et au territoire », estime le CTICS.
En moyenne, 160 000 analyses sont traitées chaque année par le CTICS au sein de ses six laboratoires, mobilisant une soixantaine de saisonniers durant la campagne sucrière.
La première pierre désormais posée, le chantier devrait durer environ un an pour une entrée en service pour la campagne 2027 à l'issue d'une campagne de test.
Coût du projet, environ 1,7 million d'euros financé en grande partie par l'Etat à hauteur d'un million d'euros (contrat de convergence et de transformation) et par du mécénat privé, dont celui de la BRED Réunion.
Un laboratoire d'analyse du futur qui a vocation à se dupliquer à terme dans l'Est également.


