BTP : L'incertitude persiste pour 550 millions d'euros de commande publique prévue en 2024

Avec 1,2 milliard d'euros de chiffre d'affaires et 19.500 salariés recensés en avril 2024, la filière BTP pèse d'un poids non négligeable sur l'économie réunionnaise. Comme le faisaient remarquer en substance la plupart des représentants syndicaux de la filière ce vendredi midi en sortant de la préfecture, au terme d'une réunion rassemblant les services de l’État, la Région, le Département, le HCCP (Haut conseil de la commande publique), les bailleurs sociaux (Armos) et l'Association des maires (AMDR), il est regrettable d'avoir dû faire grève durant deux jours en mai dernier, en s'attirant les foudres de la population, pour que tous les acteurs de la filière se réunissent enfin pour travailler et accoucher d'une feuille de route pour les prochain mois.
Le document, dénommé Charte d'engagement en faveur de la filière BTP à La Réunion, souligne en préambule la forte dépendance de la filière BTP à la commande publique et annonce la création « d'une gouvernance partenariale de nature à partager la visibilité sur les chantiers qui vont démarrer pendant le 2er semestre 2024 ».
Cette nouvelle gouvernance, dénommée Comité de crise du BTP, siégera une fois par mois à partir de juillet, afin de suivre l'évolution de l'activité dont le rythme épouse le ralentissement de la production de logements sociaux dans l'île.
Selon les données avancées ce vendredi en préfecture, 503 millions d'euros d'ordres de service seront engagés entre juin et décembre 2024. Le Comité de crise escompte faire mieux : il subsiste en effet des doutes sur une enveloppe disponible évaluée à 550 millions d'euros pour « des opérations prévues en 2024 mais dont la certitude de démarrage des travaux d'ici la fin de l'année est conditionnée à des préalables. »
Profitant de la présence de l'ensemble de la filière et des élus des collectivités, la préfecture a rappelé ce vendredi les « 242 millions d'engagements financiers de l’État en 2024 (hors prise en compte défiscalisation et crédit d'impôt) » et la hausse de 10 millions d'euros accordée à la LBU pour La Réunion (85,5 millions d'euros).
L'État et les collectivités ont fait des efforts
La préfecture a surtout annoncé « deux mesures exceptionnelles » pour cette année : une « dérogation pour un financement complémentaire de LBU de 5 millions en contrepartie d'un financement complémentaire équivalent apporté par les bailleurs, soutenant ainsi plus de 50 millions d'activité pour les entreprises » et « 10% de la LBU (8,5 millions d'euros) affectés aux demandes de rénovation présentées par les publics vulnérables, dont la moitié sera à titre exceptionnel programmé directement par le Département pour faciliter la fluidité des procédures. »
Du côté de la Région cette fois, « la collectivité s'engage à voter un budget complémentaire d'investissement de 41,6 millions d'euros en crédits de paiement lors de la prochaine assemblée plénière afin de soutenir l'activité du BTP » ainsi qu'à « rehausser immédiatement le montant des avances dans ses nouveaux marchés publics ».
Le Département n'est pas en reste avec un engagement à « abonder par un budget supplémentaire de 20 millions d'euros l'effort d'investissement départemental ». Selon l'Armos, la mise en chantier de 2.512 logements neufs était prévue en 2024, mais ce chiffre sera probablement loin d'être atteint, malgré la forte demande dans l'île.
"C'est une victoire puisque les entreprises ont la balle dans leur camp, maintenant. Les collectivités ont fait le boulot", se satisfait Idriss Macoral, représentant FO-BTP. Il met cependant en garde les entreprises du BTP : "On demande aujourd'hui aux patrons de faire attention parce qu'on entend parler de chômage partiel. Mais aujourd'hui, c'est à eux de gérer ça et de garder à l'esprit que les salariés, c'est la base des entreprises !"
Serge Hoareau, président de l'Association des maires de La Réunion, évoque les concours de l'accord : "L'Etat a libéré des fonds comme le fonds exceptionnel post-Belal pour permettre aux collectivités de lancer leurs opérations. Il y avait aussi des dossiers bloqués par des demandes réglementaires et certains ont eu des réponses positives. Donc, ce sont des chantiers qui avancent." L'élu explique qu'il reste encore du travail à faire : "Il y a encore des dossiers à débloquer, il faut qu'on continue à faire sauter les verrous."
(Thierry Lauret sur place)


